Casablanca Street Art : la ville comme galerie
Étapes du parcours (7)
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Mur fresque grand format Maârif
Vous voilà au pied de cette grande fresque, l'une des œuvres monumentales du street art casablancais. Devant vous, sur un pignon d'immeuble entier, une composition qui peut faire huit, dix, parfois quinze étages de hauteur. Couleurs vives, motifs précis, signature visible en bas à droite. Bienvenue dans cette visite Guide Audio HelloMorocco. Pendant l'heure et demie qui vient, nous allons parcourir Casablanca comme on parcourt une galerie à ciel ouvert. Le street art est par nature mouvant : certaines œuvres ont peut-être disparu depuis l'enregistrement de ce tour, d'autres ont été ajoutées. Marchez à votre rythme, regardez autour de vous : il y a souvent plus de fresques que celles signalées dans le parcours. Commençons par poser le contexte. Casablanca est devenue, depuis le début des années 2010, l'épicentre du street art au Maghreb. Et plus largement, l'une des grandes villes du street art du monde arabe et africain, à côté de Tunis, du Caire et de Johannesburg. Cette reconnaissance ne s'est pas faite par hasard : elle est le résultat d'un festival, d'une volonté politique mesurée, et d'une génération d'artistes qui a saisi le moment. Le festival s'appelle Sbagha Bagha. C'est un mot d'arabe marocain qui veut dire à peu près 'envie de peindre' ou 'soif de couleur'. Lancé en 2013 par le collectif Boultek et l'association EAC-L'Boulvart, déjà à l'origine du festival de musique L'Boulevard, Sbagha Bagha a invité chaque année à Casablanca des dizaines d'artistes locaux et internationaux pour réaliser des fresques de grande dimension sur les pignons d'immeubles. Le programme a souvent ciblé le quartier du Maârif, où nous sommes, parce qu'il offre beaucoup de murs aveugles, c'est-à-dire des pignons sans fenêtre où la peinture peut s'étaler librement. L'idée d'origine était double. D'une part, démocratiser l'art : sortir les œuvres des galeries où peu de Marocains entrent, et les amener dans la rue, là où tout le monde passe. D'autre part, transformer l'image de Casablanca, ville économique et un peu grise, en y injectant de la couleur, du récit, du symbole. Pari réussi : en dix ans, Sbagha Bagha a produit plus de cent fresques, et a fait école. D'autres festivals ont suivi : Jidar à Rabat, Aux Murs des Médinas dans plusieurs villes, et des initiatives plus locales à Salé, Tanger, Marrakech. La fresque devant vous appartient à cette dynamique. Que vous voyez exactement, je ne peux pas le dire à coup sûr, parce que les œuvres tournent. Mais vous voyez probablement l'une des grandes signatures locales : Mohamed Lakhdar, Mehdi Annassi, Yasmina Alaoui, Mohamed Tabal. Ou un visiteur international invité : l'Espagnol Okuda, le Chilien Inti, le Français Seth. Si vous lisez la signature, identifiez l'artiste : c'est la première manière de lire une fresque. Quelques codes simples à repérer. La taille indique souvent l'institutionnalisation : les très grandes fresques sont presque toujours commandées dans le cadre du festival, avec autorisation des copropriétés et matériel professionnel. Les œuvres plus petites, plus brutes, sur des palissades, sont souvent des graffitis indépendants, parfois illégaux. Les deux mondes coexistent, parfois se respectent, parfois se chevauchent. Avançons vers la prochaine œuvre. Nous allons parler maintenant de portrait, l'une des grandes traditions du street art casablancais. Continuez vers le sud-ouest, environ cent cinquante mètres, jusqu'à une œuvre figurative — visage humain reconnaissable.
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Œuvre figurative, portrait
Vous voilà devant un portrait. Visage humain, traitement pictural soigné, regard qui porte. Le portrait est l'une des grandes traditions du street art au Maroc, et particulièrement à Casablanca. Plusieurs raisons à cela. D'abord une raison esthétique. Le street art mondial s'est largement développé sur la fresque figurative depuis les années 2000, sous l'influence d'artistes comme JR, qui colle des portraits photographiques géants sur les murs du monde entier, ou Banksy, qui croque des silhouettes humaines reconnaissables. La scène casablancaise s'est nourrie de cette tradition internationale, et plusieurs artistes locaux y excellent : Mehdi Annassi, dont les portraits féminins sont devenus une signature reconnue à Casablanca et au-delà. Ensuite une raison culturelle, et plus subtile. Le portrait dans l'islam classique a longtemps été regardé avec méfiance, voire interdit, en vertu d'une tradition qui réserve la création de l'image humaine à Dieu seul. Cette restriction, jamais absolue, a été plus ou moins stricte selon les époques et les écoles. Au Maroc, on connaît surtout l'art de la miniature persane, qui figure des visages, et la tradition orale du portrait littéraire. Mais la fresque figurative grand format dans l'espace public est, à l'échelle de l'histoire de l'art arabo-musulman, une nouveauté. Le street art casablancais teste cette frontière : il ne s'attaque pas frontalement au tabou, il le déplace. Les portraits qu'on voit ici sont souvent des figures populaires, des gens du quartier, des héros anonymes — pas des grandes figures religieuses ou royales, qui restent évidemment intouchables. Une autre catégorie qu'on rencontre beaucoup à Casablanca : le portrait de femme. Femmes en hijab, femmes en cheveux libres, femmes sereines, femmes mélancoliques, jeunes filles, vieilles femmes. C'est un sujet fort, parce qu'il s'inscrit dans un débat plus large sur la place des femmes dans l'espace public marocain. Peindre une femme géante sur un mur de Casablanca, c'est rappeler qu'elle existe, qu'elle a un visage, qu'elle peut être affichée. Plusieurs artistes femmes participent à cette dynamique : Yasmina Alaoui, dont la calligraffiti est mondialement reconnue, Sarah Akrani, et d'autres. Si vous regardez bien le portrait devant vous, repérez quelques détails techniques. La taille des yeux : souvent surdimensionnés pour l'impact visuel à grande distance. Le traitement de la peau : par couches superposées, avec parfois des effets de brossage volontaires pour simuler la peinture à l'huile. L'arrière-plan : généralement uniforme ou avec des motifs géométriques, pour faire ressortir le visage. La signature : presque toujours en bas, parfois en haut, en lettres petites mais lisibles. Et pour finir, ce détail qu'on remarque rarement : la durée de réalisation. Une fresque de cette taille demande en général entre quatre et dix jours de travail, sur nacelle, par tous les temps. Les artistes sont payés par le festival, en général entre cinq et quinze mille dirhams selon la notoriété et la surface, plus le matériel. Ce sont des conditions relativement modestes, mais qui permettent à la scène de se professionnaliser. Continuons. La prochaine étape nous emmène vers une œuvre calligraphique, ce qu'on appelle le calligraffiti. Avancez environ deux cents mètres vers le sud-ouest, jusqu'à un mur où le motif principal est de l'écriture arabe stylisée.
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Œuvre calligraphique (calligraffiti)
Vous êtes devant une œuvre de calligraffiti. Calligraphie plus graffiti, le mot a été forgé dans les années 1980 par le Tunisien Hicham El Houmaid pour désigner cette pratique qui marie les deux mondes : la tradition millénaire de la calligraphie arabe et l'esthétique contemporaine du graffiti né dans les métros de New York. Cette fusion est particulièrement vibrante au Maroc, et Casablanca y joue un rôle de premier plan. Un mot sur la calligraphie arabe, parce qu'on en sous-estime souvent l'importance. Dans la culture arabo-musulmane classique, la calligraphie est un art majeur, peut-être le plus prestigieux de tous, parce qu'elle transmet la parole de Dieu telle qu'elle a été révélée. Le Coran a été d'abord transmis oralement, puis fixé par écrit au VIIe siècle, et l'art de l'écriture est devenu sacré. Plusieurs styles classiques se sont développés au fil des siècles : le coufique, anguleux et solennel, le maghrebi, propre à l'Afrique du Nord, le naskhi, plus arrondi, le diwani, ornemental. Le calligraffiti s'inspire de cette tradition mais la libère. Les lettres deviennent matières plastiques, déformées, étirées, démultipliées. Le sens n'est plus toujours premier : parfois on peut lire un mot, parfois on devine un terme, parfois c'est purement abstrait. L'écriture devient image, et l'image redevient écriture. L'œuvre devant vous, si vous arrivez à la déchiffrer, dit peut-être un mot simple : la liberté, l'amour, la paix, le nom d'un quartier, un verset poétique. Si vous ne lisez pas l'arabe, ne vous découragez pas : essayez de suivre le tracé d'une lettre du début à la fin. Vous verrez qu'elle a une dynamique, un mouvement, un poids. C'est cette gestuelle, cette danse de la plume, qui fait la calligraphie. Plusieurs artistes marocains ont fait leur marque dans ce style. eL Seed, franco-tunisien, est devenu une référence mondiale du calligraffiti, avec des projets monumentaux au Caire, à Doha, à Toronto, à Casablanca. Yasmina Alaoui, marocaine basée entre New York et Casablanca, mélange calligraphie arabe et motifs floraux dans des compositions qui évoquent autant les manuscrits anciens que les biennales contemporaines. Mohamed Lakhdar, marocain plus enraciné, travaille la calligraphie dans une veine plus brute, plus urbaine, parfois en grand format. Le calligraffiti porte aussi un message politique implicite, qu'il faut entendre. Il affirme que la culture arabe ne se réduit pas à des stéréotypes, qu'elle est vivante, contemporaine, capable de dialoguer avec le monde sans se renier. Dans un pays comme le Maroc, où la question de l'identité linguistique reste sensible — entre arabe classique, darija marocaine, amazigh, français — voir l'écriture arabe peinte en grand sur un mur, librement, c'est un acte culturel important. Continuons. La prochaine étape parle d'œuvre engagée : féminisme, identité, questions sociales. Avancez environ deux cents mètres vers l'ouest, jusqu'à un mur dont le sujet principal porte un message clair.
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Œuvre engagée
Vous êtes devant une œuvre que j'appellerais engagée. C'est-à-dire une œuvre qui prend position, qui dit quelque chose sur la société marocaine, et qui ne se contente pas de la décorer. Selon ce que vous voyez exactement, le sujet peut être une femme qui regarde droit devant elle, une scène qui interroge l'identité amazighe, une critique du pillage des ressources, ou un hommage aux migrants subsahariens en transit. Le street art casablancais est, depuis ses débuts, un art qui parle. Cela peut surprendre dans un pays où la liberté d'expression a longtemps été surveillée. Mais c'est précisément l'une des forces du street art : il opère dans une zone grise, ni totalement clandestin, ni pleinement officiel. Les fresques du festival Sbagha Bagha sont approuvées par les copropriétés, mais leur contenu reste à la discrétion de l'artiste. Tant que les sujets ne sont pas explicitement politiques — pas de critique du roi, pas d'attaque frontale du gouvernement — l'espace de création est large. Le féminisme est l'un des grands sujets de la scène. Plusieurs artistes femmes, et plusieurs hommes aussi, ont peint des œuvres qui interrogent la place des femmes dans la société marocaine. Femmes voilées, femmes dévoilées, femmes au travail, femmes en colère, femmes lasses, femmes joyeuses : la diversité des représentations est elle-même un message. Sarah Akrani, par exemple, peint des silhouettes féminines qui occupent l'espace, qui le réclament. Yasmina Alaoui, à travers ses calligraphies, écrit souvent des poèmes féministes. Le débat sur les droits des femmes au Maroc, depuis la réforme de la Moudawana en 2004 et les mobilisations plus récentes autour de la loi sur les violences faites aux femmes, traverse aussi le street art. L'identité amazighe est un autre sujet. Les Imazighen, qu'on appelait jusqu'aux années 2000 les Berbères, sont les peuples autochtones d'Afrique du Nord, et leur reconnaissance officielle au Maroc est récente. Tifinagh, l'écriture amazighe, est devenue langue officielle en 2011, avec l'arabe. Plusieurs fresques de Casablanca intègrent des motifs ou des lettres amazighes, qui rappellent que le Maroc n'est pas uniquement arabe. Les questions sociales plus dures — chômage des jeunes, rapport entre la ville riche et la ville pauvre, migration vers l'Europe, sort des migrants subsahariens — sont parfois abordées, plus rarement frontalement. Le street art casablancais, comme tout art qui veut durer, sait jouer avec la métaphore. Une remarque enfin sur les limites. Le street art au Maroc reste sous surveillance discrète. Certaines œuvres ont été repeintes, supprimées, ou n'ont jamais vu le jour parce que leur projet avait été refusé en amont. La frontière entre l'autorisé et le toléré bouge en permanence. Cela explique aussi que les sujets politiques explicites soient rares, et que les artistes les plus engagés s'expriment plus souvent à l'étranger. Avançons. La prochaine étape parle d'œuvres collectives ou anonymes : graffiti spontané, tags, fresques participatives. Continuez environ deux cents mètres vers le nord-ouest, vous allez croiser un mur ou une palissade couverte d'inscriptions superposées.
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Œuvre collective ou anonyme (graffiti spontané)
Vous êtes devant un mur ou une palissade très différente des œuvres précédentes. Ici, ce n'est pas une fresque commandée par un festival : c'est un graffiti spontané, en couches successives, où plusieurs auteurs sont passés, ont laissé un tag, un slogan, parfois un dessin rapide, parfois un gros mot. Ce monde-là, c'est l'autre versant du street art casablancais : sans permission, sans cachet, sans signature reconnue. Aux origines mondiales du street art, dans les années 1970 à New York, il n'y avait que ça : des jeunes qui écrivaient leur prénom sur les wagons du métro pour exister. Le tag a précédé la fresque. Au Maroc, c'est aussi vrai. Avant Sbagha Bagha, avant les festivals, des graffeurs locaux taguaient déjà, depuis les années 2000, sur les murs de Casablanca, de Rabat ou de Tanger. La plupart sont anonymes ou sous pseudo : un nom de trois ou quatre lettres, un blaze, qu'ils tracent encore et encore pour s'inscrire dans la géographie de la ville. Cette pratique reste illégale au Maroc, comme partout dans le monde. Le graffiti non autorisé peut être verbalisé, et plusieurs jeunes ont eu maille à partir avec la police pour des tags. Cela n'empêche pas la pratique de se poursuivre, parce qu'elle répond à un besoin profond d'expression urbaine. Tagger, c'est dire : j'existe, je suis ici, je marque ce mur. Pour des jeunes des quartiers populaires, qui n'ont pas accès aux galeries ni aux festivals officiels, c'est parfois la seule manière de s'inscrire dans la ville. La frontière entre tag, graffiti et street art est mouvante. Certains taggeurs ont fini par devenir des artistes reconnus, signés, exposés. D'autres restent dans la clandestinité par choix, par éthique, parce qu'ils estiment que l'art de rue doit rester libre, en dehors du marché. Le débat traverse toute la scène mondiale, et le Maroc n'y échappe pas. Regardez attentivement le mur. Vous voyez probablement plusieurs couches : un tag noir gras qui couvre un dessin coloré plus ancien, une signature sprayée à la va-vite, peut-être un slogan en darija — l'arabe marocain familier, qui s'écrit avec les lettres latines mélangées à des chiffres pour les sons absents en latin. Le 3 pour la lettre ayn, le 7 pour le ha, le 9 pour le qaf. Ce code informel est désormais lisible par toute une génération marocaine. Une œuvre collective ou anonyme n'a pas de signature unique : c'est l'œuvre d'un quartier. C'est aussi pour ça qu'elle est précieuse. Continuons. La prochaine étape parle d'œuvres internationales, c'est-à-dire d'artistes étrangers invités à Casablanca. Continuez environ deux cents mètres vers le nord, jusqu'à une fresque clairement étrangère par son style — figures plus codées, signatures non marocaines.
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Œuvre internationale
Vous voilà devant une fresque réalisée par un artiste étranger. Repérez la signature, en bas à droite ou à gauche : vous y lirez probablement un nom non marocain, parfois suivi du pays d'origine. Inti, du Chili, est l'un des artistes internationaux les plus emblématiques du festival Sbagha Bagha : il signe à Casablanca depuis plusieurs éditions, et a laissé sur les murs de la ville quelques figures monumentales reconnaissables, mêlant inspiration andine et coloris arabes. Okuda San Miguel, espagnol, a peint à Casablanca une fresque polychrome géométrique aux multiples têtes, dans son style signature. Et plusieurs autres : Seth, français ; Vhils, portugais ; Tristan Eaton, américain ; Aiko, japonaise. L'invitation d'artistes étrangers est une stratégie consciente du festival. D'une part, elle apporte de la visibilité internationale à Casablanca : les fresques sont photographiées, partagées sur Instagram, citées dans la presse mondiale du street art. D'autre part, elle nourrit la scène locale : les artistes marocains travaillent au contact des invités, échangent techniques et idées, montent en gamme. C'est ce qu'on appelle une politique culturelle bien pensée. L'inverse est aussi vrai : des artistes marocains s'exportent. Mehdi Annassi a peint à Berlin, à Paris, à Madrid. eL Seed, basé à Dubaï, est invité partout dans le monde. Yasmina Alaoui expose à New York, à Londres. La scène casablancaise est intégrée à la scène mondiale, ce qui est une réussite pour un pays qui n'a pas la masse critique de pays plus grands. Cette circulation des artistes pose aussi une question intéressante : à quoi reconnaît-on une œuvre marocaine ? Y a-t-il un style street art casablancais ? La réponse est ambiguë. D'un côté, oui, on perçoit certaines récurrences : l'usage des motifs géométriques inspirés des zelliges, la présence fréquente de la calligraphie arabe, les portraits féminins. De l'autre, le street art mondial est par nature hybride, métissé, et un artiste marocain peut très bien peindre une fresque qui ressemble à du graffiti new-yorkais, et un artiste américain à Casablanca peut très bien peindre une fresque qui ressemble à de l'art islamique. La frontière n'est plus territoriale. Mehdi Annassi, justement, mérite qu'on s'y arrête. Né à Casablanca dans les années 1980, formé à l'École des Beaux-Arts de Casablanca puis à l'étranger, il est devenu une signature mondialement reconnue. Ses portraits féminins, parfois monumentaux, allient un trait quasi-classique à une palette résolument contemporaine. Si vous voyez sur un mur de Casablanca un visage de femme qui semble échappé d'un livre ancien, mais peint en couleurs vives, c'est probablement de lui. Continuons vers la dernière étape. Avancez environ cent cinquante mètres vers le nord, où nous prendrons un peu de hauteur pour conclure ce parcours, dans un grand axe qui permet de voir plusieurs fresques d'un seul regard.
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Conclusion : Casablanca dans le mouvement urbain
Vous voilà à un croisement, depuis lequel vous pouvez probablement embrasser plusieurs fresques d'un seul regard. C'est le moment de prendre du recul et de conclure cette visite par une lecture plus large. Casablanca, depuis dix à quinze ans, s'est imposée comme l'une des grandes villes du street art africain et arabe. Elle dialogue avec ses voisines : Tunis, où le festival Djerbahood a attiré des artistes du monde entier sur les murs d'un village ; Le Caire, où l'art mural a explosé pendant et après la révolution de 2011 ; Beyrouth, où la guerre civile et les crises politiques ont nourri une scène très politisée ; Johannesburg, où le post-apartheid a libéré une explosion graphique. Chaque ville a sa signature, et Casablanca a la sienne : un mélange d'élégance esthétique, de tradition arabo-musulmane revisitée, et d'engagement social mesuré. Cette scène n'est pas figée. Elle évolue avec les artistes, avec les commandes, avec l'argent disponible. Le festival Sbagha Bagha lui-même a connu des hauts et des bas selon les financements, et plusieurs initiatives parallèles ont émergé pour prendre le relais. Aujourd'hui, le street art casablancais ne dépend plus d'un seul festival : il est devenu un fait urbain durable, intégré au paysage, presque attendu. Quelques pistes pour aller plus loin si le sujet vous intéresse. À Rabat, le festival Jidar a produit des fresques remarquables depuis 2015, et la médina de la capitale offre un parcours street art comparable. À Salé, des initiatives plus discrètes mais fertiles. À Marrakech, MB6 et MB7 — biennales d'art contemporain — ont laissé quelques traces. Les comptes Instagram du festival Sbagha Bagha et des artistes mentionnés dans cette visite sont les meilleures sources pour suivre l'actualité. Et puis, simplement, ouvrez l'œil. La prochaine fois que vous serez à Casablanca, regardez les pignons d'immeubles. Vous en verrez partout. Sur la corniche, dans les Habous, près du marché central, dans les quartiers nord. La ville est devenue galerie, et cette galerie n'a pas d'horaires d'ouverture. Vous arrivez au terme de notre visite. En une heure et demie et environ un kilomètre et demi, nous avons traversé sept catégories du street art casablancais : la grande fresque festivalière, le portrait, le calligraffiti, l'œuvre engagée, le graffiti spontané, l'œuvre internationale, et la lecture d'ensemble. Vous avez maintenant les clés pour décoder n'importe quelle fresque que vous croiserez à Casablanca, ou ailleurs au Maroc. HelloMorocco vous propose d'autres tours sur la ville, du centre Art Déco à la mosquée Hassan II en passant par les Habous et la médina ancienne. À très bientôt.