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Palais El Badi & Tombeaux Saadiens : la splendeur saadie

·1h30·0.4 km
Deux sites, deux cents mètres, et toute la splendeur de la dynastie saadienne. Au XVIe siècle, Marrakech est la capitale d'un empire qui s'enrichit du sucre, de l'or de Tombouctou et des rançons de la bataille des Trois Rois. Le sultan Ahmed al-Mansour, surnommé 'le Doré', se lance dans deux chantiers titanesques : le palais El Badi, 'l'Incomparable', édifié pour éclipser les fastes de l'Andalousie, et la nécropole familiale aux marbres importés et aux plafonds de cèdre. Ce parcours de 0,4 kilomètre vous emmène en six étapes des ruines majestueuses du palais éphémère, démantelé par Moulay Ismaïl pour bâtir Meknès, jusqu'aux salles intactes des Tombeaux Saadiens, redécouverts par hasard en 1917 grâce à un avion.

Étapes du parcours (6)

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    Place des Ferblantiers, entrée d'El Badi

    Vous voilà sur la place des Ferblantiers. Tournez-vous d'abord vers les ateliers qui bordent la place : des lanternes en métal ajouré, des photophores, des appliques murales accrochées en grappes au-dessus des échoppes. Ces artisans, les ferblantiers, sont les héritiers d'une longue tradition de travail du métal léger qui éclaire encore aujourd'hui les riads et les restaurants de Marrakech. Maintenant, regardez vers le sud : derrière le grand mur en pisé rouge, vous devinez les ruines d'un palais. Vous y êtes presque. Bienvenue dans cette visite Guide Audio HelloMorocco consacrée à la splendeur saadienne. Pendant l'heure et demie qui vient, nous allons explorer ensemble deux sites emblématiques de Marrakech, séparés de seulement deux cents mètres : le palais El Badi et les Tombeaux Saadiens. Six étapes audio-guidées. Marchez à votre rythme, mes commentaires se déclenchent automatiquement à chaque arrêt. Si jamais le GPS perd la trace, appuyez simplement sur le bouton "Je suis arrivé". Avant d'entrer dans le palais, situons un peu le contexte. La place des Ferblantiers, où vous êtes, marque la frontière entre deux mondes anciens. Au sud, vous avez la Kasbah, le quartier princier où se concentraient les palais des sultans, leurs jardins, leurs casernes. À l'est, à quelques pas seulement, commence le Mellah, le quartier juif de Marrakech, créé au milieu du XVIe siècle. Pendant des siècles, jusqu'à l'indépendance et au départ massif vers Israël après 1948, des milliers de Juifs marocains ont vécu ici, parlé judéo-arabe, prié dans leurs synagogues, tenu leurs commerces. Aujourd'hui, la communauté est presque éteinte, mais les ruelles, deux synagogues et le cimetière juif sont toujours là, témoins discrets. Maintenant, levons le voile sur la dynastie saadienne, qui est la grande affaire de ce tour. Les Saadiens sont une famille de chérifs venus du sud du Maroc, du Souss et des oasis de la vallée du Drâa. Ils prennent le pouvoir à Marrakech au milieu du XVIe siècle, en chassant les derniers Mérinides puis en repoussant les Portugais qui avaient pris pied sur les côtes. Avec eux, Marrakech, qui s'était endormie pendant deux siècles au profit de Fès, redevient capitale d'un grand empire. Et leur grand homme, c'est Ahmed al-Mansour. Il règne de 1578 à 1603, vingt-cinq années pendant lesquelles le Maroc devient l'une des puissances majeures de la Méditerranée et de l'Atlantique. Il négocie avec Élisabeth Iʳᵉ d'Angleterre, signe des traités, envoie des ambassadeurs, monte une expédition militaire jusqu'à Tombouctou pour y prendre le contrôle des mines d'or. Et il bâtit, beaucoup, en commençant par le palais devant lequel vous vous trouvez : El Badi, ce qui signifie en arabe "l'Incomparable", "celui qui n'a pas son pareil". Avançons. Présentez votre billet à l'entrée — l'accès est payant — et engagez-vous dans le passage qui mène à la grande cour intérieure. Vous allez déboucher sur un espace immense, une esplanade rectangulaire avec un bassin central. C'est là que nous nous arrêterons.

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    Cour intérieure d'El Badi

    Vous voilà au cœur du palais El Badi. Tournez sur vous-même : devant vous s'étend une cour rectangulaire d'environ 130 mètres sur 110, soit la taille d'un grand stade. Au centre, un bassin colossal, encadré de quatre jardins en contrebas plantés d'orangers. Sur les côtés, vous distinguez encore les ruines des pavillons qui flanquaient la cour, et les murs en pisé rouge qui s'élèvent à dix ou quinze mètres au-dessus de vous. C'est, malgré les ruines, l'un des espaces les plus impressionnants du Maroc. Imaginez maintenant ce que c'était à la fin du XVIe siècle. Le sol que vous foulez était couvert de marbres polis venus de toute la Méditerranée. Les murs étaient recouverts de zelliges polychromes, de stucs sculptés, de plaques d'or fin. Les pavillons des quatre coins, dont vous voyez les vestiges, étaient hauts comme des tours de palais, certains tapissés à l'intérieur de marbre de Carrare, d'ivoire, de corail importé du Soudan. Au-dessus de chaque porte, des inscriptions calligraphiques en lettres dorées chantaient la gloire du sultan. Le palais a été construit à partir de 1578, juste après une bataille décisive qui s'appelle la bataille des Trois Rois, ou bataille de Wadi al-Makhazin, ou bataille d'Alcácer Quibir selon qui la raconte. C'est le moment fondateur du règne d'Ahmed al-Mansour. Trois rois meurent dans la bataille : le roi du Portugal Sébastien Iᵉʳ, son adversaire saadien Abd al-Malik, et le sultan déposé Mohammed al-Mutawakkil. Au final, c'est Ahmed, le petit frère d'Abd al-Malik, qui ramasse la couronne. Et avec elle, des prisonniers portugais nobles dont les rançons enrichissent considérablement le trésor saadien. Avec cet argent, plus l'or de Tombouctou rapporté quelques années plus tard, et le sucre marocain qui se vend une fortune en Europe, Ahmed al-Mansour finance El Badi. La construction dure une vingtaine d'années. On fait venir des marbres d'Italie, échangés contre du sucre marocain au taux d'un kilo de marbre pour un kilo de sucre — un marché légendaire qui dit bien la richesse du sultan. On fait venir des artisans de toute l'Andalousie. Et au final, le palais devient une des merveilles du monde musulman, célèbre dans tout l'Empire ottoman et jusqu'en Inde. À quoi servait-il, exactement ? Pas vraiment à habiter, paradoxalement. C'était surtout un palais d'apparat, dédié à la réception des ambassadeurs, des chefs tribaux, des grands invités. Ahmed al-Mansour y donnait des fêtes mémorables, y accueillait les hommages, y rendait sa justice solennelle. Et la légende veut que le bouffon de la cour, le jour de l'inauguration, ait susurré au sultan : "Ce palais sera magnifique quand il sera en ruines". Une prédiction macabre que la suite des événements a tristement confirmée. Avançons. Sortez de la cour par le côté sud, en direction du grand mur d'enceinte que vous voyez là-bas. Une rampe vous permet de monter sur le chemin de ronde du mur, d'où vous aurez une vue panoramique sur le palais et la médina. Comptez 100 mètres de marche.

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    Vue depuis le mur sud : ruines et démantèlement

    Vous voilà sur le chemin de ronde du mur sud. Levez les yeux : là, juste au-dessus de vous, vous voyez probablement un nid de cigognes. C'est l'une des images iconiques d'El Badi : ces grands oiseaux blancs et noirs qui ont fait des murs ruinés du palais leur résidence depuis des décennies. Tournez-vous maintenant vers la cour : à vos pieds, le palais déploie tout son rectangle, le bassin scintillant, les jardins d'orangers, les pavillons écroulés. Au loin, par temps clair, vous apercevez les sommets enneigés de l'Atlas. C'est ici, depuis cette hauteur, que la grande question d'El Badi prend tout son sens : pourquoi est-il en ruines ? Le palais a tenu un peu plus de cent ans. Construit à la fin du XVIe siècle, abandonné dans les années 1690. Et l'on ne peut pas comprendre ce démantèlement sans parler d'un autre sultan, d'une autre dynastie : Moulay Ismaïl, le grand sultan alaouite. Moulay Ismaïl règne de 1672 à 1727, soit cinquante-cinq ans, l'un des plus longs règnes de l'histoire du Maroc. Il est célèbre pour son armée d'esclaves noirs, ses mille enfants — peut-être vraiment, peut-être moins —, ses ambassades auprès de Louis XIV, et sa cruauté légendaire. Mais il est surtout connu pour avoir déplacé la capitale du Maroc, de Marrakech à Meknès. Et pour bâtir sa nouvelle capitale, il lui fallait des matériaux de construction. Beaucoup. Vite. Et de la meilleure qualité possible. Vous avez deviné la suite. Plutôt que de faire venir de nouveaux marbres d'Italie ou de tailler de nouvelles pierres, Moulay Ismaïl ordonne le démantèlement systématique d'El Badi. Pendant plus de dix ans, des caravanes entières quittent Marrakech pour Meknès, chargées de marbre poli, d'onyx, de portes en cèdre, de zelliges entiers, de tuiles de cèdre, de plaques d'or fondu en lingots. Le palais n'est pas détruit par la guerre ni par le temps : il est démonté pierre à pierre, méthodiquement, par décision politique. Quand vous visiterez Meknès — si vous le faites un jour, et HelloMorocco vous y emmène avec d'autres tours —, regardez bien les portes monumentales de Bab Mansour, les pavés de marbre de la salle des Ambassadeurs, certains plafonds de cèdre des écuries impériales. Vous y verrez une partie du palais que vous regardez en ce moment. C'est l'une des plus grandes opérations de spoliation architecturale de l'histoire du Maroc. Il en reste pourtant beaucoup. Les murs en pisé rouge, les bassins, l'enveloppe générale. Et puis quelques pavillons souterrains, des écuries, et même la chaire en bois de cèdre sculpté de la mosquée de la Koutoubia, longtemps remisée ici, qu'on peut voir aujourd'hui dans une salle d'exposition du palais. Demandez à la billetterie où elle est : ça vaut le détour. Repartons. Redescendez du chemin de ronde, sortez d'El Badi par où vous êtes entré, repassez par la place des Ferblantiers. Nous allons rejoindre les Tombeaux Saadiens, à environ 200 mètres de là, par le passage de Bab Berrima. Nous nous arrêterons en chemin.

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    Trajet vers les Tombeaux Saadiens, passage Bab Berrima

    Vous longez en ce moment le passage de Bab Berrima. À votre droite, les hauts murs d'enceinte de la kasbah que vous venez de quitter. À votre gauche, plus loin, la silhouette du minaret de la mosquée de la Kasbah, l'une des plus anciennes de Marrakech, fondée au XIIe siècle par les Almohades. Et devant vous, à environ cent mètres, l'entrée discrète des Tombeaux Saadiens. Profitons de ce trajet pour comprendre une étrangeté qui va vous frapper en arrivant. Le palais El Badi, d'où nous venons, est à l'air libre, vaste comme une place, accessible immédiatement. Les Tombeaux, eux, sont enfouis derrière les murs de la mosquée de la Kasbah, on y entre par un couloir très étroit, on serpente entre des bâtiments anciens. Pourquoi cette différence ? Parce que les Tombeaux ont eu une histoire bien à eux : ils ont été littéralement oubliés pendant deux cents ans. Comme El Badi, les Tombeaux Saadiens ont été construits sous Ahmed al-Mansour. Le sultan voulait y faire reposer sa famille et lui-même, dans un mausolée digne de la dynastie. Il commande la nécropole vers 1591, on y inhume sa propre mère, plusieurs de ses enfants, et finalement le sultan lui-même en 1603. Pendant le siècle qui suit, c'est un lieu de pèlerinage et de prière, fréquenté par les Saadiens et les notables de la ville. Et puis les Alaouites prennent le pouvoir, et Moulay Ismaïl arrive au pouvoir en 1672. Et là, fait historique étonnant, il décide de ne pas démolir les Tombeaux. C'est l'un des rares vestiges saadiens qu'il épargne. Pourquoi ? Parce que ce sont des tombes, et qu'on ne profane pas la sépulture des morts dans la tradition musulmane — même celle d'une dynastie ennemie. Mais il fait mieux : il fait murer l'accès des Tombeaux, en bouchant tous les passages sauf un, étroit, à peine connu. Officiellement, pour les protéger. Officieusement, pour les faire oublier. Et ils ont été oubliés. Pendant plus de deux siècles, les habitants même de Marrakech ne savaient plus exactement ce qu'il y avait derrière le mur. Jusqu'en 1917, où nous arriverons à l'étape finale. Avancez encore. Présentez votre billet à l'entrée des Tombeaux Saadiens, suivez le couloir étroit sur une vingtaine de mètres. Vous allez déboucher dans une petite cour avec un jardin. Le grand mausolée principal, la salle des 12 colonnes, sera sur votre droite.

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    Salle des 12 colonnes, mausolée d'Ahmed al-Mansour

    Vous voilà devant la pièce maîtresse des Tombeaux Saadiens : la salle des Douze Colonnes. Patientez si nécessaire dans la file — la salle se visite par petits groupes, l'espace est étroit, mais la vue depuis l'entrée vous laisse déjà tout admirer. Levez les yeux. Tournez-vous lentement. Devant vous, douze colonnes en marbre de Carrare se dressent jusqu'au plafond. Au-dessus, un plafond entièrement sculpté en cèdre du Moyen Atlas, peint et doré à la feuille, avec un motif central en mouqarnas — ces stalactites architecturales caractéristiques de l'art islamique. Sur les murs, des inscriptions calligraphiques en lettres dorées sur fond bleu, des stucs ouvragés en motifs géométriques et floraux. Au sol, des tombes recouvertes de zelliges polychromes : Ahmed al-Mansour repose au centre, entouré de ses fils. Marquons un temps. Tout ce que vous voyez ici a été conçu pour démontrer une chose : la grandeur de la dynastie saadienne, et notamment d'Ahmed al-Mansour. Le plafond doré coûte une fortune en feuilles d'or. Le marbre de Carrare a été importé d'Italie, payé en sucre marocain. Le stuc et les zelliges ont été réalisés par les meilleurs artisans saadiens, formés dans la tradition andalouse, héritée de Grenade et de Cordoue. Et pourtant, pour mesurer la différence avec El Badi que nous venons de quitter, observons une chose curieuse. Aux Tombeaux Saadiens, malgré le luxe, l'échelle est intime. La salle fait peut-être douze mètres sur dix. Le palais El Badi, lui, mesurait 130 mètres sur 110. C'est qu'on n'est pas dans le même registre. El Badi était un palais d'apparat, fait pour éblouir les vivants. Les Tombeaux, eux, sont une nécropole. Le luxe y est tourné vers Dieu et la postérité, pas vers les ambassadeurs. C'est une autre forme de magnificence, plus retenue, plus dévotionnelle. Laissez votre regard remonter jusqu'au plafond. Vous voyez ces inscriptions calligraphiques tout autour de la base de la coupole ? Elles citent des versets coraniques sur la mort, le jugement, le paradis. Le calligraphe a fait corps avec l'architecture : la lettre arabe devient ornement, l'ornement reste lettre. C'est l'une des grandes vertus de l'art musulman : la calligraphie n'y est jamais décorative, elle est toujours porteuse de sens. Si vous lisez l'arabe, prenez le temps de déchiffrer quelques passages. Sinon, sachez que ce sont des appels à la miséricorde divine pour le défunt. Quelques mots sur les tombes elles-mêmes. Au centre, Ahmed al-Mansour repose sous une stèle de marbre au cintre légèrement bombé. À côté, ses fils, dont Zaydan an-Nasir, qui lui a succédé en 1603 et a régné dans des conditions déjà beaucoup plus difficiles. Vous remarquez peut-être que les stèles sont relativement modestes pour des stèles royales. Dans la tradition islamique, l'humilité face à la mort est de rigueur, même pour un sultan. Pas de gisant sculpté, pas d'inscription ostentatoire. Le luxe est dans le décor, pas dans la pierre tombale elle-même. Petite curiosité historique : Ahmed al-Mansour est mort de la peste à l'âge de 54 ans, lors d'une épidémie qui a ravagé Marrakech en 1603. Son fils aîné, Mohammed al-Cheikh, qui devait lui succéder, est mort de la même peste quelques semaines plus tôt. C'est un fils cadet, Zaydan, qui a hérité du trône, déclenchant une guerre de succession entre frères qui a duré des années et précipité le déclin de la dynastie saadienne. La grandeur d'Ahmed al-Mansour ne lui a survécu que d'une génération. Repartons. Sortez de la salle des Douze Colonnes par où vous êtes entré, et tournez-vous vers le côté ouest de la cour-jardin. Vous y verrez un autre mausolée, plus petit, plus ancien, et le jardin des tombes secondaires. C'est là que se conclut notre visite.

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    Petit mausolée, jardin des tombes et redécouverte de 1917

    Vous voilà devant le second mausolée, plus petit que celui des Douze Colonnes mais tout aussi important historiquement. Levez les yeux : son architecture est plus sobre, sa salle est moins haute, sans plafond doré spectaculaire. Et autour de vous, dans la petite cour-jardin que vous voyez, ce sont des dizaines de tombes au sol, recouvertes de zelliges polychromes, parfois plantées de fleurs basses ou d'arbustes. C'est ici que reposent les femmes de la famille saadienne, les épouses, les filles, les concubines, ainsi qu'une partie des dignitaires de la cour. Le petit mausolée que vous regardez est en réalité le plus ancien des deux. Il a été construit à la fin du règne du père d'Ahmed al-Mansour, Mohammed ach-Cheikh, vers 1557. C'est lui qui a posé les premières pierres de la nécropole familiale saadienne. À l'intérieur reposent notamment Lalla Messaouda, la mère d'Ahmed al-Mansour — une figure légendaire de la dynastie, qui a tenu un rôle politique considérable —, et plusieurs femmes de la dynastie. Si l'accès à l'intérieur est ouvert, jetez un œil discret : le décor est moins fastueux mais tout aussi raffiné, dans une palette plus douce, plus retenue. Dans ce jardin, posons-nous la grande question : comment ces Tombeaux ont-ils été redécouverts en 1917 ? L'histoire est rocambolesque. Pendant le protectorat français, qui commence en 1912, les autorités françaises et marocaines se mettent à inventorier les monuments historiques de Marrakech. Le service des Beaux-Arts du protectorat dresse des cartes, photographie les façades, mesure les murs. Et là, en 1917, l'aviation militaire française survole la kasbah de Marrakech pour des reconnaissances aériennes. Sur les photos prises depuis l'avion, on aperçoit clairement, derrière le mur de la mosquée de la Kasbah, des cours intérieures et des toits que personne n'avait identifiés. Le service des Beaux-Arts décide d'enquêter. On retrouve trace dans les archives anciennes du nom des Tombeaux Saadiens. On cherche, on fouille, et on finit par retrouver le passage muré par Moulay Ismaïl deux cent vingt ans plus tôt. On le rouvre. Et l'on découvre ce que vous regardez en ce moment, intact, en parfait état de conservation, comme un capsule temporelle. C'est ce qui rend ces Tombeaux uniques au Maroc. Là où El Badi a été dépouillé, démantelé, ramené à l'état de squelette, les Tombeaux Saadiens, eux, ont traversé deux siècles d'oubli sans une égratignure. Le plafond doré, les marbres, les zelliges, les inscriptions : tout est d'origine. Vous regardez exactement ce que voyaient les contemporains d'Ahmed al-Mansour, à quelques restaurations près. Voilà, nous arrivons au terme de notre visite. En un peu plus de quatre cents mètres, vous avez exploré deux des sites majeurs de la dynastie saadienne, qui a redonné à Marrakech son rang de capitale impériale après deux siècles d'effacement. Vous avez vu un palais éphémère et magnifique, démantelé par la politique. Vous avez vu une nécropole intacte, sauvée par l'oubli. Et vous avez probablement compris pourquoi, à Marrakech comme ailleurs, l'histoire dépend autant du hasard que de la grandeur. La suite vous appartient. HelloMorocco vous propose d'autres tours dans la ville, au Palais Bahia tout proche, à la medersa Ben Youssef, ou un tour entier sur l'histoire de Marrakech. À très bientôt.

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Durée
1h30
Distance
0.4 km
Difficulté
medium
Langues
FR