Fès el-Bali sud : Bab Boujloud, Bou Inania, Karaouiyine
Étapes du parcours (8)
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Bab Boujloud, l'arrivée par la porte bleue
Vous voilà devant Bab Boujloud, la fameuse porte bleue de Fès. Devant vous, une grande arche en fer à cheval, encadrée par deux tours crénelées, entièrement habillée de céramiques bleues qui dessinent des étoiles, des entrelacs et des bandeaux de calligraphie. Au-dessus de l'arche, un large bandeau d'écriture coranique en lettres blanches sur fond bleu cobalt. À droite et à gauche, vous distinguez peut-être déjà le ballet incessant des passants, des charrettes, des mulets : tout entre et tout sort par cette porte. Bienvenue dans cette visite Guide Audio HelloMorocco, consacrée au cœur sud de la médina de Fès. Je vous accompagne sur environ 1,2 kilomètre, en huit étapes, depuis cette porte jusqu'à la mosquée Karaouiyine et la place Seffarine. Marchez à votre rythme, mes commentaires se déclenchent automatiquement à chaque arrêt. Si le GPS hésite, ce qui arrive souvent dans ces ruelles couvertes, appuyez sur « Je suis arrivé », et je prends le relais. Quelques mots sur cette porte. Bab Boujloud signifie littéralement la porte du gars aux peaux, du nom d'un personnage médiéval qui tenait commerce dans le coin. Elle a longtemps été l'entrée principale de Fès el-Bali, la vieille ville. Mais ne vous y trompez pas : la porte que vous voyez est récente, à l'échelle de la médina. Elle a été reconstruite par le protectorat français en 1913 sur l'emplacement d'une porte plus ancienne et beaucoup plus modeste. Le but était double : marquer une entrée monumentale pour les voyageurs européens, et faciliter la circulation des troupes et des mulets. Le détail savoureux, c'est qu'elle a deux visages. Côté extérieur, celui que vous regardez maintenant, elle est entièrement bleue. Le bleu de Fès, un cobalt profond presque indigo, rappelle la couleur traditionnelle de la ville. Mais une fois passé sous l'arche, faites le geste de vous retourner : la même porte, vue de l'intérieur, est verte. Le vert de l'islam, couleur du paradis et du prophète, qui accueille celui qui entre dans le territoire sacré. C'est une mise en scène, presque un théâtre, et c'est très réussi. Les zelliges qui couvrent la porte sont fabriqués selon la technique traditionnelle de Fès : des carreaux de céramique émaillée taillés un par un au burin, à la main, puis assemblés à l'envers dans un mortier. Vous verrez le même savoir-faire à toutes les étapes de cette visite, dans toutes les médersas et toutes les fontaines. Fès est la capitale historique du zellige marocain, et les artisans d'ici exportent encore leurs panneaux dans le monde entier. Avant qu'on ne franchisse la porte, repérez bien votre position. Si vous vous perdez plus tard dans la médina — et statistiquement, tout le monde se perd un peu — souvenez-vous : Bab Boujloud, c'est en haut. La médina descend en pente douce vers le fleuve Fès, et n'importe quelle ruelle remontante finira tôt ou tard par vous ramener ici. C'est la règle de survie numéro un du visiteur de Fès. Maintenant, franchissons la porte. Passez sous l'arche bleue, faites quelques pas à l'intérieur, retournez-vous une seconde pour admirer le côté vert, puis avancez tout droit sur environ 50 mètres. Vous tombez sur l'amorce d'une rue commerçante en pente douce, bordée d'échoppes des deux côtés : c'est la Talâa Kebira, et c'est là que je vous retrouve.
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La Talâa Kebira, l'artère vivante
Vous voilà sur la Talâa Kebira, qui veut littéralement dire la grande montée. Depuis Bab Boujloud, vous la prenez à l'envers, en descente : nous, nous descendrons donc cette grande montée. Bienvenue dans la rue la plus emblématique de Fès. Sur près de 800 mètres, elle file en pente douce jusqu'aux abords de la mosquée Karaouiyine, à travers des centaines d'échoppes qui se succèdent presque sans rupture : épiceries, dinandiers, tisserands, herboristes, vendeurs de djellabas, boucheries, pâtissiers. Imaginez. Vous êtes dans une ville fondée à la fin du VIIIe siècle par un prince réfugié, Moulay Idriss Ier. Vous êtes dans une médina dont le tracé général n'a presque pas bougé depuis le Moyen Âge. Et la rue que vous descendez est, peu ou prou, la même que celle empruntée par les caravanes, les étudiants, les fonctionnaires et les pèlerins depuis plus de mille ans. Pas un kilomètre carré au monde ne concentre autant d'histoire vivante. Levez les yeux. Au-dessus de votre tête, par endroits, la rue est couverte de claies de roseaux, de planches en cèdre ou de bâches : c'est la sefarja, l'auvent traditionnel, qui tamise la lumière et protège les marchandises des intempéries. La lumière qui tombe en lames obliques entre ces claies est l'un des grands plaisirs visuels de Fès, surtout en milieu de matinée. Sur le sol, vous remarquerez des dalles parfois très polies, parfois inégales. Ce sont les pavés d'origine, usés par des siècles de pas, de sabots et de roues de charrettes. Aucune voiture ne passe ici : la médina de Fès est restée la plus grande zone urbaine sans circulation automobile au monde. Les livraisons se font à dos de mulet ou par charrette. Si vous entendez derrière vous un cri de « balak balak », ce qui veut dire « attention attention », rangez-vous immédiatement contre le mur. C'est un mulet chargé qui passe, et il ne vous demandera pas la permission. Ce que vous croisez aussi en permanence, ce sont des étudiants. Fès est une ville étudiante depuis douze siècles : autour de la mosquée Karaouiyine et des grandes médersas, on apprenait, on apprend encore le droit, la grammaire, le Coran, l'astronomie. Les étudiants logeaient dans les médersas voisines, dans des chambres minuscules ouvertes sur de splendides cours intérieures. L'une de ces médersas, la plus belle de Fès, vous attend juste un peu plus bas. Continuons en descendant la Talâa Kebira sur environ 200 mètres. Vous passerez devant des dizaines d'échoppes — résistez à la tentation de tout regarder, on a encore beaucoup à voir. Sur votre droite, vous arriverez devant une façade de pierre claire et de bois sculpté, avec une porte monumentale en bronze : c'est la médersa Bou Inania, et c'est là que je vous retrouve.
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Médersa Bou Inania, le pinacle de l'art mérinide
Vous voilà devant la médersa Bou Inania. Devant vous, une façade en pierre claire, ouvragée comme une dentelle, percée d'une porte monumentale en bronze. Levez la tête : juste à droite ou à gauche selon votre angle, vous apercevez aussi un minaret carré décoré de zelliges verts et blancs, et juste en face du minaret, une étrange façade dont sortent des poutres horizontales et des bols de cuivre suspendus dans le vide. Nous y reviendrons. Pour l'instant, concentrons-nous sur la médersa. Une médersa, en arabe, c'est une école coranique, mais c'est aussi un lieu de vie. On y apprenait, on y mangeait, on y dormait. Celle-ci a été construite entre 1350 et 1357 par le sultan mérinide Abou Inan Faris, dont elle porte le nom. Les Mérinides étaient une dynastie berbère venue du sud-est marocain qui a régné sur le Maroc du milieu du XIIIe au milieu du XVe siècle. Et la médersa Bou Inania est unanimement considérée comme leur chef-d'œuvre absolu, le sommet de l'art mérinide. Si vous avez la possibilité d'entrer — un billet d'environ 20 dirhams, et c'est l'une des rares médersas qui se visite vraiment — n'hésitez pas. Vous découvrirez à l'intérieur une cour rectangulaire pavée de marbre blanc, au centre de laquelle bruisse une vasque d'ablutions. Levez les yeux par paliers : au sol, des zelliges en mosaïques géométriques, où chaque carreau est taillé à la main. À hauteur d'homme, des panneaux de bois de cèdre du Moyen Atlas, sculptés de calligraphies arabes et de motifs floraux. Au-dessus, une frise de stuc finement ciselé, où les artisans ont creusé la matière à mains nues pour faire apparaître des entrelacs presque vaporeux. Et tout en haut, sous le toit, un auvent en cèdre encore plus massivement sculpté. Ce qui est unique à Bou Inania, c'est qu'elle est à la fois médersa et mosquée. Cette double fonction est rare : la plupart des médersas se contentent d'une salle de prière intérieure. Ici, le sultan voulait un complexe complet, avec son propre minaret, et même son imam. Une coquetterie politique : à l'époque, fonder une mosquée vendredi indépendamment du pouvoir religieux central, c'était presque une déclaration d'autonomie. Et puis, il y a la fameuse clepsydre, juste en face de la médersa, de l'autre côté de la rue. Cette façade étrange aux poutres saillantes et aux bols de cuivre est ce qu'il reste d'une horloge à eau monumentale du XIVe siècle. Le mécanisme exact est perdu : les bols de cuivre étaient probablement remplis et vidés selon un système de poids et de chariots, et marquaient les heures de la prière en faisant tomber des billes dans des vasques. Plusieurs ingénieurs marocains ont tenté la reconstruction au XXe siècle, sans succès complet. Le mystère subsiste : aujourd'hui encore, personne ne sait avec certitude comment elle fonctionnait. Une dernière chose avant de repartir : observez la calligraphie de la façade extérieure. Les inscriptions en stuc et en marbre rappellent que cette médersa était voulue comme un manifeste politique et religieux. Le sultan Abou Inan se présentait comme le prince de la vraie foi, et chaque mètre carré de cette façade le rappelle à qui sait lire l'arabe coranique. Repartons. Reprenez la Talâa Kebira en descente, sur environ 250 mètres. Restez sur l'artère principale, ne vous engagez pas dans les ruelles latérales. Vous allez déboucher sur une placette ombragée avec une belle fontaine murale ouvragée : c'est la place Nejjarine, et c'est là que je vous retrouve.
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Place et fontaine Nejjarine
Vous voilà sur la place Nejjarine, l'une des plus belles placettes de Fès. Devant vous, une fontaine murale magnifique, encastrée dans la pierre, recouverte de zelliges polychromes — verts, jaunes, bleus — et surmontée d'un auvent en cèdre sculpté. Sur votre gauche, ou sur votre droite selon où vous êtes, une grande façade percée d'une porte monumentale, encadrée de balcons en bois finement travaillés : c'est le fondouk Nejjarine. Le mot nejjarine, c'est tout simplement les menuisiers. Cette place et les ruelles qui en partent étaient autrefois entièrement consacrées au travail du bois. On y vendait des coffres de mariée, des plateaux, des moucharabiehs, des portes, des lits, tout ce qui était sculpté dans le cèdre du Moyen Atlas ou le thuya du Souss. Quelques échoppes existent encore, mais la production s'est largement déplacée hors de la médina. La fontaine Nejjarine est l'une des plus anciennes fontaines monumentales de Fès, datée du XVIIIe siècle. Elle servait à la fois au quartier — on y remplissait ses cruches — et aux passants altérés, comme un geste de bienfaisance, de waqf, financé par un riche notable de l'époque. Vous verrez à Fès des dizaines de ces fontaines murales : ce sont à la fois des ouvrages d'art et des pièces d'utilité publique. Aujourd'hui, l'eau ne coule plus toujours, mais l'architecture, elle, est toujours là. Le fondouk juste à côté est encore plus intéressant. Un fondouk, c'est un caravansérail urbain : un grand bâtiment à deux ou trois étages, organisé autour d'une cour centrale, où les marchands de passage venaient stocker leurs marchandises au rez-de-chaussée et louer une chambre à l'étage. Au XIVe siècle, Fès en comptait plus de deux cents. Celui-ci, magnifiquement restauré dans les années 1990, abrite aujourd'hui le musée des Arts du Bois. Si vous avez le temps, montez sur la terrasse panoramique : vue imprenable sur les toits de la médina, sur le minaret de la Karaouiyine et sur la mer verte des médersas. C'est l'un des points de vue les moins connus et les plus beaux de Fès. Continuons. Quittez la place en suivant la ruelle principale qui descend vers l'est, sur environ 150 mètres. Vous allez voir les passants se densifier, se mettre à porter des cierges, des bougies, des paniers d'offrandes : vous approchez du sanctuaire de Moulay Idriss II.
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Mausolée de Moulay Idriss II, le saint patron
Vous voilà aux abords immédiats de la zaouïa de Moulay Idriss II, le sanctuaire le plus sacré de Fès, et l'un des plus importants du Maroc. Devant vous, un minaret blanc et vert, et tout autour, un fourmillement de pèlerins, de fidèles, de cierges colorés, de paniers d'offrandes. L'atmosphère ici est différente du reste de la médina : plus dense, plus recueillie, plus chargée. Petit avertissement avant d'aller plus loin : la zaouïa est interdite aux non-musulmans. Vous voyez, à l'entrée des ruelles qui mènent au cœur du sanctuaire, des poutres basses fixées en travers, à environ un mètre cinquante du sol. Cette poutre, c'est la limite du horm, l'espace sacré. Vous ne devez pas la franchir si vous n'êtes pas musulman. Ce n'est pas une question de billet ou d'horaire, c'est une règle religieuse stricte. Mais ne soyez pas frustré : depuis l'extérieur, vous voyez déjà beaucoup, et l'observation de la vie qui s'agite autour est passionnante. Qui était Moulay Idriss II ? C'est tout simplement le fondateur officiel de Fès. Son père, Idriss Ier, arrière-petit-fils du prophète Mohammed par sa fille Fatima, avait fui les massacres dynastiques d'Orient et trouvé refuge au Maroc à la fin du VIIIe siècle. Idriss Ier fonde la dynastie idrisside et donne à Fès ses tout premiers contours en 789. Mais c'est son fils, Idriss II, né posthume, qui est considéré comme le véritable fondateur de la ville en 808-809, quand il y installe sa capitale et y réunit des artisans et des lettrés. Sa tombe a été retrouvée intacte au XIIIe siècle, presque cinq cents ans après sa mort, lors de travaux dans la mosquée. Le corps était dit miraculeusement préservé. À partir de cette date, la zaouïa devient l'un des lieux les plus vénérés du Maroc, un lieu de pèlerinage, un lieu de prière, un lieu où l'on vient implorer une intercession du saint pour la santé d'un proche, pour un mariage, pour la réussite d'un examen. Les femmes en mal d'enfant viennent y déposer un cierge. Les étudiants viennent y prier avant les épreuves de Karaouiyine. Et toute la médina, en théorie, lui doit fidélité. Observez la vie qui se déploie tout autour : les vendeurs de cierges qui ont leurs habitudes, les boutiques d'objets pieux, les ruelles ombragées, les pèlerins qui se déchaussent à l'entrée. Vous êtes au cœur sacré et émotionnel de Fès, et c'est ici, plus encore qu'à Karaouiyine, que la ville se sent regardée par son saint patron. Repartons. Contournez le sanctuaire par le sud — laissez la zaouïa sur votre gauche — et descendez encore environ 150 mètres dans la ruelle qui mène vers le bas. Vous allez bientôt apercevoir un grand portail vert et un minaret massif, un peu plus haut que les autres : c'est la mosquée Karaouiyine.
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Mosquée et université Karaouiyine
Vous voilà devant l'un des édifices les plus extraordinaires du monde musulman : la mosquée et université Karaouiyine. Devant vous, un grand portail vert, ouvragé, ceint de zelliges. Si vous vous penchez prudemment, vous apercevez à travers la porte une vaste cour intérieure pavée, avec une fontaine d'ablutions au centre, des arcades en arc outrepassé tout autour, et au fond une salle de prière hypostyle, c'est-à-dire à colonnes. Ne franchissez pas le seuil : la mosquée est, comme la zaouïa précédente, réservée aux musulmans. Mais déjà, depuis ici, vous comprenez l'ampleur du lieu. Karaouiyine, ou Al-Qaraouiyine en arabe classique, est officiellement reconnue par l'UNESCO et par le livre Guinness des records comme la plus ancienne université en activité continue au monde. Elle a été fondée en 859 — vous lisez bien, neuvième siècle — par une femme, Fatima al-Fihri. C'est un détail qu'il vaut la peine de souligner : à une époque où l'Europe commence à peine à sortir de la nuit carolingienne, à Fès, une héritière fortunée fonde une mosquée qui deviendra l'une des plus grandes universités de la Méditerranée. L'histoire de Fatima est belle. Originaire de Kairouan, en actuelle Tunisie — d'où vient le nom de la mosquée, Karaouiyine signifie « des Kairouanais » — sa famille s'est réfugiée à Fès au début du IXe siècle. À la mort de leur père, Fatima et sa sœur Mariam héritent d'une fortune considérable. Fatima décide d'investir la totalité de sa part dans la fondation d'une mosquée pour la communauté kairouanaise nouvellement installée. Sa sœur Mariam fait de même de l'autre côté du fleuve, en finançant la mosquée des Andalous. Voilà comment, en quelques années, Fès se dote de deux mosquées-universités majeures, et de deux quartiers culturels distincts. Très vite, une école de théologie et de droit se développe autour de la mosquée Karaouiyine. Des enseignants donnent des cours adossés aux colonnes, dans la cour. Les étudiants viennent du Maghreb, mais aussi d'Andalousie, du Sahel, d'Égypte. Au Moyen Âge, on y a enseigné le droit malékite, la grammaire arabe, l'astronomie, les mathématiques, la médecine. Ibn Khaldoun, l'un des plus grands historiens du monde musulman, y a étudié et enseigné au XIVe siècle. Maïmonide, le grand philosophe juif, y aurait suivi des cours dans sa jeunesse. Et selon une tradition contestée mais tenace, Gerbert d'Aurillac, le futur pape Sylvestre II, y aurait étudié les chiffres arabes au Xe siècle, avant de les introduire en Europe. Aujourd'hui, l'université Al Quaraouiyine est toujours en activité. Elle est rattachée au ministère des Habous, le ministère des affaires religieuses, et forme principalement à la théologie, au droit musulman et à la grammaire arabe classique. Elle a ses propres concours, sa propre bibliothèque — l'une des plus anciennes bibliothèques du monde, qui conserve des manuscrits du IXe siècle, restaurée magnifiquement il y a quelques années par une architecte canado-marocaine, Aziza Chaouni. Cette bibliothèque, hélas, ne se visite pas non plus. Mais elle existe, juste là, derrière les murs que vous regardez. La mosquée elle-même peut accueillir jusqu'à 20 000 fidèles. Elle a été agrandie sept fois entre le IXe et le XIIe siècle. Sa salle de prière abrite des dizaines de colonnes et un mihrab d'une finesse extraordinaire, encadré de muqarnas, ces stalactites de stuc qui défient la gravité. Repartons. Longez le mur de la mosquée par votre gauche, sur environ 100 mètres. Vous allez déboucher sur une place sonore, mémorable : on l'entend avant de la voir. C'est la place Seffarine, et c'est là que je vous retrouve.
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Place Seffarine, les dinandiers
Vous voilà sur la place Seffarine, et vous l'avez sans doute entendue avant de la voir. Le bruit qui résonne tout autour, ce martèlement métallique presque continu, parfois rythmé, parfois cacophonique, c'est le son du cuivre frappé. Vous êtes sur la place des seffarine, les dinandiers, les artisans qui travaillent le cuivre et le laiton à la main, à coups de marteau, depuis le Moyen Âge. Tout autour de vous, des ateliers ouverts sur la rue. À l'intérieur, des artisans accroupis sur leurs talons, taillant, martelant, repoussant des plateaux, des théières, des chaudrons, des gigantesques bassines pour le hammam. Le geste se transmet de père en fils, parfois sur quatre ou cinq générations. Un bon plateau de mariage en cuivre demande plusieurs jours de travail, des centaines de milliers de coups de marteau, et un œil exercé pour la régularité du motif. Tout est fait à la main, sans machine, sans gabarit. La place est dominée par un grand platane, un repère visuel vital dans la médina : si on vous dit rendez-vous à Seffarine, c'est au pied du platane. Levez les yeux : sur l'un des côtés de la place, une porte discrète donne accès à la médersa Seffarine, fondée en 1271. C'est l'une des plus anciennes médersas du Maroc, et l'une des plus austères. Elle ne se visite plus, mais elle abritait jadis les étudiants de Karaouiyine venus apprendre le droit malékite. Cette place est aussi l'un des points de carrefour les plus stratégiques de la médina. D'ici, vous pouvez descendre vers le pont R'Cif et le fleuve Fès, remonter vers les souks Cherratine et les tanneries, ou repartir vers la Talâa Kebira. Elle est à la fois centre artisanal, place de quartier, place de transit. Un vrai cœur battant, métallique et bruyant. Pour notre dernière étape, nous allons rejoindre le pont R'Cif, en suivant la ruelle qui descend vers l'est sur environ 150 mètres.
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Pont R'Cif, fin de descente et bilan
Vous voilà sur le pont R'Cif, qui enjambe le fleuve Fès. Devant vous, le pont en pierre, ses parapets bas, et en contrebas, l'oued Fès, ce mince cours d'eau qui a donné son nom à la ville et qui a structuré toute son histoire. Sur l'autre rive, vous apercevez la place R'Cif, l'une des rares placettes ouvertes de la médina, où s'arrêtent les petits taxis rouges et où l'on quitte la zone sans voitures. Petit clin d'œil au cours d'eau qui passe sous vos pieds. Le fleuve Fès, c'est l'élément fondateur de la ville. C'est lui qui a permis aux moulins, aux tanneries, aux teinturiers, aux fontaines de fonctionner pendant douze siècles. Pendant longtemps, il était presque entièrement couvert : on construisait par-dessus, et il devenait peu à peu un égout urbain. Au début des années 2000, un grand projet de restauration a permis de redécouvrir le lit du fleuve, de l'assainir et de rouvrir des perspectives qui étaient invisibles depuis cent ans. C'est l'un des chantiers patrimoniaux majeurs du Maroc contemporain. Vous arrivez au terme de notre descente. En 1,2 kilomètre, environ deux heures avec les arrêts, vous avez traversé le cœur historique de Fès el-Bali : la porte bleue de Bab Boujloud, la grande artère commerçante de la Talâa Kebira, le pinacle de l'art mérinide à la médersa Bou Inania, la place et le fondouk Nejjarine, le sanctuaire vénéré de Moulay Idriss II, la plus ancienne université du monde à Karaouiyine, la place sonore des dinandiers à Seffarine, et enfin le fleuve fondateur de la ville. Vous avez vu une médina vivante, religieuse, étudiante, artisanale, immuable et changeante à la fois. Et la suite ? Si vous avez encore de l'énergie, la médina ne s'arrête pas là. HelloMorocco vous propose un second tour, consacré aux tanneries Chouara et aux souks artisans : on y descend dans le quartier du cuir, on y monte sur les terrasses qui dominent les cuves bleues et ocres, on y respire — pas toujours avec plaisir — l'âme la plus charnelle de Fès. Vous pouvez aussi écouter notre tour audio « L'histoire de Fès », à faire confortablement assis quelque part. À très bientôt sur HelloMorocco.