Médina & Mellah : Rabat populaire
Étapes du parcours (6)
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Bab el Had
Vous voilà devant Bab el Had. Levez les yeux. Vous regardez une grande porte voûtée encadrée par deux tours carrées massives, taillée dans la muraille rouge ocre qui s'étend à perte de vue de part et d'autre. Le passage central est traversé en permanence par un flot de piétons, de mobylettes, parfois d'un âne chargé de marchandises. À l'extérieur, sur la place qui précède la porte, vous voyez un grand marché de fruits et légumes, des poissonniers, des vendeurs de menthe et de pain. À l'intérieur, derrière la porte, ce sont les premières rues de la médina qui commencent. Bienvenue dans cette visite Guide Audio HelloMorocco consacrée à la médina de Rabat et à son ancien Mellah. Pendant une heure et demie, nous allons traverser ensemble 1,2 kilomètre du Rabat populaire, celui où vivent et travaillent les habitants depuis huit siècles. Marchez à votre rythme, mes commentaires se déclenchent automatiquement à chaque étape. Si le GPS hésite, ce qui arrive souvent dans les ruelles étroites, vous pouvez toujours appuyer sur le bouton "Je suis arrivé". Commençons. Bab el Had — qu'on prononce "bab elhad" — signifie "la porte du dimanche" en arabe marocain. Pourquoi le dimanche ? Parce qu'autrefois, le grand marché hebdomadaire de la région se tenait ici, sur cette place que vous voyez devant la porte, le dimanche matin. Tradition héritée d'une époque pré-islamique, conservée à l'ère musulmane comme repère commercial, et qui reste aujourd'hui : la place vit toujours du marché, même si on n'attend plus le dimanche pour y venir. Cette porte est l'une des plus anciennes de la médina. Comme la Tour Hassan, comme Bab Oudaya, elle remonte à la grande période almohade, à la fin du XIIe siècle, sous le règne de Yacoub el-Mansour. À l'origine, ce calife visionnaire avait fait construire des remparts immenses pour entourer toute la ville qu'il rêvait de créer ici, et qui devait s'appeler Ribat al-Fath, la Forteresse de la Victoire. Mais sa mort en 1199, puis le déclin almohade, ont laissé ces remparts protéger un espace presque vide pendant trois siècles. La médina actuelle ne s'est vraiment développée qu'au XVIIe siècle, avec l'arrivée des Moriscos chassés d'Espagne. Quand ils sont arrivés, la place était déjà tracée par les murailles : ils n'ont eu qu'à se loger à l'intérieur. Regardez maintenant la double voûte de la porte. Vous remarquez qu'elle n'est pas droite : on ne voit pas ce qui se passe de l'autre côté quand on est dehors, parce que la porte est en chicane. C'était l'astuce militaire des architectes médiévaux : un assaillant qui forçait la porte se trouvait pris à revers, dans un couloir coudé d'où il était impossible de charger. Bab el Had n'a jamais été prise par les armes, malgré plusieurs sièges au cours des siècles. Au-dessus de la porte, vous distinguez peut-être les vestiges d'un mécanisme de herse. C'était une grille verticale qu'on faisait tomber pour bloquer le passage en cas d'attaque. Aujourd'hui, la herse a disparu, mais les rainures sont encore visibles dans la pierre. Franchissons la porte. Passez sous l'arche, et engagez-vous dans la rue qui s'ouvre devant vous, légèrement sur votre droite. Vous arrivez tout de suite dans la rue Souika, l'artère principale du souk. C'est à 100 mètres : nous nous arrêterons au cœur de cette rue.
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Rue Souika, l'artère commerçante
Vous voilà au cœur de la rue Souika, l'artère principale du souk de Rabat. Tournez sur vous-même. Vous êtes pris dans un long boyau couvert, partiellement à ciel ouvert et partiellement abrité par une charpente en bois et roseau qui filtre la lumière en lignes parallèles. De chaque côté, des boutiques étroites s'ouvrent sur la rue : épiciers avec leurs pyramides d'épices ocre et rouges, marchands de tissus, vendeurs de menthe en grosses bottes, pains traditionnels alignés sur des nattes, étals de figues sèches, dattes, amandes. L'air sent le pain chaud, le cumin, l'eau de fleur d'oranger. Le mot Souika signifie petit souk, comme un diminutif affectueux. C'est l'âme commerçante de la médina depuis le XVIIe siècle, et c'est ici que les habitants viennent encore aujourd'hui faire leurs courses du quotidien. À la différence des grandes médinas touristiques de Marrakech ou Fès, le souk de Rabat n'est pas spectaculaire : il est utile. Vous croiserez beaucoup plus de mères de famille avec leur cabas que de touristes avec leur appareil photo. C'est exactement pour cela qu'il est précieux. Regardez les étals. Cumin, paprika doux, paprika fort, ras el hanout — littéralement "tête de boutique", c'est-à-dire le mélange phare de chaque épicier, qui peut contenir jusqu'à trente épices différentes selon la recette familiale. Curcuma, gingembre, safran, qui pousse à Taliouine dans le sud du Maroc. Cannelle, cardamome, fleurs de roses séchées, eau d'oranger, eau de roses. Chaque famille a ses fournisseurs depuis des générations, et l'on n'achète pas ses épices ailleurs que chez son épicier. Sur les étals des marchands de tissus, vous voyez des coupons de soie pour les caftans, des gandouras en coton, des draps de hammam aux rayures multicolores qu'on appelle des fouta. Dans les vitrines des bijoutiers, des bracelets en filigrane d'argent, des bagues à pierre rouge dite "œil de chat" — un grenat marocain. Et tout au bout de la rue, vous distinguerez peut-être des vendeurs de poteries : tajines en terre vernissée, plats à couscous, pichets et théières. Une particularité gastronomique de Rabat à ne pas manquer : les boutiques de pâtisseries traditionnelles. Si vous croisez une vitrine remplie de cornes de gazelle, de ghriba aux amandes, de chebakia luisante de miel et de sésame, arrêtez-vous. Pour cinq dirhams, vous emporterez de quoi accompagner trois thés. Et demandez aussi le msemmen, une crêpe feuilletée à la semoule qu'on déguste tiède avec du miel et du beurre fondu : c'est l'un des petits déjeuners les plus addictifs du Maghreb. Petit code de conduite. On peut marchander sur les vêtements, les bijoux et l'artisanat — c'est même attendu, divisez par deux le premier prix annoncé, et négociez en souriant. En revanche, on ne marchande pas sur les épices, les pâtisseries et la nourriture en général : les prix y sont fixes et identiques pour les locaux et les étrangers. Et puis, n'oubliez pas une formule magique : "salam alikoum" en arrivant, "barak Allah ou fik" en partant, même si vous n'achetez rien. C'est la base de la politesse et ça change tout dans l'accueil. Continuons maintenant vers le souk des babouchiers. Avancez encore environ 150 mètres dans la rue Souika, en suivant la foule. Vous remarquerez sur votre gauche un embranchement qui s'ouvre sur une rue plus étroite, dont l'air sent le cuir : c'est le souk es-Sebbat.
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Souk es-Sebbat, la cordonnerie
Vous voilà dans le souk es-Sebbat, le souk des cordonniers et des babouchiers. Tournez sur vous-même. C'est plus étroit, plus calme, plus odorant aussi : l'air sent le cuir tanné, la cire, la teinture. Sur les étagères en bois sombre, alignées du sol au plafond, vous voyez des centaines, peut-être des milliers de babouches, classées par couleurs : jaunes, blanches, rouges, noires, vertes, dorées, brodées. Parfois, dans le fond d'une échoppe, vous apercevez un maâlem en train de coudre une semelle, assis en tailleur sur un tabouret bas, avec les outils que ses ancêtres utilisaient déjà au XVIIe siècle. Le mot sebbat veut dire chaussure en arabe marocain. Et ce souk est l'un des plus anciens de la médina, spécialisé depuis ses origines dans le cuir et plus particulièrement dans les babouches, ces chaussures plates en cuir souple sans talon, sans lacet, sans semelle rigide, qu'on enfile et qu'on enlève comme des chaussons. Petit cours rapide pour reconnaître la qualité d'une bonne paire. Première chose, le cuir. Une bonne babouche est en cuir véritable, pas en simili, et le cuir le plus prestigieux est celui de chèvre tannée à Fès, dans les célèbres tanneries Chouara, qui fonctionnent depuis le XIIe siècle. Vous distinguez le cuir véritable au toucher — souple, légèrement gras — et à l'odeur — animale, légèrement âcre. Le simili sent le plastique chaud. Deuxième chose, la couture. Les coutures intérieures doivent être faites à la main, au fil de soie ou de coton ciré, avec des points serrés et réguliers. Si vous voyez une couture machine sur le bord, ce n'est pas une mauvaise chose en soi mais ça baisse la valeur. Les babouches haut de gamme sont entièrement cousues main et la patience exige. Troisième chose, la couleur. Le jaune safran, qu'on appelle sefri, est la couleur traditionnelle masculine. Le rouge bordeaux, qu'on appelle khallaba, est plus festif, c'est la babouche de mariage et de fête. Le blanc est réservé aux occasions religieuses. Et les babouches brodées de fil d'or, qu'on trouve plus rarement, sont un objet de cadeau. Tarifs indicatifs : comptez 80 à 150 dirhams pour des babouches simples mais correctes, entre 200 et 400 dirhams pour de la qualité supérieure cousue main, et davantage pour les modèles brodés. Le marchandage est attendu — divisez le premier prix par deux et négociez vers les deux tiers — mais ne soyez pas féroce : la marge des artisans est étroite, et un bon prix juste vaut mieux qu'une victoire à la Pyrrhus. Au-delà des babouches, le souk es-Sebbat travaille aussi le cuir au sens large : sacs, ceintures, portefeuilles, poufs en cuir tressé qu'on garnit de chiffons pour en faire des assises, gourdes en peau de chèvre. Si vous cherchez un souvenir durable, en voici de très beaux. Et si vous voulez un cadeau original : un coussin de pouf vide, plié dans une valise, ne pèse rien, et se garnit ensuite à la maison. Continuons. Sortez du souk es-Sebbat par l'extrémité opposée, en suivant la rue qui débouche sur une grande place. Vous arrivez devant la Grande Mosquée de Rabat, c'est à environ 150 mètres.
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La Grande Mosquée de Rabat
Vous voilà sur la place qui précède la Grande Mosquée de Rabat. Levez les yeux. Devant vous, un minaret carré en pierre claire, plus modeste que celui de la Tour Hassan, mais d'une élégance fine, surmonté d'une lanterne et de trois boules dorées. À sa base, une grande façade rythmée par plusieurs portes en bois sculpté, encadrées de frises de zelliges polychromes. La mosquée est en activité : à l'heure de la prière, elle se remplit en dix minutes, les fidèles laissant leurs chaussures alignées dehors par centaines. Petite précision avant tout : la mosquée elle-même n'est ouverte qu'aux musulmans. Les visiteurs non musulmans peuvent admirer l'extérieur, comme nous le faisons, et c'est tout à fait suffisant pour comprendre l'édifice. Si vous tenez à voir l'intérieur d'une grande mosquée marocaine ouverte aux non-musulmans, c'est à Casablanca, à la Mosquée Hassan II, qu'il faut aller — l'une des seules du pays à proposer des visites guidées pour tous. Cette mosquée que vous regardez s'appelle officiellement la Grande Mosquée de Rabat, et localement Jamaa al-Kebir, ce qui signifie exactement la même chose. Elle a été fondée à l'origine au XIVe siècle sous le sultan mérinide Abou Yaqoub Yousuf, mais elle a été tellement remaniée au fil des siècles, notamment au XVIIIe par les Alaouites, qu'il ne reste presque rien de la construction d'origine. Ce que vous voyez est essentiellement du XVIIIe siècle, avec des restaurations du XXe. Pas de la Grande Mosquée Hassan II de Casablanca, qui est moderne et dédiée à un autre usage. C'est l'une des trois grandes mosquées historiques de la médina de Rabat, avec la mosquée Moulay Soliman et la mosquée As-Sounna sur l'avenue Mohammed V — celle-ci à l'extérieur de la médina. Ensemble, elles structurent la vie religieuse traditionnelle de la ville. Regardez l'architecture. C'est un type très particulier qu'on appelle l'hypostyle marocain. Imaginez : à l'intérieur, vous auriez une vaste salle rectangulaire, sans bancs, sans chaises, simplement couverte de tapis épais, dans laquelle des dizaines de colonnes minces soutiennent un plafond en bois de cèdre peint. C'est la même logique que l'ancienne mosquée Hassan dont nous parlons dans notre tour Tour Hassan & Mausolée : on prie en rangs serrés, perpendiculaires à la qibla, c'est-à-dire à la direction de La Mecque. Pas de banc, pas de hiérarchie spatiale forte : tout le monde est au sol, devant Dieu. Et pour ceux qui sont curieux du quotidien d'une mosquée marocaine : on s'y rend cinq fois par jour pour les prières canoniques, mais le grand rendez-vous hebdomadaire est la prière du vendredi midi, qui rassemble bien plus de monde que les autres. À ce moment-là, la place que vous voyez devant vous est entièrement occupée par les fidèles qui n'ont pas trouvé de place à l'intérieur. Si vous passez par ici un vendredi vers 13 h, vous comprendrez vite ce que je veux dire : la médina entière s'arrête, les commerces se vident, les rues se transforment en salle de prière à ciel ouvert. C'est l'un des moments les plus impressionnants de la semaine. Continuons maintenant vers le Mellah, l'ancien quartier juif. Reprenez la rue qui descend vers le sud-est sur environ 200 mètres. Vous allez sentir une légère transition dans l'architecture : maisons plus hautes, fenêtres plus rapprochées. Vous y êtes.
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Le Mellah, ancien quartier juif
Vous voilà dans le Mellah de Rabat, l'ancien quartier juif. Tournez sur vous-même. L'architecture change subtilement : les maisons sont plus hautes, parfois trois ou quatre étages au lieu des deux habituels, les balcons en bois s'avancent au-dessus des ruelles avec leurs fenêtres en saillie qu'on appelle des moucharabiehs, et les façades sont plus rapprochées qu'ailleurs. Au sol, une ruelle commerçante traverse encore le quartier, mais les boutiques d'aujourd'hui sont tenues par des artisans marocains musulmans : tapissiers, ferronniers, vendeurs de tissus. Le mot Mellah désigne au Maroc un ancien quartier juif. Son origine est ancienne et un peu prosaïque : à Fès, au XVe siècle, le premier Mellah marocain a été créé sur un terrain qui servait auparavant à entreposer du sel — mellah veut dire sel en arabe. Le mot est resté pour désigner par extension tous les quartiers juifs du Maroc. Histoire courte. Une communauté juive vivait à Rabat depuis le Moyen Âge, mais le Mellah officiel n'a été créé qu'en 1808, sous le sultan alaouite Moulay Slimane. À cette époque, environ 6000 juifs vivaient à Rabat, soit près d'un quart de la population de la ville. Le quartier était fermé chaque soir par des portes — on en voit encore les emplacements dans la maçonnerie — et les habitants ne pouvaient en sortir qu'avec un permis. C'était un statut ambigu : statut protégé selon la loi islamique, communauté de dhimmis avec des droits définis et des obligations tributaires, mais aussi une certaine forme de mise à l'écart. Ces juifs marocains, qu'on appelle parfois les Toshavim, étaient là depuis l'Antiquité, certains étant les descendants des premières communautés juives arrivées au Maroc à l'époque romaine, voire phénicienne. À leur côté, la communauté Megorashim, descendants des Sépharades chassés d'Espagne en 1492, s'était installée à Rabat dès le XVIe siècle. Les deux communautés, parlant chacune une langue propre — judéo-arabe pour les premiers, judéo-espagnol ou haketia pour les seconds — ont coexisté dans ce quartier pendant 150 ans. Le Mellah de Rabat a connu une vie intense au XIXe et au XXe siècle. C'était un quartier d'artisans et de commerçants, célèbre pour ses orfèvres, ses tailleurs, ses brodeurs et brodeuses, ses musiciens. La synagogue principale, la Synagogue Slat al-Fassiyine, fonctionne aujourd'hui comme musée et centre de mémoire — elle se trouve quelques rues plus loin, ouverte sur rendez-vous. Plusieurs autres synagogues plus petites parsemaient le quartier, certaines transformées depuis en habitations, d'autres restées simples portes anonymes. Et puis il y a eu le grand bouleversement du XXe siècle. À la fondation d'Israël en 1948, à l'indépendance du Maroc en 1956, et plus encore après les guerres de 1967 et 1973, la quasi-totalité de la communauté juive marocaine a émigré, principalement vers Israël et la France, puis le Canada. Sur les 250 000 juifs marocains de 1948, il en reste aujourd'hui environ 2000 dans tout le pays, dont une centaine seulement à Rabat. Le Mellah, lui, a été progressivement repeuplé par des Marocains musulmans venus de la médina ou des campagnes voisines. Aujourd'hui, le quartier reste un témoignage architectural de cette histoire commune. Les juifs marocains, où qu'ils vivent maintenant, gardent un attachement très fort au pays, et beaucoup reviennent en pèlerinage. Le judaïsme marocain est même officiellement reconnu comme un élément de l'identité nationale dans la Constitution marocaine de 2011. Le Maroc est, à ce titre, un cas singulier dans le monde arabe. Continuons. Sortez du Mellah par le nord-ouest, et rejoignez la rue des Consuls qui borde le quartier. C'est à 250 mètres.
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Rue des Consuls et conclusion
Vous voilà sur la rue des Consuls. Tournez sur vous-même. Vous êtes sur une artère plus large que les autres ruelles de la médina, bordée de boutiques élégantes : tapis suspendus aux façades, étals de bijoux d'argent, ateliers de cuir, marchands de poterie. L'architecture est aussi plus soignée : portes en bois sculpté, frises de zelliges au-dessus des entrées, parfois même un blason gravé dans la pierre. C'est la rue commerçante la plus prestigieuse de la médina de Rabat, et c'était surtout, au XIXe siècle, l'adresse de toutes les grandes puissances étrangères. D'où le nom. Au début du XIXe siècle, le sultan alaouite Moulay Slimane a décidé que tous les représentants diplomatiques étrangers présents à Rabat devraient avoir leur résidence dans cette rue, et nulle part ailleurs. C'était une mesure pratique de surveillance, mais aussi un honneur protocolaire. France, Grande-Bretagne, Espagne, Pays-Bas, Portugal, Suède, Danemark, Sardaigne, Naples, Autriche, États-Unis : tous les pays qui entretenaient des relations avec le Maroc avaient leur consul ou leur représentant ici, dans des résidences cossues, derrière des portes monumentales. Plusieurs de ces anciennes légations sont encore identifiables aujourd'hui. La plus célèbre est l'ancien consulat américain, qui s'est installé en 1821 dans une grande demeure offerte par le sultan — c'est l'un des premiers consulats américains à l'étranger, et la maison est aujourd'hui un musée, l'American Legation, qu'on peut visiter à Tanger, parce qu'il a déménagé là-bas. À Rabat, plusieurs façades portent encore des plaques discrètes ou des blasons. Si vous regardez les portes au passage, certaines sont monumentales pour de simples maisons : c'est qu'elles abritaient autrefois plus que des familles. Et puis, à l'arrivée du protectorat français en 1912, la fonction diplomatique a déménagé au quartier nouveau de Hassan, hors de la médina, où Lyautey a fait construire les résidences modernes des ambassades. La rue des Consuls a perdu ses diplomates mais a conservé son prestige, qui s'est progressivement reconverti en prestige commercial. Aujourd'hui, c'est l'adresse où l'on vient acheter de l'artisanat de qualité. Spécialité absolue : les tapis. Les tapis de Rabat, je vous en parlais déjà au Musée des Oudayas si vous avez fait ce tour, sont parmi les plus prestigieux du Maroc. Tissés sur métiers verticaux, généralement dans la médina même par des coopératives de femmes, ils ont des motifs géométriques denses, dominés par le rouge et le vert, avec des bordures complexes et des champs centraux à étoiles. Un tapis de Rabat de qualité moyenne, format 1m20 sur 2m, vaut entre 3000 et 6000 dirhams. Un tapis ancien, fait main, en laine et soie, peut atteindre 20 000 ou 30 000 dirhams. Ces prix se marchandent un peu, mais pas beaucoup : la matière, le travail et le temps sont là. Au-delà des tapis, vous trouverez aussi les fameux dinanderies, ces objets en cuivre martelé — plateaux à thé, théières, lampes —, les broderies de Rabat reconnaissables à leurs motifs de roses, et les grands plats à couscous décorés. Vous arrivez au terme de notre visite. En une heure et demie et 1,2 kilomètre, vous avez traversé Bab el Had, le souk vivant, la cordonnerie aux babouches, la Grande Mosquée, l'ancien Mellah juif et la rue des Consuls. Vous avez vu une médina qui n'a jamais cessé d'être habitée, travaillée, traversée par les commerces et les communautés. C'est l'une des médinas les plus authentiques du Maroc justement parce qu'elle reste populaire. HelloMorocco vous propose d'autres tours de Rabat : la Tour Hassan et le Mausolée Mohammed V, la Kasbah des Oudayas, ou la nécropole de Chellah. À très bientôt.