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Ancienne Médina de Casablanca

·1h15·0.8 km
L'ancienne médina de Casablanca a longtemps été oubliée des guides de voyage. Plus petite que celles de Marrakech ou Fès, sans monuments aussi célèbres, elle est pourtant le seul fragment du Casablanca pré-colonial qui subsiste, et le plus authentique des quartiers populaires de la ville. Coincée entre l'avenue des Forces Armées Royales et la mosquée Hassan II, elle conserve ses ruelles tortueuses, ses échoppes d'épices, ses portes bleues et ses bastions portugais. Ce parcours de 800 mètres en six étapes vous emmène de la place des Nations Unies à Bab Marrakech, puis dans le souk central, jusqu'aux vestiges de la Skala et du Borj Sidi Bouchra. Une visite courte mais dense, idéale pour qui veut un autre Casablanca, plus intime.

Étapes du parcours (6)

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    Place des Nations Unies, entrée nord-est

    Vous voilà sur la place des Nations Unies, à l'angle nord-est de l'ancienne médina de Casablanca. Devant vous, le contraste est saisissant. D'un côté, vous voyez les buildings des années 1990 et 2000 du centre-ville, l'hôtel Hyatt, les avenues larges, la circulation dense, le centre financier moderne. De l'autre, derrière les murs blanchis qui s'élèvent juste à votre droite, c'est l'autre Casablanca : la vieille ville, les ruelles, le calme paradoxal d'un quartier populaire enclavé. Bienvenue dans cette visite Guide Audio HelloMorocco. Pendant l'heure et quart qui vient, nous allons traverser ensemble l'ancienne médina de Casablanca. Marchez à votre rythme, mes commentaires se déclenchent automatiquement quand vous arrivez à chaque étape, et le bouton 'Je suis arrivé' est là si le GPS vous fait défaut. Commençons par planter le décor. Cette médina, qu'on appelle parfois aussi la médina d'Anfa par référence au nom ancien de la ville, ne ressemble à aucune autre au Maroc. D'abord par sa taille : elle ne fait qu'environ vingt-cinq hectares, c'est minuscule comparé aux trois cents hectares de la médina de Fès. Ensuite par son histoire : Casablanca n'a jamais été une grande ville impériale, jamais un siège dynastique, jamais un grand foyer intellectuel. La ville s'appelait au Moyen Âge Anfa, et c'était un port secondaire, surtout connu pour avoir été un repaire de pirates au XVe siècle. Nous y reviendrons. Levez les yeux. Vous voyez probablement, juste à l'angle de la place, une tour de l'horloge en pierre claire. C'est le repère le plus connu pour entrer dans la médina, et son histoire est intéressante. La tour actuelle date des années 1990, mais elle a été reconstruite à l'identique sur l'emplacement d'une tour de 1908, érigée par les autorités françaises pendant l'occupation militaire qui a précédé le protectorat. La première tour avait été démolie dans les années 1940. Pour les Casablancais, elle est un symbole : à la fois marqueur de la médina et témoin des bouleversements coloniaux. La place sur laquelle vous êtes a aussi changé plusieurs fois de nom au fil de l'histoire : place de France pendant le protectorat, place Mohammed V à l'indépendance, et finalement place des Nations Unies depuis les années 1980. Elle n'est pas à confondre avec la place Mohammed V actuelle, qui est dans le centre Art Déco, plus au sud. Ces glissements de noms, à Casablanca, sont la trace visible de chaque période politique. Avant qu'on n'entre dans les ruelles, prenez le temps d'observer le mur de la médina, ou plutôt ce qui en reste. Il était autrefois fortifié, avec des bastions portugais puis alaouites. Une grande partie a été démolie au XXe siècle pour ouvrir les boulevards modernes. Quelques fragments subsistent, et nous en verrons un peu plus loin. Avançons maintenant vers le sud-est, en longeant le mur de la médina, pour rejoindre Bab Marrakech, l'une des portes anciennes encore visibles. C'est environ cent cinquante mètres : suivez la rue qui borde la médina, en gardant les murs blancs sur votre droite.

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    Bab Marrakech, porte sud-est

    Vous voilà devant Bab Marrakech, l'une des trois portes principales encore identifiables de la médina de Casablanca. Bab signifie porte en arabe, et la médina en comportait plusieurs, dont quelques-unes seulement subsistent : Bab Marrakech ici au sud-est, Bab el-Marsa au nord vers le port, et Bab Jdid à l'ouest. Cette porte ouvrait historiquement la route vers Marrakech, à environ deux cent quarante kilomètres au sud, d'où son nom. Avant la voiture et le train, c'était par ici que les caravanes arrivaient et repartaient. L'arc que vous voyez n'est pas spécialement spectaculaire, et c'est précisément ce qui fait la singularité de Casablanca. Comparée à Bab Bou Jeloud à Fès, monumentale et couverte de zelliges, ou à Bab Agnaou à Marrakech, en pierre rose sculptée, Bab Marrakech ici est sobre, presque modeste. Pourquoi ? Parce que Casablanca, ou plutôt l'Anfa médiévale puis la Dar el-Beïda alaouite, n'avait jamais le statut d'une grande ville. Pas de cour royale, pas de grands chantiers monumentaux, pas de mécènes pour orner les portes. C'était une ville de marchands, de pêcheurs, de marins, et son architecture s'est faite à leur mesure : fonctionnelle, populaire, sans afféterie. La porte actuelle, comme le mur autour, a été plusieurs fois reconstruite. La forme que vous voyez date probablement du XVIIIe siècle, sous le règne du sultan alaouite Mohammed ben Abdallah, qui a entrepris à partir de 1755 la reconstruction de la ville détruite par les Portugais. C'est lui qui a renommé la ville Dar el-Beïda, la maison blanche en arabe, traduite plus tard en espagnol par Casablanca, le nom qui a fini par s'imposer. Au-dessus de l'arc, vous distinguez parfois encore les traces de l'inscription d'origine, en partie effacée par le temps. Franchissez maintenant l'arc et entrez dans la médina. Vous arrivez tout de suite dans une ambiance différente, plus calme, plus dense, avec des odeurs d'épices et de pain frais qui flottent dans l'air selon les heures. Avancez tout droit pendant environ cent vingt mètres, en suivant la ruelle principale, vous allez croiser le souk central : c'est notre prochaine étape.

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    Souk central

    Vous êtes maintenant au cœur du souk central de la médina. À gauche, à droite, vous voyez des étals d'épices, des sacs de cumin moulu, de paprika doux, de ras-el-hanout, de safran. Plus loin, des étals de fruits et de légumes, des dattes en pyramide, des olives en bassines, des herbes fraîches en bottes. Et entre les deux, des boucheries, des poissonneries, des boulangeries, des cordonneries, des merceries. C'est un souk de quartier, qui sert d'abord aux habitants de la médina et des quartiers populaires alentour, et beaucoup moins aux touristes. C'est cette modestie qui fait son charme. Vous ne croiserez pratiquement pas de boutiques de souvenirs ici, peu d'attrape-touristes, peu de pression à l'achat. Les commerçants sont là pour servir leur clientèle de toujours, qui vient faire les courses du jour. Si vous voulez voir comment vivent réellement les Casablancais ordinaires, c'est l'un des meilleurs endroits. Quelques mots sur les épices, parce qu'on y vient toujours. Le ras-el-hanout, qui signifie littéralement la tête de la boutique en arabe, est le mélange phare. Chaque épicier en a sa version, qui peut comprendre jusqu'à trente épices différentes : cardamome, cannelle, gingembre, muscade, clou de girofle, cumin, coriandre, et bien d'autres. C'est l'épicier qui choisit la composition, c'est sa signature personnelle. Les meilleurs ras-el-hanout sont jalousement gardés, transmis de père en fils, avec parfois un ingrédient secret. Si vous voulez en acheter pour ramener, demandez la composition et l'origine. Comptez environ deux à cinq dirhams le gramme pour un mélange de qualité. Pour les dattes, vous voyez plusieurs variétés. Les Mejhoul, grosses et moelleuses, viennent du Tafilalet, dans le Sud-Est. Les Boufeggous, plus petites et caramélisées, sont d'Erfoud. Les Aziza, à la peau plus claire, sont du Drâa. Chaque vallée d'oasis a ses variétés, et un bon vendeur saura vous faire goûter avant achat. Il y a aussi des produits qui peuvent surprendre. Les escargots, par exemple, vendus en sacs ou cuits en bouillon, sont une spécialité populaire des médinas marocaines, particulièrement en hiver. Les têtes de mouton préparées, exposées chez certains bouchers, sont une autre spécialité dont raffolent les amateurs. La cuisine populaire marocaine ne jette rien et explore tout. Continuons. Vous allez maintenant prendre une rue à droite pour rejoindre la Skala, vestige de fortifications portugaises et alaouites. C'est environ cent cinquante mètres de marche, en direction du nord-ouest, vers la mer.

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    Skala, bastions portugais

    Vous voilà à la Skala, l'un des rares vestiges fortifiés de l'ancienne médina. Skala vient d'un mot portugais, escala, qui désignait à l'origine les escales maritimes. Au fil du temps, le mot a fini par désigner les batteries d'artillerie côtières. À Casablanca, à Essaouira, à Rabat, vous trouverez des Skalas à chaque fois en bord de mer, héritage commun de la défense des ports atlantiques. Ces fortifications-ci sont d'origine portugaise. Souvenez-vous de l'histoire : en 1468, les Portugais débarquent à Anfa, qui est alors un repaire de pirates, et rasent la ville. Ils reviennent en 1515, la reconstruisent et la rebaptisent Casa Branca, la maison blanche, transposition portugaise du nom arabe Dar el-Beïda. Pendant deux siècles et demi, Casa Branca est un comptoir portugais sur la côte atlantique du Maroc, avec ses fortifications, ses canons, sa garnison, son église. Les bastions que vous voyez aujourd'hui ont été construits à cette époque, puis remaniés au XVIIIe siècle quand les Alaouites ont reconquis la ville. Quand on parle des Portugais au Maroc, on pense d'abord à Mazagan, l'actuelle El Jadida, classée UNESCO. Mais Casa Branca, Safi, Asilah étaient toutes des places fortes portugaises. Casablanca a été abandonnée par les Portugais en 1755 après le grand tremblement de terre de Lisbonne, qui a aussi endommagé les fortifications. Le sultan alaouite Mohammed ben Abdallah a alors réoccupé la ville, l'a reconstruite, et a rétabli son nom arabe Dar el-Beïda. Les bastions de la Skala portent encore aujourd'hui quelques canons anciens, en bronze ou en fonte, certains d'origine portugaise, d'autres ajoutés au XVIIIe ou XIXe siècle. Ils ne servent plus, évidemment, mais ils témoignent d'une époque où Casablanca était une ville de remparts, attaquée et défendue, comme la plupart des ports atlantiques. Avancez sur le bastion si l'accès est ouvert, et regardez vers le nord. Vous voyez le port moderne de Casablanca, avec ses grues, ses cargos, ses bateaux de pêche. Le port que vous regardez est en grande partie artificiel : il a été creusé et étendu à partir de 1907 par les Français, parce que la côte rocheuse rendait l'accostage difficile. Aujourd'hui, c'est le premier port du Maghreb par le trafic, devant Tanger Med pour le fret conteneurisé général. La rade que vous voyez accueille en permanence des navires en attente d'entrée. Continuons. Nous allons rejoindre le Borj Sidi Bouchra, un autre vestige fortifié, à environ cent vingt mètres au sud. Repartez vers le sud, en suivant la ruelle qui longe le mur intérieur.

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    Borj Sidi Bouchra

    Vous êtes au pied du Borj Sidi Bouchra, autre vestige fortifié de l'ancienne médina. Borj signifie tour ou bastion en arabe, et Sidi Bouchra était un saint local, dont le mausolée se trouvait, ou se trouve encore, à proximité. Cette tour est plus modeste que les bastions portugais de la Skala, mais elle a son histoire. Le Borj date probablement du XVIIIe siècle, période alaouite, et faisait partie d'un système défensif renforcé sous Mohammed ben Abdallah après la reconstruction de la ville. Sa fonction principale n'était pas tant militaire que de surveillance et de signalisation : repérer les navires entrants, transmettre des messages aux autres bastions par signaux visuels, alerter en cas de menace. Les saints locaux jouent un rôle essentiel dans la géographie spirituelle des médinas marocaines. Sidi Bouchra fait partie de ce qu'on appelle les sept saints, ou plus exactement les saints patrons d'un quartier ou d'une corporation. Chaque ville marocaine en a plusieurs. À Casablanca, parmi les plus connus, citons Sidi Belyout, dont le nom est aussi celui d'un quartier moderne, ou Sidi Abderrahmane, dont le marabout occupe un îlot rocheux au large d'Aïn Diab et qui reste un lieu de pèlerinage actif aujourd'hui. Sidi Bouchra est plus discret, plus quartier, plus médina. Son mausolée, si vous le croisez en marchant, se reconnaît à sa petite coupole blanchie à la chaux, parfois ornée d'un drapeau vert, et à la porte basse encadrée de zelliges modestes. Ces saints, quelle que soit leur notoriété, sont encore vénérés. On vient leur demander une intercession, allumer une bougie, déposer une offrande. C'est une part de l'islam populaire marocain, parfois mal vue par les courants plus rigoristes, mais profondément ancrée dans la culture du pays. Si vous voyez quelqu'un qui prie devant un mausolée, ne le photographiez pas, c'est un moment intime. Architecturalement, regardez le Borj : pierre brute, créneaux carrés, ouverture étroite. C'est un vocabulaire défensif élémentaire, presque berbère, qui s'oppose au baroque des fortifications portugaises de la Skala. Cette différence visuelle entre les deux phases historiques, portugaise et alaouite, est l'une des clés pour lire l'architecture de la médina de Casablanca. Avançons maintenant vers la sortie nord de la médina, qui nous ramène vers la mosquée Hassan II et le grand boulevard moderne. C'est environ deux cents mètres de marche, en direction du nord-ouest. Suivez les ruelles jusqu'à voir s'ouvrir les remparts vers l'extérieur.

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    Sortie nord, vers la ville moderne

    Vous arrivez à la sortie nord de la médina, à l'endroit où le rempart s'ouvre sur le boulevard moderne. Tournez la tête vers le nord-ouest : par-dessus les toits blancs des dernières maisons de la médina, vous distinguez probablement le minaret de la mosquée Hassan II, à environ huit cents mètres à vol d'oiseau. Cette vue, très simple, dit presque tout du Casablanca contemporain : la vieille médina populaire et basse, et au loin, l'œuvre monumentale du XXe siècle, posée sur la mer. Une parenthèse pour conclure, sur ce que la médina dit du Casablanca d'aujourd'hui. Ce quartier, pendant longtemps, a été perçu comme une zone à problèmes, un peu délaissée par les autorités, mal entretenue. Beaucoup de Casablancais des classes moyennes et aisées ne la connaissent pas, n'y vont jamais, et la regardent avec une vague méfiance. C'est en partie dû à des stéréotypes anciens, en partie à des problèmes réels d'insalubrité et de pauvreté qui s'y sont concentrés au XXe siècle. Mais depuis les années 2010, plusieurs programmes de réhabilitation ont été lancés : restauration des façades, ravalement, réfection des ruelles, ouverture de petits hôtels d'hôtes, retour de quelques artistes et artisans. La médina est en train de bouger, doucement. Si vous y revenez dans quelques années, vous y trouverez probablement plus d'ateliers, plus de cafés culturels, plus de visiteurs. Pour l'instant, c'est encore un quartier brut, populaire, à la marge des circuits touristiques. C'est cette marginalité qui en fait, je trouve, sa valeur. Vous arrivez au terme de notre visite. En une heure et un quart et environ huit cents mètres, vous avez traversé la plus petite et la plus discrète des médinas marocaines. Vous y avez croisé une tour de l'horloge française, des bastions portugais, des canons alaouites, des étals de ras-el-hanout et un saint local nommé Sidi Bouchra. Ce n'est pas Marrakech, ce n'est pas Fès, et c'est tant mieux. C'est Casablanca, dans ce qu'elle a de plus enraciné. HelloMorocco vous propose d'autres tours sur la ville, sur la corniche et la mosquée Hassan II, dans le quartier des Habous, ou dans le centre Art Déco. À très bientôt.

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Durée
1h15
Distance
0.8 km
Difficulté
medium
Langues
FR