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La Médina : labyrinthe et savoir-faire

·2h·2 km
<p>La médina de Marrakech n'est pas un labyrinthe par hasard : c'est un système, un urbanisme pensé autour des corporations d'artisans, des caravansérails et des mosquées de quartier. </p><p></p><p>Ce parcours de deux kilomètres vous emmène dans neuf étapes au cœur des souks, les épices de Rahba Kedima, les écheveaux suspendus du souk des teinturiers, le martèlement des dinandiers, le cuir de Cherratine, puis dans les coulisses : un derb caché, un fondouk historique, la mosquée Mouassine et la place Ben Youssef. </p><p></p><p>Vous apprendrez à lire la médina comme on lit un texte ancien, en repérant ses signes et ses logiques. </p><p>À faire en matinée pour profiter de l'activité des artisans, idéalement entre 10h et midi.</p>

Étapes du parcours (9)

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    Souk Semmarine, entrée nord depuis Jemaa El Fna

    Vous voilà à l'entrée nord de Jemaa El Fna, devant l'arche en pierre claire qui marque le début du Souk Semmarine. Levez les yeux : au-dessus de votre tête, vous devinez déjà les premières claies de roseaux qui filtrent la lumière. Devant vous, un flot ininterrompu de marcheurs s'engouffre dans la ruelle. Vous y êtes. Vous entrez dans la médina de Marrakech. Bienvenue dans cette visite Guide Audio HelloMorocco consacrée à la médina, ses souks et ses artisans. Pendant l'heure et demie qui vient, nous allons traverser ensemble près de deux kilomètres de ruelles, en neuf étapes. Marchez à votre rythme : mes commentaires se déclenchent automatiquement quand vous arrivez à chaque arrêt. Et si jamais le GPS perd le signal — ce qui peut arriver dans les souks couverts — appuyez simplement sur le bouton "Je suis arrivé". Avant de plonger dans le labyrinthe, prenons une minute pour comprendre où nous mettons les pieds. La médina de Marrakech, c'est un peu plus de six cents hectares d'urbanisme médiéval, classé au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1985. Et contrairement à ce qu'on imagine en arrivant, ce n'est pas du tout un labyrinthe livré au hasard. C'est un système, parfaitement organisé, qui obéit à une logique vieille de mille ans. Cette logique, c'est celle des corporations de métiers. Dans la médina classique du monde musulman, les artisans ne s'installent pas au hasard : ils sont regroupés par spécialité, dans des souks dédiés. Vous allez voir le souk des épices, le souk des teinturiers, le souk des forgerons, le souk des babouchiers, le souk des cuirs. Chacun a sa rue, son odeur, son rythme sonore. Et entre les souks, on trouve les fondouks — ces grands caravansérails à patio où les marchands déchargeaient leurs caravanes — et les mosquées de quartier, qui rythment la prière des artisans. Plus on s'éloigne de la grande mosquée, plus les métiers deviennent bruyants ou malodorants. C'est une règle d'urbanisme que vous retrouverez dans toutes les médinas du monde arabo-musulman, de Fès à Damas en passant par Le Caire. Près de la mosquée principale, vous avez les libraires et les parfumeurs. À mi-distance, les tisserands et les bijoutiers. Et tout au fond, loin du centre sacré, les tanneurs, les teinturiers et les forgerons. Le Souk Semmarine, dans lequel vous êtes en train d'entrer, c'est l'artère principale, la grande avenue du commerce. Son nom vient du mot semmar, qui désigne les cordonniers, mais aujourd'hui vous y trouvez de tout : tissus, lampes, tapis, souvenirs pour touristes côtoient les échoppes encore tenues par les vieilles familles d'artisans. Marchez tranquillement, gardez les yeux ouverts, et n'ayez pas peur de vous perdre : tant que vous suivez le flot, vous reviendrez à Jemaa El Fna. Avançons. Continuez tout droit dans le souk sur environ 150 mètres, jusqu'à une bifurcation. Prenez à droite, par un passage couvert qui s'ouvre sur une petite place : c'est la place Rahba Kedima, l'une des plus pittoresques de la médina, où nous nous arrêterons.

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    Rahba Kedima, place des épices et des herboristes

    Vous voilà sur la place Rahba Kedima, qui signifie en arabe la "vieille place". Devant vous, des dizaines d'étals présentent des pyramides d'épices colorées — paprika rouge, curcuma jaune, cumin ocre, ras el hanout — disposées en cônes parfaits qui sont autant de tableaux. Tournez sur vous-même : sur les côtés de la place, vous remarquez aussi des paniers en osier remplis de plantes séchées, des bocaux mystérieux, des marchandes berbères assises sous leurs ombrelles avec leurs petits tapis de produits. Cette place est l'une des plus anciennes et des plus authentiques de la médina. Elle existe depuis le Moyen Âge et a longtemps été le marché aux esclaves de Marrakech, aboli au XIXe siècle. Aujourd'hui, c'est le royaume des épices et de l'apothicaire traditionnel marocain. Et c'est ici que vous allez croiser ce qu'on appelle, avec une pointe d'amusement, le marché des magiciens. Le mot magicien est exagéré, bien sûr, mais à peine. Sur cette place, certains marchands proposent des ingrédients qui ne servent ni à la cuisine ni à la médecine moderne : peaux de caméléon séchées, hérissons entiers, plumes d'oiseau, racines rares, encens noir. Tout cela relève d'un savoir traditionnel, mêlé de médecine prophétique, de magie blanche et d'un peu de superstition. Si vous tombez sur une vendeuse berbère qui sort de son sac une racine bizarre en vous expliquant que ça soigne les maux de tête ou attire l'amour, vous êtes au bon endroit. Mais l'essentiel, ce sont les épices et l'herboristerie sérieuse. Un bon herboriste marocain — un attar — connaît plusieurs centaines de plantes. Il vend du nigelle pour le souffle, du fenugrec pour l'énergie, de l'écorce de noyer pour blanchir les dents, de la lavande, du romarin, de l'argan, des huiles essentielles. Il prépare aussi le ras el hanout, ce mélange d'épices à plus de vingt ingrédients dont chaque famille garde jalousement la recette. Le nom signifie littéralement "le sommet de la boutique" : c'est ce que le marchand vous propose de plus précieux. Petite mise en garde pratique : si un marchand vous tend du safran à un prix qui semble étrangement bas, c'est probablement du carthame, une fleur séchée qui ressemble visuellement au safran mais qui n'a ni le parfum ni les vertus. Le vrai safran marocain, cultivé à Taliouine dans le sud, vaut entre 30 et 50 dirhams le gramme. Pas moins. Et puis il y a l'huile d'argan. La vraie, celle qui se mange, doit être ambrée, légèrement parfumée, et coûter dans les 200 à 300 dirhams le litre. Pour la cosmétique, c'est moins. Goûtez avant d'acheter, c'est l'usage. Repartons. Sortez de la place par le côté nord-ouest, prenez la ruelle couverte qui s'enfonce dans le souk. Vous allez sentir, avant de la voir, l'étape suivante : ça sent l'humide, le végétal, et la lumière y est franchement particulière. Comptez environ 150 mètres de marche.

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    Souk Sebbaghine, le souk des teinturiers

    Levez les yeux. Au-dessus de vos têtes, suspendus à des cordes tendues entre les murs, des écheveaux de laine multicolores sèchent au gré des courants d'air : pourpre, bleu profond, jaune safran, vert olive, rouge brique. Vous voilà dans le souk Sebbaghine, le souk des teinturiers. C'est l'une des images les plus photographiées de Marrakech, et avec raison. Ce souk fonctionne encore exactement comme il y a cinq siècles. Les artisans achètent leur laine ou leur soie crue, parfois leur coton, et la teignent dans de grands chaudrons d'eau bouillante qu'on chauffe au feu de bois. Vous pouvez d'ailleurs entrer dans les ateliers ouverts sur la rue : les patrons accueillent volontiers les visiteurs curieux, c'est aussi pour eux une vitrine. Les couleurs traditionnelles ne sortent pas de la chimie moderne, du moins pas chez les artisans qui travaillent à l'ancienne. L'indigo donne le bleu — un bleu profond, presque noir quand on en fait des bains successifs, c'est le fameux bleu des Touaregs. La garance donne le rouge, le henné donne l'orange, le coquelicot le rose, le safran le jaune. Pour le pourpre, on utilisait autrefois la cochenille, ce petit insecte qu'on broie : un kilo de cochenille pour un demi-kilo de teinture, autant dire un produit de luxe. Aujourd'hui, soyons honnêtes, beaucoup de teintures sont devenues synthétiques. Mais les ateliers à l'ancienne existent encore, et certains exportent leur production aux quatre coins du monde, notamment vers les grandes maisons de mode européennes qui cherchent des fils teints à la main. Si vous achetez un foulard ou une étole ici, demandez si la teinture est naturelle. Le marchand sait, et un produit végétal authentique se vendra légèrement plus cher mais durera infiniment plus longtemps sans virer. Petite curiosité : si vous regardez attentivement les mains des teinturiers, vous verrez qu'elles sont teintes de la couleur dans laquelle ils travaillent. Un teinturier d'indigo aura les mains bleues pendant des semaines, parfois pour la vie. C'est leur signature professionnelle, presque un blason de corporation. Avançons. Continuez dans la ruelle jusqu'au bout, là où les écheveaux laissent place au métal. Vous allez bientôt entendre, plus que voir, la prochaine étape : un martèlement régulier qui s'amplifie au fur et à mesure que vous approchez. Comptez 200 mètres de marche.

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    Souk Haddadine, dinandiers et forgerons

    Tendez l'oreille. Vous reconnaissez ce bruit ? Un martèlement régulier, plusieurs marteaux qui frappent à des cadences différentes, comme une percussion polyrythmique improvisée. Vous voilà dans le souk Haddadine, le souk des forgerons et des dinandiers. Le mot haddad en arabe signifie le forgeron : celui qui travaille le fer. La dinanderie, elle, c'est l'art de travailler le cuivre et le laiton. Tournez-vous vers les ateliers ouverts sur la rue. Les artisans sont assis par terre, en tailleur, sur de petits coussins de chiffon. Devant eux, une enclume basse, un marteau, une plaque de métal, et la patience. Pour fabriquer un grand plateau de cuivre martelé d'un mètre de diamètre, comptez plusieurs jours de travail à temps plein. Chaque petit creux que vous voyez à la surface, c'est un coup de marteau précis. La dinanderie marocaine s'inspire directement de la tradition andalouse, importée au XIIIe siècle par les artisans musulmans qui ont fui la Reconquista. C'est pour cette raison que vous retrouvez les mêmes motifs géométriques sur un plateau de Marrakech et sur la marqueterie de Grenade : étoiles à huit branches, frises de losanges, médaillons centraux. Ces motifs ne sont pas décoratifs au hasard. Ils s'appuient sur une géométrie sacrée, la même qu'on retrouve dans les zelliges des médersas. Les pièces typiques que vous verrez ici : les grands plateaux à thé, les théières — la fameuse berrad marocaine, à panse renflée et long bec —, les lanternes ajourées qui projettent au mur des ombres dentelées, et les fameuses tasses à pied gravées qu'on appelle des kassats. Plus rare aujourd'hui, mais encore présent : la fabrication de chaudrons de hammam, ces grands réservoirs à eau chaude qu'on chauffait dans les bains publics. Si vous voulez acheter, sachez qu'un vrai plateau martelé à la main, fait par un maître, vaudra au moins 800 à 1 500 dirhams selon la taille. Tout ce qui est en dessous est probablement industriel, importé d'Asie, ou simplement martelé à la machine avec un masque de finition à la main pour faire illusion. Le bruit qui vous entoure, lui, ne ment pas : à chaque fois que vous l'entendez, c'est qu'un artisan est encore en train de tenir son marteau. Repartons. Quittez le souk en prenant la sortie qui s'ouvre sur la gauche, vers une ruelle plus calme et plus étroite. Nous allons changer d'ambiance et entrer dans un derb, c'est-à-dire l'envers du décor de la médina. Comptez 150 mètres de marche.

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    Pause dans un derb : la médina côté privé

    Vous voilà dans un derb. Tournez-vous lentement, écoutez : le bruit du souk a complètement disparu. Vous êtes à peine à cinquante mètres des forgerons, mais tout est devenu silencieux. Bienvenue dans l'envers du décor de la médina. Un derb, en arabe marocain, c'est une ruelle résidentielle. Souvent en cul-de-sac, elle ne mène nulle part : c'est une voie privée, qui dessert quelques maisons. C'est ici, derrière les murs aveugles que vous voyez, que vivent les habitants de la médina. Et c'est ici que se cachent les fameux riads, ces maisons traditionnelles à patio intérieur dont vous avez peut-être entendu parler. Regardez bien autour de vous. Les murs sont aveugles. Pas de fenêtre, pas d'ouverture sur la rue. Tout au plus, parfois, quelques moucharabiehs en bois ajouré, au premier étage. Cette absence d'ouverture extérieure n'est pas un hasard : elle correspond à une conception de l'habitat très différente de la nôtre. En Europe, la maison s'ouvre sur la rue : on pose des fenêtres, on fait des balcons, on regarde dehors. Au Maroc traditionnel, c'est l'inverse. La maison se referme sur elle-même, et toute la richesse, toute la vie, se déploient à l'intérieur, autour d'un patio à ciel ouvert. Approchez-vous d'une de ces portes cloutées que vous croisez. Elles sont magnifiques. Le bois est en cèdre du Moyen Atlas, les clous sont en bronze ou en fer forgé, parfois ouvragés. Le heurtoir, souvent en forme de main de Fatma — la khamsa, la main aux cinq doigts — est censé protéger la maison du mauvais œil. Et derrière cette porte, si vous aviez la chance de pouvoir entrer, vous découvririez un patio carré, un bassin central, des orangers, des zelliges au sol, des chambres autour, un escalier menant à la terrasse. La quintessence du raffinement marocain. Si vous séjournez en riad pendant votre voyage, vous savez déjà de quoi je parle. Et si ce n'est pas le cas, vous vous demandez peut-être pourquoi ces maisons sont devenues si à la mode en quelques décennies. La réponse tient en un mot : authenticité. Depuis les années 1990, des Marocains et des étrangers ont racheté des riads anciens en ruine pour les restaurer. Ce qui était considéré comme inhabitable il y a quarante ans est devenu un patrimoine convoité, classé, protégé. Reprenons notre marche. Sortez du derb par où vous êtes entré, retournez vers le grand axe du souk, et prenez à gauche. La prochaine étape est à 250 mètres : c'est le souk des cuirs, dans un autre quartier de la médina.

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    Souk Cherratine, le souk des cuirs et des babouches

    Tournez-vous vers les murs des échoppes. Du sol au plafond, des babouches alignées par couleurs, par tailles, par genres. Du jaune safran traditionnel pour les hommes, au rouge brique pour les femmes, en passant par le noir des cérémonies, le vert des notables religieux, le rose moderne pour les enfants. Vous êtes dans le souk Cherratine, le souk des cuirs et de la sellerie. Le mot Cherratine vient de l'arabe charrat, qui signifie une bande étroite, une lanière. C'était à l'origine le souk où l'on travaillait les bandes de cuir pour la sellerie et la maroquinerie. Aujourd'hui, c'est devenu le grand quartier de la babouche marocaine, mais aussi des sacs, des poufs, des ceintures, des étuis, et plus largement de tout ce qui se fabrique à partir du cuir tanné dans les tanneries de Bab Debbagh, à un kilomètre d'ici, à l'extrémité nord-est de la médina. La babouche traditionnelle, qu'on appelle balgha ou bilgha, est faite en deux ou trois pièces de cuir cousues à la main. Elle se distingue par son talon plat et écrasé qu'on glisse sous le pied — la babouche, ça se porte les talons écrasés, c'est sa signature, ne corrigez pas vos compagnons de voyage qui n'arrivent pas à les enfiler correctement, c'est exprès. La couleur a un sens. Le jaune safran est traditionnellement la couleur des hommes, des notables, des hadjis qui ont fait le pèlerinage à La Mecque. Le rouge est plutôt féminin, le blanc cérémoniel, le noir religieux. Si vous voulez acheter une bonne paire, vérifiez quelques points. Le cuir doit être souple, pas cartonné. Les coutures doivent être serrées, pas espacées. La semelle, idéalement, doit être en cuir, pas en plastique. Une vraie babouche faite main, en cuir de chèvre ou de mouton, vaut entre 200 et 400 dirhams. En dessous de 100 dirhams, c'est de la production de masse industrielle, qui se déformera en quelques semaines. Petite anecdote : la babouche jaune marocaine a connu un destin inattendu au XXe siècle. Elle a été adoptée par les hippies des années 1970, qui passaient par Marrakech sur la route de Katmandou, et elle est devenue un symbole vestimentaire de toute une génération bohème. Aujourd'hui, elle se vend dans le monde entier, mais ce que vous voyez ici, c'est l'origine, la source, le geste authentique. Avançons. Sortez du souk par le côté ouest, prenez la ruelle couverte qui descend vers le sud. Nous allons faire halte dans un fondouk historique, l'un des derniers caravansérails encore visibles de la médina. Comptez 200 mètres de marche.

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    Fondouk historique : le caravansérail d'hier et d'aujourd'hui

    Poussez la porte si elle est ouverte, ou approchez-vous simplement de l'entrée. Vous voilà devant l'un des plus beaux fondouks encore visibles de la médina de Marrakech. Levez les yeux : autour de vous, une cour rectangulaire à ciel ouvert, deux étages de galeries en bois sculpté qui font le tour, et au rez-de-chaussée, des petits ateliers d'artisans installés dans les anciennes loges. Un fondouk, qu'on appelle aussi caravansérail dans les pays voisins, c'est l'ancêtre de l'hôtel et de la chambre de commerce réunis. Au Moyen Âge, quand les caravanes arrivaient à Marrakech après des semaines de marche depuis l'Atlas, le Sahara, ou même Tombouctou, elles s'installaient ici. Au rez-de-chaussée, les chameaux et les mules dans les écuries. Au-dessus, les marchandises stockées dans les loges fermées à clé. Et tout en haut, les marchands qui dormaient sur place, parfois plusieurs semaines, le temps de vendre leur cargaison et d'en acheter une nouvelle. Marrakech, depuis sa fondation en 1070, a toujours été un nœud commercial. La ville était le terminus nord des grandes routes transsahariennes : on y arrivait avec de l'or de Tombouctou, du sel de Taoudenni, des esclaves, des plumes d'autruche, de la gomme arabique. On en repartait avec des tissus, des dattes, du sucre marocain — qui valait littéralement son pesant d'or au XVIe siècle —, du cuivre, de l'argent. Les fondouks de la médina pouvaient en héberger jusqu'à plusieurs dizaines simultanément. Aujourd'hui, on estime qu'il reste une trentaine de fondouks dans la médina de Marrakech, à divers degrés de conservation. La plupart ne servent plus à héberger des marchandises : ils ont été reconvertis en ateliers d'artisans, parfois en cafés, parfois en boutiques. Quelques-uns ont été restaurés et abritent des galeries d'art, des écoles d'artisanat, des coopératives de femmes. Ce que vous voyez en ce moment, c'est exactement ce balancement entre passé et présent. Approchez-vous des ateliers. Vous y trouverez peut-être un menuisier en train de travailler une porte de cèdre, un tailleur de babouches, un brodeur, un sculpteur de plâtre. Ces hommes — et de plus en plus de femmes — perpétuent des gestes vieux de plusieurs siècles. Si l'artisanat marocain est encore vivant aujourd'hui, c'est en grande partie grâce à ces fondouks où il continue de se transmettre. Repartons. Quittez le fondouk par la porte d'entrée, reprenez la ruelle vers l'ouest, puis prenez à droite à la première intersection. Nous nous dirigeons vers la mosquée Mouassine, l'une des plus belles de la médina. Comptez 250 mètres de marche.

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    Mosquée et fontaine de Mouassine

    Vous voilà sur la place Mouassine. Tournez-vous d'abord vers la grande fontaine en pierre sculptée qui occupe le côté de la place : c'est l'une des plus belles fontaines publiques de la médina. Au-dessus, légèrement en retrait, vous apercevez le minaret carré de la mosquée Mouassine, en grès rouge, semblable en plus modeste à celui de la Koutoubia. L'ensemble que vous regardez date de la seconde moitié du XVIe siècle, sous la dynastie saadienne, qui a fait de Marrakech sa capitale après deux siècles de relative éclipse. Le sultan saadien Moulay Abdellah a commandé cette mosquée vers 1563. Comme toutes les mosquées du Maroc, elle est interdite aux non-musulmans : vous ne pourrez pas y entrer. Mais ce qui compte ici, ce qui se voit depuis la rue, est tout aussi parlant. Regardez la fontaine de plus près. Cet édifice s'appelle un sebbil. C'était un don pieux : un riche habitant ou le sultan lui-même offrait à la communauté une fontaine publique, gratuite, pour fournir l'eau potable au quartier et permettre les ablutions rituelles avant la prière. À Marrakech, dans une ville qui pendant des siècles a vécu au rythme de l'eau venue par les khettaras — ces canalisations souterraines venues de l'Atlas —, l'eau publique était à la fois un bien vital et un signe de prestige. Approchez-vous de la pierre sculptée. Vous remarquez les arches polylobées typiques de l'architecture mauresque, le stuc finement travaillé en motifs floraux et géométriques, les zelliges polychromes au sol et sur les bandeaux. C'est exactement le vocabulaire architectural que vous retrouverez dans toutes les médersas et tous les palais de la ville : un même alphabet décoratif, décliné selon la richesse du commanditaire. Cette place Mouassine, longtemps endormie, est devenue depuis vingt ou trente ans l'un des quartiers les plus vivants de la médina pour qui s'intéresse à l'artisanat haut de gamme. Tout autour, vous trouvez des galeries de tapis berbères, des ateliers de poterie, de fines boutiques de textiles. Si vous repassez dans le coin un autre jour, prenez le temps d'y flâner. Quelques mots aussi sur la mosquée elle-même. Sa salle de prière est l'une des plus vastes de Marrakech, avec onze nefs parallèles soutenues par des arcs en plein cintre, et un mihrab orienté vers La Mecque dont la décoration est superbe. Sur le côté, on trouve aussi un hammam qui fonctionne toujours et une medersa, plus petite, restaurée récemment. Mosquée, fontaine, hammam, medersa : c'est ce qu'on appelle un complexe pieux, un kulliye, qu'un sultan offrait pour le salut de son âme et le bien-être de la communauté. Avançons vers notre dernière étape. Sortez de la place vers le nord-est, par la ruelle à gauche du minaret. Vous allez marcher 350 mètres pour rejoindre la place Ben Youssef, qui marque le cœur intellectuel et religieux historique de la médina.

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    Place Ben Youssef, sortie nord et conclusion

    Vous voilà sur la place Ben Youssef. Tournez-vous lentement. Devant vous, la mosquée Ben Youssef et son minaret, à votre gauche la grande porte sculptée de la medersa Ben Youssef, et tout autour, des ruelles qui partent dans toutes les directions : c'est l'un des grands carrefours intellectuels et spirituels historiques de Marrakech. La mosquée Ben Youssef — du nom du sultan almoravide Ali ben Youssef qui l'a fait construire au début du XIIe siècle — est la plus ancienne mosquée de Marrakech, encore en fonction. Elle est restée pendant des siècles la grande mosquée enseignante de la ville, c'est-à-dire le lieu où l'on enseignait le droit islamique, la grammaire arabe, le Coran, la théologie. Tout autour, dans les ruelles du quartier, vivaient et étudiaient des milliers d'étudiants venus de tout le Maroc et même de toute l'Afrique de l'Ouest. C'est dans ce contexte qu'il faut comprendre la medersa Ben Youssef, dont vous voyez la porte sur votre gauche. Une medersa, c'est une école coranique-pensionnat. Les étudiants y avaient leur chambre, ils y mangeaient, ils y priaient, et ils y étudiaient. La medersa Ben Youssef a été la plus grande du Maghreb à son apogée, capable d'accueillir plusieurs centaines d'étudiants. Elle a été restaurée à grands frais et a rouvert au public en 2022, après plusieurs années de travaux. Si elle vous intrigue, HelloMorocco lui consacre un tour entier. Cette place est aussi le point de jonction symbolique entre plusieurs quartiers de la médina. À l'ouest, vous l'avez vu, le quartier saadien des Mouassine. À l'est, le quartier des cuirs et des tanneries. Au sud, vous repartiriez vers les souks et Jemaa El Fna. Au nord, vous quitteriez la médina par Bab Doukkala vers le quartier moderne du Guéliz et le jardin Majorelle. Voilà, nous arrivons au terme de cette visite des souks et de la médina. En neuf étapes et environ deux kilomètres, vous avez traversé l'un des plus grands quartiers d'artisans encore en activité du monde arabo-musulman, vieux de mille ans. Vous avez vu les épices, les teintures, le métal, le cuir. Vous avez vu un derb, un fondouk, une mosquée, une fontaine. Vous avez maintenant les clés pour comprendre n'importe quelle autre médina marocaine, à Fès, à Rabat, à Tétouan, ou à Essaouira. La suite vous appartient. Si vous voulez prolonger le voyage, HelloMorocco vous propose des tours dans les palais — Bahia, El Badi —, dans les tombeaux saadiens, à la medersa Ben Youssef juste à côté, et au jardin Majorelle. À très bientôt, et bonne flânerie.

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Durée
2h
Distance
2 km
Difficulté
medium
Langues
FR