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Koutoubia & Jemaa El Fna : le cœur historique de Marrakech

·1h·0.6 km
La Koutoubia et Jemaa El Fna sont les deux cœurs jumeaux de Marrakech : l'un minéral et silencieux, l'autre vivant et bruyant. Ce parcours de 600 mètres à peine vous emmène du minaret almohade du XIIe siècle, l'un des trois grands minarets jumeaux du monde musulman médiéval, jusqu'à la place classée patrimoine oral et immatériel de l'humanité par l'UNESCO. En cinq étapes audio-guidées, vous découvrirez pourquoi il y a deux mosquées et non pas une, ce que veut vraiment dire le nom Jemaa El Fna, et comment lire les halqas, ces cercles de spectateurs qui se forment et se défont sur la place. Une introduction idéale à Marrakech, à faire de préférence en fin d'après-midi.

Étapes du parcours (5)

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    Esplanade ouest de la Koutoubia

    Vous voilà dans les jardins ouest de la Koutoubia. Devant vous, le minaret se dresse à 77 mètres de hauteur, en pierre rouge ocre, encadré par des palmiers. À ses pieds, un grand bassin rectangulaire reflète parfois sa silhouette quand il n'y a pas de vent. Bienvenue dans cette première visite Guide Audio HelloMorocco. Pendant l'heure qui vient, nous allons traverser ensemble le cœur historique de Marrakech, du minaret de la Koutoubia jusqu'à la mythique place Jemaa El Fna. Marchez à votre rythme, mes commentaires se déclenchent automatiquement quand vous arrivez à chaque étape. Si jamais le GPS vous joue un tour, vous pouvez toujours appuyer sur le bouton "Je suis arrivé". Commençons. Vous êtes face à l'un des édifices les plus emblématiques du Maroc et, sans exagération, l'un des plus célèbres minarets du monde. Son nom, Koutoubia, vient d'un mot arabe qui désigne les libraires. Autrefois, le marché aux livres et aux manuscrits se tenait juste là, au pied de la mosquée. Imaginez la scène : des dizaines d'échoppes débordant de manuscrits enluminés, de calligraphies, de livres de droit et de poésie, écumées chaque matin par les étudiants des grandes écoles coraniques de la médina. Le minaret que vous regardez date du XIIe siècle. Il a été commencé sous le calife almohade Abd al-Mu'min vers 1147, puis achevé par son petit-fils, le grand Yacoub el-Mansour, vers 1199. Un calife guerrier et bâtisseur, qui a marqué l'apogée de l'empire almohade — un empire qui s'étendait alors du Maroc jusqu'à l'Andalousie. Yacoub el-Mansour a aussi commandé la Tour Hassan à Rabat, restée inachevée, et la Giralda à Séville, en Espagne. Si vous avez l'occasion de visiter ces deux monuments, vous reconnaîtrez immédiatement la même main d'architecte : c'est ce qu'on appelle aujourd'hui le triangle des minarets almohades. Le minaret mesure exactement 77 mètres avec son campanile, et il a longtemps eu valeur de règle d'or à Marrakech : aucun bâtiment n'a le droit d'être plus haut qu'un palmier dans la ville historique. Une règle non écrite mais largement respectée, qui explique cette skyline si plate, si horizontale, où la Koutoubia surgit comme un phare au milieu des terrasses. Et phare, elle l'est presque littéralement. Par temps clair, on aperçoit son minaret à plus de 25 kilomètres dans les plaines du Haouz. Pour les caravaniers qui arrivaient autrefois du désert, après des semaines de marche, c'était la première silhouette qui annonçait Marrakech : l'eau, l'ombre, le repos. Aujourd'hui encore, la mosquée est en activité. Cinq fois par jour, le muezzin appelle à la prière depuis le sommet — par haut-parleur depuis les années 1990, soyons honnêtes, mais l'intention est intacte. Si vous êtes de passage au moment de la prière, vous entendrez l'appel se mêler à celui de toutes les autres mosquées de la médina, en cascade. C'est l'un des moments les plus envoûtants à vivre dans cette ville. Petite précision avant qu'on ne bouge : la mosquée elle-même n'est ouverte qu'aux musulmans, vous ne pourrez pas entrer. Mais ce que vous allez voir maintenant en faisant le tour du minaret est tout aussi parlant. Avançons vers le côté est, en contournant le minaret par la droite. C'est à environ 100 mètres : longez la grille du jardin et traversez l'esplanade. Sur le sol, vous allez croiser des fondations en pierre claire, alignées en damier — nous y reviendrons à l'étape suivante.

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    Pied du minaret, côté est

    Vous voilà au pied même du minaret, côté est. Levez les yeux : vous voyez la pierre de près, la couleur ocre rouge typique des grès du quartier de Guéliz, extraits à quelques kilomètres au nord. Et tout autour de vous, sur le sol pavé, vous remarquez sans doute des fondations en pierre claire, alignées en damier sur plusieurs dizaines de mètres. Ce ne sont pas des restes de fouilles archéologiques quelconques : ce sont les vestiges d'une autre Koutoubia. Oui, il y a eu deux mosquées à cet emplacement. Voici l'histoire. La première mosquée de la Koutoubia a été construite vers 1147 par Abd al-Mu'min, le fondateur de la dynastie almohade. Une mosquée vaste, ambitieuse, capable d'accueillir des milliers de fidèles. Sauf qu'une fois terminée, on s'est aperçu d'un problème majeur : sa qibla — l'orientation vers La Mecque, vers laquelle on doit prier — était fausse. À Marrakech, La Mecque est plein est, légèrement décalée vers le sud. Or la première mosquée pointait vers le nord-est. Pas un peu : franchement de travers. On hésite encore aujourd'hui sur la cause exacte. Une erreur de calcul des astronomes ? Une volonté symbolique de pointer vers Cordoue, l'autre capitale du monde almohade ? Probablement une combinaison des deux. Toujours est-il qu'au lieu de la démolir, ce qui aurait été un sacrilège, on a décidé d'en construire une seconde, juste à côté, correctement orientée. Et c'est cette seconde mosquée que vous voyez aujourd'hui derrière vous. La première, abandonnée, s'est lentement effondrée au fil des siècles, et les fondations que vous foulez en sont la trace. Maintenant, regardez de plus près le minaret. La façade est divisée en plusieurs registres décoratifs. Tout en bas, un appareillage de pierre brute. Au milieu, vous distinguez ce que les historiens appellent les motifs sebka : un réseau de losanges entrelacés qui forme comme une dentelle de pierre. Ce motif est devenu une signature absolue de l'architecture maghrebo-andalouse. Vous le retrouverez dans toutes les mosquées de cette époque, jusqu'à l'Alhambra de Grenade. Tout en haut, sous la lanterne, regardez bien : il y a une frise de céramique verte, des zelliges intacts depuis huit siècles. La couleur verte, ce n'est pas un hasard : c'est la couleur du paradis dans l'islam, et celle des chérifs, descendants du prophète. À droite et à gauche de cette frise, vous voyez les baies en arc outrepassé, ces fenêtres en forme de fer à cheval typiques de l'art mauresque. Et au sommet, ces trois boules dorées surmontées d'un croissant. Selon la légende, ce sont des pommes d'or massif, fondues dans les bijoux d'une reine saadie qui les aurait offerts en pénitence pour avoir mangé pendant le ramadan. Une jolie histoire — sauf qu'elle est probablement fausse, ces boules étant en cuivre doré et bien plus anciennes que les Saadiens. Mais à Marrakech, on n'aime pas trop laisser la réalité gâcher une belle légende. Direction maintenant la place Jemaa El Fna. Sortez de l'esplanade en repassant côté nord-est du minaret, traversez l'avenue Mohammed V — attention en traversant, la circulation y est dense, utilisez le passage piéton — puis continuez tout droit pendant environ 200 mètres. Vous verrez une grande place pavée s'ouvrir devant vous : vous y êtes presque.

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    Entrée sud-ouest de Jemaa El Fna

    Vous êtes maintenant à l'entrée sud-ouest de Jemaa El Fna. Devant vous, une vaste esplanade pavée s'ouvre, encadrée par des terrasses de café aux étages — vous reconnaissez peut-être déjà le célèbre Café de France et le Café Glacier sur votre droite. Si vous tournez la tête vers la gauche, le minaret de la Koutoubia se dresse encore en arrière-plan : c'est le repère qui vous ramènera ici à coup sûr, depuis n'importe quel coin de la médina. Vous voilà donc au point névralgique de Marrakech, sa salle des fêtes à ciel ouvert depuis huit siècles. Jemaa El Fna. Son nom est aussi mystérieux qu'évocateur, et personne ne sait vraiment ce qu'il signifie. Les arabisants se disputent encore là-dessus. Première hypothèse : la place de la mosquée disparue. Le sultan saadien Ahmad al-Mansour, à la fin du XVIe siècle, aurait commencé d'y bâtir une mosquée monumentale jamais achevée. Seconde hypothèse, plus glaçante : la place des trépassés, parce qu'on y exposait autrefois les têtes des criminels exécutés. Le mot fanaa, en arabe, peut signifier l'effacement, la disparition, mais aussi la mort. Ce qui est sûr, c'est qu'il y a une place ici depuis l'origine de Marrakech, fondée en 1070. À l'époque, ce n'était même pas dans la médina : les remparts s'arrêtaient plus loin et Jemaa El Fna était l'entrée des caravanes, le marché extra-muros, le carrefour où le désert rencontrait la ville. Un lieu de transit, de rencontre, de commerce et de spectacle, qui n'a jamais cessé d'être tout cela à la fois. En 2001, l'UNESCO a fait quelque chose de très inhabituel : elle a inscrit Jemaa El Fna sur la première liste mondiale des chefs-d'œuvre du patrimoine oral et immatériel de l'humanité. Pas la place elle-même — pas les pavés, pas les bâtiments — mais la culture vivante qu'on y pratique : les contes, la musique gnawa, les charmeurs, les acrobaties, les saynètes. Un patrimoine fragile, parce qu'il vit dans la mémoire des hommes, et qui disparaîtra le jour où plus personne ne saura le transmettre. Avançons maintenant au cœur de la place. Marchez environ 100 mètres droit devant vous, en direction du grand espace dégagé. Vous allez bientôt voir des cercles de spectateurs se former autour des artistes : c'est là que nous nous arrêterons.

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    Le cœur de Jemaa El Fna

    Vous êtes au cœur de la place. Tournez sur vous-même : vous êtes entouré de cercles de spectateurs qui se forment, se défont, et se reforment ailleurs. En arabe marocain, on les appelle les halqas. Chaque halqa est un mini-théâtre improvisé autour d'un artiste : un musicien, un conteur, un dresseur. C'est l'âme de Jemaa El Fna et le cœur du patrimoine UNESCO dont je vous parlais à l'étape précédente. Ce que vous voyez change complètement selon l'heure de la journée. Le matin, vous croisez les figures emblématiques. D'abord les charmeurs de serpents : des cobras qui se balancent au son d'une flûte en roseau qu'on appelle ghaita, et parfois des vipères à cornes, plus discrètes mais bien plus dangereuses. Petite vérité : les serpents ne dansent pas au son de la flûte, ils n'ont pas d'oreilles externes. Ils suivent le mouvement de l'instrument. Mais ne le dites pas trop fort, ça gâcherait le numéro. Vous croiserez aussi les guerrabs, ces vendeurs d'eau en costume rouge cuivré, portant un large chapeau à pompons multicolores et une outre en peau de chèvre. À l'origine, ils désaltéraient les voyageurs et les passants pour quelques pièces. Aujourd'hui, leur métier a quasiment disparu : il survit grâce aux touristes qui les photographient. Si vous prenez une photo, donnez 5 ou 10 dirhams, c'est l'usage. Et puis il y a les dresseurs de singes. Ce sont des macaques de Barbarie, une espèce protégée et menacée. Le sujet est sensible : leur capture en milieu naturel est interdite, mais la pratique persiste à Jemaa El Fna. Si la cause animale vous tient à cœur, le simple fait de ne pas les photographier ni les approcher contribue déjà à faire évoluer la place. L'après-midi, place aux conteurs, les hlaqia. C'est l'âme la plus pure de Jemaa El Fna : des hommes — souvent des hommes — qui racontent en darija, en arabe marocain, des contes des Mille et Une Nuits, des histoires de saints, des fables tirées de la mémoire populaire. Le public s'installe en cercle, parfois sur un tabouret, parfois debout, et l'on écoute pendant une demi-heure, une heure. Ce métier se meurt : il y a peu de relève, les jeunes regardent des séries sur leur téléphone. Si vous tombez sur une halqa de conteur, même si vous ne comprenez pas un mot, restez. C'est un patrimoine en train de s'éteindre. Le soir, à partir de la tombée du jour, la place se transforme. Des dizaines de gargotes ambulantes s'installent au milieu, fumantes, bruyantes : c'est le plus grand restaurant à ciel ouvert du Maroc. On y mange tout, des escargots en bouillon parfumé au thym, jusqu'aux têtes de mouton braisées que les amateurs jugent meilleures que le filet. Les groupes gnawas, héritiers des esclaves subsahariens venus au Maroc au XVIe siècle, lancent leurs transes au rythme des qraqeb, ces grandes castagnettes métalliques. Et tout devient possible. Continuons vers l'extrémité nord de la place. Marchez environ 150 mètres en direction des terrasses des cafés que vous voyez au loin, là où vous repérez l'entrée des souks.

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    Bord nord, terrasses & entrée des souks

    Vous voilà au bord nord de la place, à proximité immédiate des terrasses du Café de France et du Café Glacier. Levez les yeux : ces deux établissements offrent l'un des plus beaux panoramas qui soient sur Jemaa El Fna, surtout au coucher du soleil, quand la place s'enflamme à la fois de soleil rasant et de fumées de gargotes. Les terrasses sont accessibles à tous, il suffit de consommer un thé à la menthe ou un jus d'orange pressé — comptez une trentaine de dirhams. Si vous avez vingt minutes devant vous à la fin de cette visite, je vous suggère vraiment d'y monter, c'est inoubliable. Devant vous maintenant, vous voyez une arche en pierre claire, animée par un flot continu de marcheurs : c'est l'entrée du Souk Semmarine, la porte d'entrée principale des souks de Marrakech. Au-delà de cette arche commence un labyrinthe de plus de 18 souks spécialisés — souk des teinturiers, des forgerons, des babouchiers, des épiciers — qui s'étend sur près d'un kilomètre carré. Si vous y entrez aujourd'hui, sachez que le retour vers la Koutoubia est à environ vingt minutes de marche, si vous ne vous perdez pas. Ce qui, soyons honnêtes, est plutôt une promesse qu'un risque. Vous arrivez au terme de notre visite. En une heure et environ 600 mètres, vous avez traversé presque mille ans d'histoire de Marrakech : le minaret almohade du XIIe siècle, les vestiges de la première Koutoubia, et l'âme orale d'une ville qui ne dort jamais. La suite vous appartient. HelloMorocco vous propose d'autres tours, dans les souks, au Palais Bahia, ou au Jardin Majorelle. À très bientôt.

Infos rapides

Durée
1h
Distance
0.6 km
Difficulté
medium
Langues
FR

Point de départ

Devant la porte principale et la billetterie.