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L'histoire de Rabat

·18 min·0 km
Rabat n'est pas une ville évidente. Loin de l'éclat de Marrakech ou du tumulte de Casablanca, elle se laisse découvrir lentement, en couches superposées. Pour comprendre ce que vous y voyez, il faut connaître son histoire — et c'est précisément ce que vous propose ce tour à écouter en fauteuil, sans déplacement, idéal en avion, en train ou simplement chez vous, avant ou après un voyage. En dix-huit minutes, vous parcourrez 2500 ans : du comptoir phénicien de Sala à l'empire almohade de Yacoub el-Mansour, de la République corsaire des deux rives au choix de Lyautey d'en faire la capitale du protectorat français, jusqu'au Rabat moderne, classé patrimoine mondial UNESCO en 2012. Une porte d'entrée pour tous les autres tours HelloMorocco de la ville.

Étapes du parcours (1)

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    L'histoire de Rabat (récit complet)

    Bienvenue dans cette visite Guide Audio HelloMorocco consacrée à l'histoire de Rabat. À la différence des autres tours que nous proposons dans cette ville, celui-ci n'est pas un parcours sur le terrain : c'est un récit que vous pouvez écouter dans votre fauteuil, en avion, dans un café, ou bien au coucher de soleil sur les remparts de la kasbah. Pendant les dix-huit prochaines minutes, je vais vous raconter Rabat depuis ses origines il y a 2500 ans jusqu'à aujourd'hui, en sept grands chapitres. Mon objectif est simple : qu'à la fin de ce tour, quand vous regarderez la ville, vous lisiez le passé dans le présent. Commençons par les origines. Le site de Rabat est l'un des plus anciennement habités de la côte atlantique marocaine. Les premières traces d'occupation humaine remontent à la préhistoire, mais c'est avec l'arrivée des navigateurs phéniciens, vers le VIIe siècle avant notre ère, que le site prend une dimension urbaine. Les Phéniciens, ces commerçants venus du Liban actuel, fondent ici un comptoir, qu'ils appellent Sala. Pourquoi ici ? Parce que l'embouchure du Bouregreg offre un abri naturel contre les tempêtes atlantiques, parce que la falaise est facile à défendre, et parce qu'à l'arrière-pays s'étendent des plaines fertiles. Sala devient, à très petite échelle, l'une des escales de la grande route maritime qui reliait la Méditerranée à l'Afrique de l'Ouest. Pendant cinq siècles, Sala se développe sous influence phénicienne puis carthaginoise. Quand Rome détruit Carthage en 146 avant Jésus-Christ, les villes phéniciennes d'Afrique du Nord passent progressivement sous influence romaine. Au début du Ier siècle de notre ère, l'empereur Auguste annexe le royaume de Maurétanie, dont fait partie Sala. La ville devient Sala Colonia, c'est-à-dire colonie de droit romain, et entre dans une période de prospérité. Forum, decumanus, thermes, temple à Jupiter, théâtre — tout y est. Sala est même citée par les géographes romains, notamment Ptolémée et Pline l'Ancien, comme l'un des points les plus méridionaux de l'empire en Afrique. Au-delà, vers le sud, on entre dans le territoire des tribus berbères non romanisées. Sala décline aux IIIe et IVe siècles, comme tout l'empire romain en Afrique du Nord. Quand les Vandales puis les Byzantins se disputent ce qui reste de l'empire en Maurétanie, Sala est déjà à demi abandonnée. Au VIIe siècle, l'arrivée des conquérants arabes et l'islamisation rapide du Maghreb font basculer la région dans un nouvel univers culturel. Sala n'est pas réoccupée immédiatement. Pendant cinq siècles, le site reste désert, et l'activité urbaine se déplace de l'autre côté du Bouregreg, à Salé, qui devient la ville régionale principale. Et puis arrive le grand bouleversement almohade, à la fin du XIIe siècle. Les Almohades sont une dynastie berbère venue des montagnes de l'Atlas, qui a unifié sous sa houlette tout le Maghreb et l'Andalousie. Leur capitale est Marrakech, mais ils rêvent grand. En 1150, le calife Abd al-Mu'min fait construire un ribat fortifié — un poste de garde militaire et religieux — sur la rive gauche du Bouregreg, face à Salé. Ce ribat devient progressivement une petite ville. Et son nom ? Ribat al-Fath, qui veut dire "la Forteresse de la Victoire", contracté en arabe dialectal en Rebath, puis en Rabat. La ville moderne porte donc, jusque dans son nom, la trace de cette fondation almohade. Le tournant décisif arrive avec Yacoub el-Mansour, petit-fils du fondateur. Yacoub el-Mansour est probablement le plus grand des califes almohades. Il règne de 1184 à 1199, à l'apogée de l'empire. Après sa victoire écrasante sur les royaumes chrétiens d'Espagne à la bataille d'Alarcos en 1195, il décide de transformer Ribat al-Fath en capitale impériale, capable de rivaliser avec Cordoue et Bagdad. Il commande des remparts immenses qui enserrent une ville théorique de plusieurs kilomètres carrés. Il commande la Tour Hassan, qui devait être le plus haut minaret du monde musulman, et la mosquée la plus vaste. Il commande Bab Oudaya, l'une des plus belles portes médiévales du Maghreb. Il commande aussi la Koutoubia de Marrakech et la Giralda de Séville, formant le célèbre triangle des minarets almohades. Et puis Yacoub el-Mansour meurt en 1199. Avec lui, le rêve s'éteint. Ses successeurs n'ont ni la volonté, ni les moyens d'achever les chantiers. La Tour Hassan reste à mi-hauteur. La grande mosquée n'a jamais de toit. Les remparts protègent un espace presque vide. Pendant trois siècles, Rabat reste une petite ville fantomatique, vivant dans l'ombre de Salé, plus prospère et plus active. Au XIIIe siècle, les Mérinides prennent le pouvoir au Maroc. Ils sont, comme les Almohades, une dynastie berbère, mais venue des plaines orientales. Ils transfèrent la capitale à Fès, qui devient l'épicentre intellectuel et politique du royaume. Rabat, devenue marginale, sert principalement de nécropole royale : c'est à cette époque que le sultan Abou al-Hassan fait construire la nécropole mérinide de Chellah, à deux kilomètres au sud, sur le site des ruines romaines de Sala. Vous pouvez visiter cette nécropole avec notre tour dédié. C'est aussi à cette époque que la médina actuelle commence à se structurer, autour de quelques familles d'artisans et de marchands. Le grand renouveau de Rabat arrive en 1610, avec un événement qui change tout : l'expulsion massive des Moriscos d'Espagne. Les Moriscos étaient les descendants des musulmans d'Andalousie, restés en Espagne après la Reconquête de 1492 et convertis de force au christianisme. Le roi Philippe III décide en 1609 de les expulser tous, soit environ 300 000 personnes. Plusieurs dizaines de milliers d'entre eux fuient au Maroc, et beaucoup s'installent à Rabat et à Salé, presque vides. Ils repeuplent la médina, ils colonisent la Kasbah des Oudayas, ils apportent leur architecture andalouse — d'où les ruelles bleues et blanches que vous voyez encore — et surtout, ils apportent une économie nouvelle : la course barbaresque, c'est-à-dire la piraterie d'État. Pendant cinquante-six ans, de 1610 à 1666, Rabat et Salé forment une sorte de mini-république indépendante, qu'on appelle la République des Deux Rives, ou parfois la République de Bouregreg. C'est l'une des seules républiques pirates officielles de l'histoire. Les corsaires de Salé écument l'Atlantique nord, attaquent les navires européens jusqu'aux côtes islandaises, capturent des chrétiens qu'ils ramènent au Maroc pour les rançonner ou les vendre. Plusieurs grands écrivains européens en parleront : Daniel Defoe inspire le début de Robinson Crusoé sur la capture par les corsaires de Salé, Cervantès lui-même a été captif de Salé pendant cinq ans avant d'écrire Don Quichotte. C'est dire à quel point Rabat-Salé a marqué l'imaginaire européen de l'époque. La République des Deux Rives prend fin en 1666 avec la conquête de la ville par le sultan alaouite Moulay Rachid, fondateur de la dynastie qui règne aujourd'hui encore au Maroc. La dynastie alaouite — alaouite parce que descendante du calife Ali, gendre du prophète Mohammed — réunifie le Maroc après plus d'un siècle de déchirures. Moulay Rachid intègre Rabat dans son royaume. Son frère Moulay Ismaïl, qui lui succède en 1672 et règne jusqu'en 1727, fait construire à Rabat le palais qui abrite aujourd'hui le Musée des Oudayas, et installe une garnison de cavaliers, les Oudayas, qui donneront leur nom à la kasbah. Sous Moulay Ismaïl et ses successeurs, Rabat reste une ville moyenne, mais elle a retrouvé son intégration nationale. Le tournant moderne, c'est 1912. Cette année-là, le Maroc devient protectorat français — et accessoirement espagnol pour la zone nord. La France envoie un homme exceptionnel comme premier résident général : le maréchal Hubert Lyautey. Lyautey est un homme de droite, royaliste, conservateur, mais aussi extraordinairement subtil dans son rapport au Maroc. Sa première décision majeure est de choisir la capitale. Et là, surprise. Il aurait pu choisir Fès, capitale historique. Il aurait pu choisir Marrakech, capitale du Sud. Il aurait pu choisir Tanger, ouverte sur l'international. Il choisit Rabat. Pourquoi ? Plusieurs raisons. D'abord, Rabat est sur la côte atlantique, donc accessible par la mer pour le ravitaillement français. Ensuite, la ville est suffisamment marginale pour ne pas blesser l'amour-propre des grandes médinas impériales. Enfin, et surtout, Rabat offre un terrain quasi vierge à l'extérieur de sa médina, où Lyautey peut construire une "ville nouvelle" européenne sans détruire la "ville ancienne" marocaine. Cette doctrine d'urbanisme — séparer les deux villes pour les préserver toutes les deux — sera l'une des contributions les plus durables de Lyautey à l'urbanisme colonial. De 1912 à 1956, Rabat se transforme. Lyautey fait dessiner par les architectes Henri Prost et Maurice Tranchant de Lunel une "ville nouvelle" en éventail au sud-ouest de la médina. Avenues larges plantées de palmiers, bâtiments administratifs néo-mauresques mêlant motifs marocains et fonctionnalité moderne, parcs publics, lycées, hôpitaux. Le palais royal, déjà existant, est agrandi pour devenir le Mechouar, complexe de plusieurs dizaines d'hectares. La cathédrale Saint-Pierre, le ministère des Affaires étrangères, l'université, la Bibliothèque nationale — tout est construit en quarante ans. Rabat devient ce qu'elle est encore aujourd'hui : une capitale administrative, propre, ordonnée, peut-être un peu sage. L'indépendance arrive en 1956, après la grande crise de 1953-1955 qui a vu l'exil du sultan Mohammed V à Madagascar, puis son rappel triomphal sous la pression du peuple marocain. Mohammed V devient roi d'un Maroc indépendant, et choisit naturellement de garder Rabat comme capitale. Il s'éteint en 1961. Son fils Hassan II, qui règne de 1961 à 1999, fait construire le Mausolée Mohammed V à côté de la Tour Hassan, créant le grand ensemble monumental que vous pouvez visiter avec notre tour dédié. C'est aussi sous Hassan II que se développent les institutions modernes : université, parlement, ministères, justice. Rabat devient la capitale fonctionnelle d'un État moderne. Et puis, à partir des années 2000, sous le règne du roi actuel Mohammed VI, Rabat connaît un nouveau souffle. Le projet d'aménagement de la vallée du Bouregreg, lancé en 2006, transforme les rives du fleuve avec une marina, des pontons, des espaces verts, et de grands équipements culturels comme le Théâtre Mohammed VI dessiné par Zaha Hadid, ouvert en 2024, et le Musée Mohammed VI d'art moderne et contemporain, ouvert en 2014, le plus grand musée d'art contemporain d'Afrique. Le tramway, ouvert en 2011, relie Rabat à Salé en franchissant le pont Hassan II — qu'on voit depuis la kasbah des Oudayas. La gare Rabat-Agdal a été refaite pour accueillir le TGV marocain, l'Al-Boraq, en service depuis 2018. Et puis il y a la consécration de 2012. Cette année-là, l'UNESCO inscrit "Rabat, capitale moderne et ville historique" sur la liste du patrimoine mondial. C'est une distinction rare, parce qu'elle reconnaît à la fois la ville ancienne — médina, kasbah, Tour Hassan, Chellah — et la ville nouvelle de l'époque Lyautey, considérée comme l'un des plus beaux exemples d'urbanisme du XXe siècle. Peu de villes dans le monde ont obtenu cette double reconnaissance. Aujourd'hui, Rabat compte environ 600 000 habitants intra-muros, et environ 1,9 million dans son agglomération avec Salé et Témara. C'est une ville plus discrète que Casablanca, sa voisine économique. Plus modeste que Marrakech, sa rivale touristique. Plus austère que Tanger, sa cousine du Nord. Mais c'est aussi une ville d'une rare cohérence, où l'on lit dans le tissu urbain toutes les strates de l'histoire marocaine : phénicienne, romaine, almohade, mérinide, alaouite, coloniale, moderne. Une ville-livre. Voilà notre voyage à travers 2500 ans. La prochaine fois que vous marcherez dans la médina, regardez les pierres : elles ont vu passer Sala, Yacoub el-Mansour, les Moriscos, les corsaires, Moulay Ismaïl, Lyautey, Mohammed V, Hassan II. Elles vous regardent à votre tour. C'est le pacte secret de Rabat avec ses visiteurs. HelloMorocco vous propose quatre tours sur le terrain pour aller plus loin : la Tour Hassan et le Mausolée Mohammed V, pour le grand ensemble monumental ; la Kasbah des Oudayas, pour la forteresse sur l'océan ; la médina et son ancien Mellah, pour le Rabat populaire ; et la nécropole de Chellah, pour les ruines mérinides et romaines. Chaque tour vous fait revivre, sur place, les chapitres que vous venez d'entendre. Bonne visite, et à très bientôt.

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Durée
18 min
Distance
0 km
Difficulté
medium
Langues
FR