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L'histoire de Marrakech

·18 min·0 km
Marrakech a près de mille ans, et c'est une vie de capitale, presque sans interruption. Fondée en 1070 par les Almoravides, devenue le centre d'un empire qui s'étendait du Sénégal à l'Andalousie, elle a vu passer les Almohades et leur splendeur intellectuelle, le déclin sous les Mérinides, la renaissance saadienne d'Ahmed al-Mansour le Doré, le repli alaouite, le protectorat français, l'indépendance, et l'explosion touristique des cinquante dernières années. Ce tour audio sans déplacement, à écouter chez soi avant de partir ou tranquillement installé sur une terrasse, vous propose un récit chronologique de mille ans d'histoire en dix-huit minutes. Pas de coordonnées GPS à activer, pas de marche : juste un casque, un peu de temps, et l'envie d'aller plus loin.

Étapes du parcours (1)

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    Mille ans d'histoire de Marrakech

    Bienvenue dans cette visite Guide Audio HelloMorocco consacrée à l'histoire de Marrakech. Pendant les dix-huit minutes qui viennent, je vais vous raconter mille ans de la vie de cette ville extraordinaire, des Almoravides du XIe siècle jusqu'à la Marrakech d'aujourd'hui. C'est un tour sans déplacement : pas besoin de bouger, pas de coordonnées GPS à activer. Vous pouvez l'écouter dans votre lit avant de partir, dans un avion, sur une terrasse, ou en flânant tranquillement quelque part dans la médina. Installez-vous confortablement et laissez-vous guider. Pour bien comprendre Marrakech, il faut commencer par son nom. Marrakech, en berbère, vient probablement de Mur Akouch, ce qui signifie quelque chose comme "le pays de Dieu". Le nom du pays tout entier, le Maroc en français, vient de cette même Marrakech, déformée par les marchands italiens du Moyen Âge. C'est dire la centralité historique de cette ville : elle a donné son nom au royaume. Premier acte de notre histoire : la fondation, en 1070. Le Maroc d'alors n'est pas un royaume unifié. C'est une mosaïque de tribus berbères, parfois nomades, parfois sédentaires, divisées entre les plaines atlantiques, les montagnes de l'Atlas et les oasis du sud. Et puis, depuis le sud, depuis le Sahara mauritanien, surgit un mouvement religieux et militaire d'une violence et d'une foi extraordinaires : les Almoravides. Ce sont des Berbères Sanhaja, partis du désert sous l'impulsion d'un prédicateur nommé Abdallah ibn Yasin, qui veulent réformer un islam qu'ils jugent corrompu et imposer une orthodoxie sunnite stricte. Ils conquièrent le Maroc en quelques décennies. Le grand chef almoravide qui fonde Marrakech s'appelle Youssef ben Tachfine. C'est un homme du désert, ascétique, qui voyage à dos de chameau et préfère le pain dur de l'armée aux viandes des palais. En 1070, il choisit un emplacement stratégique au pied de l'Atlas, à mi-chemin entre la côte atlantique et les montagnes, sur un point d'eau alimenté par les rivières de l'Atlas et par les khettaras — ces canalisations souterraines berbères. Il y plante son camp militaire. Très vite, le camp devient ville. Sous Youssef ben Tachfine et son fils Ali ben Youssef, Marrakech devient en cinquante ans la capitale d'un empire qui s'étend des sables du Sénégal aux orangers d'Andalousie, en passant par la péninsule ibérique chrétienne qu'ils repoussent avec succès. C'est une ville fortifiée, avec ses remparts en pisé rouge encore visibles aujourd'hui. C'est une ville d'eau, irriguée, plantée de palmeraies. C'est une ville d'études, avec sa première grande mosquée, dite Ben Youssef, qui sera la matrice de toutes les mosquées almoravides du Maghreb. Mais l'empire almoravide ne tient pas. Après moins d'un siècle, en 1147, Marrakech est prise par une autre force venue cette fois des montagnes du Haut-Atlas : les Almohades, dirigés par Abd al-Mu'min, lui-même berbère mais d'une autre branche, les Masmouda. Les Almohades professent une lecture encore plus rigoureuse de l'islam, fondée par le réformateur Ibn Toumert. Ils détruisent une partie de Marrakech almoravide, rasent même la première mosquée mal orientée — c'est l'histoire que je vous raconte dans le tour Koutoubia —, et reconstruisent la ville à leur image. L'apogée almohade est l'un des grands moments du Maroc. Sous les califes Abd al-Mu'min, Abou Yacoub et surtout Yacoub al-Mansour à la fin du XIIe siècle, Marrakech devient l'une des plus grandes capitales du monde musulman. Le minaret de la Koutoubia, achevé vers 1199, est l'un des trois grands minarets jumeaux du monde almohade, avec la Tour Hassan de Rabat et la Giralda de Séville. La cour almohade attire les plus grands intellectuels de l'époque : le médecin et philosophe Averroès, qui sera médecin personnel du calife à Marrakech, son maître Ibn Tufayl, et de nombreux poètes et savants andalous. C'est l'une des grandes synthèses de la pensée islamique médiévale, qui circulera ensuite en Europe par les traductions latines et nourrira la scolastique de Saint Thomas d'Aquin et la pensée européenne du XIIIe siècle. Tout cela bascule au XIIIe siècle. L'empire almohade se fissure. En 1212, à la bataille de Las Navas de Tolosa, les armées almohades subissent une défaite catastrophique face aux royaumes chrétiens d'Espagne, ce qui amorce la perte de l'Andalousie. À la même période, des tribus berbères Zénètes des steppes du Maroc oriental, les Mérinides, descendent vers le sud et conquièrent une à une les villes du royaume. En 1269, ils prennent Marrakech. Et là, pour la première fois en deux siècles, Marrakech perd son rang. Les Mérinides choisissent Fès comme capitale. Marrakech devient une ville secondaire, encore prospère mais en retrait politique. Pendant tout le XIVe et le XVe siècle, c'est Fès qui rayonne, qui bâtit, qui enseigne. Marrakech vit doucement, ses palmeraies et ses jardins, ses caravanes et ses marchés, mais son temps héroïque semble passé. Renaissance, troisième acte, au XVIe siècle. Les Saadiens, je vous en ai parlé peut-être dans le tour El Badi : ce sont des chérifs venus du sud, des oasis du Souss et du Drâa. Ils prennent Marrakech en 1525 et en font leur capitale, redonnant à la ville son rang impérial. Ils repoussent les Portugais qui s'étaient installés sur les côtes atlantiques, et le grand sultan Ahmed al-Mansour, surnommé "le Doré" parce qu'il s'enrichit prodigieusement, règne de 1578 à 1603. Sous lui, Marrakech atteint un apogée matériel rarement égalé. L'enrichissement vient de trois sources. D'abord, le sucre marocain, cultivé dans le Souss et exporté en Europe à des prix d'or — on échange du marbre italien contre du sucre marocain, kilo pour kilo. Ensuite, les rançons de la bataille des Trois Rois en 1578, qui rapportent des fortunes au trésor saadien. Et enfin, l'expédition militaire d'Ahmed al-Mansour à Tombouctou en 1591, qui rapporte plusieurs tonnes d'or sahélien et le contrôle du commerce transsaharien. Cet argent, Ahmed al-Mansour le dépense en palais — El Badi, "l'Incomparable" —, en mausolée — les Tombeaux Saadiens —, en mosquées, en bibliothèques. Il accueille à sa cour les ambassadeurs d'Élisabeth Iʳᵉ d'Angleterre, échange des courriers avec Philippe II d'Espagne, négocie avec les Ottomans. Marrakech est alors l'une des dix grandes capitales du monde. Quatrième acte. Après la mort d'Ahmed al-Mansour de la peste en 1603, ses fils se déchirent dans une longue guerre de succession. La dynastie saadienne s'épuise. Une nouvelle famille de chérifs, venue cette fois du Tafilalet — le grand bassin oasien du sud-est —, monte au pouvoir. Ce sont les Alaouites, qui règnent encore aujourd'hui sur le Maroc. Le grand sultan alaouite, c'est Moulay Ismaïl, qui prend le pouvoir en 1672 et règne pendant cinquante-cinq ans. Mais Moulay Ismaïl déplace la capitale à Meknès. Et il démantèle El Badi pour bâtir son nouveau palais. Marrakech, à nouveau, perd son rang. Pendant les XVIIIe et XIXe siècles, Marrakech vit en demi-sommeil. Capitale d'une partie sud du royaume, elle abrite parfois le sultan en visite, mais Fès et Meknès sont les vraies capitales du pouvoir. La ville reste prospère grâce à son artisanat, ses caravanes transsahariennes, ses agrumes, son sucre. Elle est en partie reconstruite après plusieurs séismes et guerres locales. Mais elle s'endort doucement. Les voyageurs européens du XIXe siècle, quand ils arrivent à Marrakech, décrivent une ville encore impressionnante mais ramassée sur elle-même, méfiante envers l'étranger, lointaine. Cinquième acte, et bouleversement majeur : le Protectorat français, instauré en 1912 par le traité de Fès. Le Maroc devient officiellement protégé par la France pour sa partie centrale, et par l'Espagne pour ses bandes nord et sud. Le premier résident général français, le maréchal Lyautey, est une figure considérable. Catholique pratiquant, monarchiste, militaire colonial chevronné, il a une intuition rare pour son époque : il refuse de détruire la médina, de raser les vieux quartiers ou de moderniser le centre historique. Il décide au contraire de préserver intégralement la médina classique de Marrakech, et de bâtir, à côté, une ville nouvelle moderne, avec ses larges avenues, ses villas, ses jardins publics. C'est le quartier du Guéliz, qui existe encore aujourd'hui, où vous trouverez le Jardin Majorelle, les boulevards à la française, et les commerces internationaux. Ce choix, fait par Lyautey en 1912, explique pourquoi Marrakech est aujourd'hui l'une des médinas les mieux préservées du monde arabo-musulman. Sans cette décision, la modernisation du XXe siècle aurait probablement détruit ou défiguré une partie de la médina, comme cela s'est passé dans tant d'autres villes méditerranéennes. C'est l'un des paradoxes de la colonisation française au Maroc : elle a fait beaucoup de mal par ailleurs, mais elle a aussi sauvé un patrimoine que les Marocains, occupés à survivre, n'auraient peut-être pas eu les moyens de défendre seuls. Sixième et dernier acte : l'indépendance et la Marrakech moderne. Le Maroc devient indépendant en 1956 sous le règne du sultan Mohammed V, qui devient roi en 1957. Son fils Hassan II règne de 1961 à 1999, et son petit-fils Mohammed VI depuis 1999. Sous ces trois rois, Marrakech connaît un destin nouveau : celui d'une capitale touristique et culturelle internationale. Hassan II y ouvre dans les années 1960 et 1970 ses palais à des hôtes de marque — Winston Churchill venait y peindre dès les années 1930, et les Stones, les Beatles, Yves Saint Laurent, des dizaines d'artistes internationaux ont fait de Marrakech leur refuge. Mohammed VI, lui, transforme Marrakech en ville-phare du tourisme marocain : la palmeraie se couvre d'hôtels de luxe, les riads sont restaurés par centaines, le festival international du film s'installe en 2001, le Marrakech du Rire en 2011, les conférences internationales se multiplient — la COP22 en 2016, l'Assemblée générale du FMI et de la Banque mondiale en 2023. Et puis, le 8 septembre 2023, un événement qui a marqué la ville et le pays : le séisme d'Al-Haouz, magnitude 6,8, épicentre dans le Haut-Atlas à une soixantaine de kilomètres au sud-ouest de Marrakech. Bilan tragique pour les villages de montagne, plusieurs milliers de morts. À Marrakech même, la médina classée a relativement été épargnée — quelques fissures, quelques effondrements partiels, dont un minaret historique —, mais les pertes humaines en ville sont restées limitées. Les efforts de reconstruction du Haut-Atlas, dans les villages berbères qui ont été les plus touchés, sont en cours et vont durer des années. C'est aujourd'hui, et pour les années qui viennent, l'une des grandes priorités du royaume. Voilà mille ans d'histoire en dix-huit minutes. Une ville fondée par des nomades sahariens devenus bâtisseurs, illustrée par des califes lettrés, oubliée puis ressuscitée par des chérifs aventuriers, démantelée puis ranimée par des rois alaouites, sauvegardée par hasard sous le Protectorat, ouverte au monde par l'indépendance et le tourisme. Une ville de pisé rouge, de palmiers, de cuivre martelé, de zelliges, de muezzins, de mules, de mobylettes, de festivals et de souks. Une ville qui a survécu à toutes les modes parce qu'elle a une vraie profondeur, une vraie épaisseur historique, une vraie capacité à accueillir et à transformer ce qui lui arrive. Si ce récit vous a donné envie de descendre dans la médina avec un autre regard, HelloMorocco vous propose des tours guidés sur place : le tour Koutoubia et Jemaa El Fna pour le cœur historique, le tour Médina pour les souks et l'artisanat, le tour El Badi et les Tombeaux Saadiens pour la splendeur saadienne, le tour Bahia pour le luxe alaouite, le tour Medersa Ben Youssef pour l'enseignement coranique, et le tour Jardin Majorelle pour le Marrakech artistique du XXe siècle. À très bientôt, et bonne suite de voyage.

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Durée
18 min
Distance
0 km
Difficulté
medium
Langues
FR