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Quartier des Habous : médina du XXe siècle

·1h15·0.7 km
Le quartier des Habous, ou nouvelle médina de Casablanca, est l'une des plus singulières expériences urbaines du Maroc du XXe siècle. Construite dans les années 1920 et 1930 par les architectes français Auguste Cadet et Edmond Brion à la demande du général Lyautey, c'est une médina conçue de toutes pièces, qui imite la médina traditionnelle tout en intégrant les codes de l'urbanisme moderne. Rues piétonnes, arcades, fontaines, mosquée monumentale, mahkama : tout y est, mais tracé au cordeau. Ce parcours de 700 mètres en six étapes vous fait découvrir les pâtisseries Bennis, la mosquée Mohammed V, la Mahkama du Pacha, les souks d'artisanat, jusqu'au palais royal. Une promenade idéale pour qui veut comprendre le Casablanca des années Lyautey, à mi-chemin entre tradition et modernité.

Étapes du parcours (6)

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    Place du marché, entrée des Habous

    Vous voilà sur la place du marché, à l'entrée du quartier des Habous. Devant vous, un alignement d'arcades blanches court sur plusieurs centaines de mètres. Au sol, du pavé clair. Au-dessus, des balcons fleuris, parfois ornés de plaques en arabe et en français. Et en arrière-plan, les minarets discrets des mosquées du quartier. Bienvenue dans cette visite Guide Audio HelloMorocco. Pendant l'heure et quart qui vient, nous allons traverser ensemble le quartier des Habous, ce que les Casablancais appellent la nouvelle médina. Marchez à votre rythme, mes commentaires se déclenchent automatiquement à chaque étape, et le bouton 'Je suis arrivé' est là si le GPS vous joue un tour. Commençons par la grande surprise du quartier, parce qu'il faut la dire d'emblée : cette médina est récente. Elle a été construite à partir de 1916, et l'essentiel des rues que vous allez parcourir date des années 1920 et 1930. Comparez avec la médina de Marrakech, qui a près de mille ans, ou celle de Fès, qui en a douze cents : les Habous sont des nourrissons. Et pourtant, dès que vous y entrez, vous avez l'impression d'être dans une médina arabe traditionnelle. C'est exactement ce qui faisait l'ambition du projet. Pour comprendre pourquoi ce quartier existe, il faut remonter à 1912, l'année où la France établit son protectorat sur le Maroc. Le général Hubert Lyautey, premier résident général, est un militaire mais aussi un urbaniste passionné. Il a une idée fixe : ne pas répéter à Casablanca ce que la France a fait à Alger, où les autorités coloniales ont rasé une partie de la vieille ville pour ouvrir des boulevards à la française. Lyautey veut respecter le tissu marocain ancien, garder la médina, et construire la ville européenne à côté. C'est ce qu'il appelle l'urbanisme dual : deux villes côte à côte, l'ancienne et la moderne. Mais à Casablanca, il y a un problème : la médina existante est petite, et la population marocaine afflue avec l'industrialisation. Il faut loger ces nouveaux habitants. Plutôt que d'étendre la médina ancienne, Lyautey décide en 1916 de créer une médina entièrement nouvelle, ailleurs dans la ville, à environ deux kilomètres au sud-est du centre. Il confie le projet à deux architectes français : Auguste Cadet, urbaniste, et Edmond Brion, son associé. Un Français de Casablanca, Albert Laprade, contribue aux premiers plans, puis se retire. Cadet et Brion font un travail remarquable. Ils ne plaquent pas une grille moderne sur des façades arabes : ils étudient sérieusement l'architecture traditionnelle marocaine, font des relevés à Fès, à Tétouan, à Salé, et conçoivent des rues étroites mais ordonnées, des places ombragées, des fontaines, des mosquées, des hammams, des fondouks. Le quartier prend le nom de Habous, qui désigne en droit musulman les biens de mainmorte, c'est-à-dire les biens religieux inaliénables. C'est une appellation à la fois technique et symbolique : le quartier veut être inscrit dans le temps long de la tradition. Avançons maintenant dans une des rues commerçantes principales. Prenez la rue piétonne qui s'ouvre à votre gauche, en direction du nord-est, et marchez environ cent vingt mètres. Vous allez croiser des pâtisseries, des librairies et des boutiques de tissus.

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    Rues commerçantes, librairies et pâtisseries

    Vous êtes au cœur de la rue commerçante. À gauche, à droite, vous voyez des devantures de pâtisseries, de librairies, de tissus, de tapis, de tagines en céramique de Safi. C'est la grande artère du quartier, et c'est aussi le meilleur résumé de ce que les Habous ont voulu être : un souk traditionnel, mais ordonné, accessible, pratique. Pas de labyrinthe : on ne se perd pas aux Habous, ce qui, comparé à la médina de Fès ou de Marrakech, est presque dommage. Vous arrivez probablement à la pâtisserie Bennis. Si vous voyez une devanture en bois sombre avec, en lettrage doré, le mot Bennis, vous y êtes. C'est une institution casablancaise, fondée en 1930, qui fabrique encore aujourd'hui les pâtisseries marocaines à l'ancienne : cornes de gazelle, ghoriba aux amandes, fekkas, mhencha, briouates au miel. La file d'attente le vendredi, jour des grands gâteaux familiaux, peut être impressionnante. Si vous voulez faire l'expérience d'une pâtisserie marocaine authentique, c'est ici qu'il faut s'arrêter, pas dans les hôtels du centre. Levez maintenant les yeux et regardez les façades. Vous voyez l'écriture arabe en arabesques sur les enseignes, les portes en bois sculpté, les motifs en stuc autour des fenêtres. Tout cela est faux, au sens strict : ces décors ont été conçus dans les années 1930 par des architectes français qui imitaient la tradition. Mais c'est aussi vrai, parce qu'ils ont fait travailler les mêmes maâlems qui décoraient encore les médinas anciennes, et que ces maâlems ont mis les mêmes savoir-faire au service du projet. La frontière entre l'authentique et l'imité, ici, devient ténue. Vous croisez aussi peut-être une des grandes librairies arabophones du quartier. Les Habous sont depuis longtemps un haut lieu du livre arabe au Maroc : on y trouve des ouvrages religieux, des traités classiques, des dictionnaires, des manuels scolaires, mais aussi de la poésie contemporaine, du roman et des essais. Les librairies les plus anciennes existent depuis les années 1940 et 1950, et certaines sont tenues par les mêmes familles depuis trois générations. Si vous lisez l'arabe, c'est un paradis. Si vous ne le lisez pas, le simple fait d'observer les rayons, les calligraphies sur les couvertures, l'ambiance studieuse, vaut le détour. Avançons maintenant vers la mosquée Mohammed V, qui est tout près. Continuez sur la rue principale environ quatre-vingts mètres, vous allez voir un minaret blanc se dégager au-dessus des toits, c'est notre prochaine étape.

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    Mosquée Mohammed V

    Vous êtes maintenant devant la mosquée Mohammed V des Habous. Ne la confondez pas avec la grande mosquée Hassan II, qui est sur la côte, ni avec la place Mohammed V du centre Art Déco : ici, il s'agit d'une autre mosquée, plus modeste, qui porte simplement le nom du roi. Elle a été inaugurée en 1938, et c'est l'une des plus anciennes grandes mosquées de Casablanca. À l'époque, dans une ville où la population européenne et marocaine était sensiblement équilibrée, sa construction était un signal politique fort : un édifice religieux musulman monumental, financé en grande partie par la communauté marocaine, en plein cœur de la nouvelle médina. Architecturalement, la mosquée Mohammed V est un compromis intéressant. Elle reprend les codes classiques marocains : minaret carré, portails en arc outrepassé, zelliges polychromes, plâtre sculpté, bois cèdre du Moyen Atlas. Mais elle les adapte à une échelle plus moderne, avec des proportions un peu plus monumentales que dans les médinas anciennes, et des plans plus rationnels. Vous voyez son minaret, élancé, blanc, d'une cinquantaine de mètres de haut, qui domine tout le quartier. C'est lui qui sert de repère visuel principal aux Habous. L'intérieur est, comme toutes les grandes mosquées marocaines à part la Hassan II, fermé aux non-musulmans. Ne tentez pas d'entrer si vous ne l'êtes pas. Mais l'esplanade autour de la mosquée est libre d'accès, et vous pouvez tranquillement faire le tour pour observer l'architecture sous différents angles. Si vous êtes ici un vendredi à l'heure de la grande prière, à environ treize heures, vous verrez le quartier se vider de ses commerces et la mosquée se remplir de fidèles, parfois jusqu'à déborder sur la place. C'est un moment intense, qu'il convient d'observer à distance, sans photographier les personnes en prière, c'est une question de respect élémentaire. Petite note historique pour finir : la mosquée a été restaurée plusieurs fois, notamment dans les années 2000, dans le cadre d'un programme général de rénovation des Habous lancé par les autorités. Le quartier dans son ensemble est aujourd'hui classé patrimoine national. Avançons maintenant vers la Mahkama du Pacha, qui est juste à côté. Sortez de la place de la mosquée par la sortie sud-ouest, traversez une petite rue, et arrêtez-vous face à un long bâtiment blanc à arcades. C'est environ cent mètres.

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    Mahkama du Pacha

    Vous voilà face à la Mahkama du Pacha. Ce long bâtiment blanc, parfaitement aligné, surmonté d'une longue galerie d'arcades, est l'un des sommets architecturaux du quartier des Habous, et probablement l'un des plus beaux exemples d'architecture néo-marocaine des années 1940 dans tout le Maroc. Mahkama signifie tribunal en arabe, et le Pacha était le gouverneur de la ville. C'est donc à la fois un palais de justice musulman, un palais de réception et une résidence officielle. Le bâtiment a été construit entre 1942 et 1952 par l'architecte Auguste Cadet, le même qui avait dessiné les Habous vingt ans plus tôt. C'est en quelque sorte le projet d'une vie, son chef-d'œuvre. Cadet a voulu y synthétiser toutes les traditions de l'architecture palatiale marocaine : zelliges fassis, plâtre sculpté de Salé, bois peint de Tétouan, fontaines de Meknès. L'intérieur, que vous ne voyez pas d'ici, comporte soixante-quatre salles, dont une salle d'audience monumentale avec un plafond de bois cèdre couvert de calligraphies dorées, et une cour intérieure avec une fontaine en marbre blanc. Regardez la façade. Les arcades sont en arc outrepassé légèrement brisé, héritage de l'art mérinide du XIVe siècle. Au-dessus, vous voyez les fenêtres ornées de moucharabiehs en plâtre ajouré, qui filtrent la lumière et préservent l'intimité des intérieurs. Le portail principal, central, est encadré de deux pilastres décorés de zelliges polychromes : verts, bleus, jaunes, blancs. Et tout en haut, une frise de calligraphie cite des versets coraniques liés à la justice. La Mahkama est encore aujourd'hui un bâtiment officiel. Elle abrite des cérémonies de mariage civil, des audiences, des réceptions consulaires. L'intérieur peut se visiter sur certains créneaux, généralement le matin en semaine, sous condition d'autorisation. Si vous y êtes en visite individuelle, le mieux est d'admirer l'extérieur, faire le tour du bâtiment, et noter les ornements de chaque côté qui méritent un examen attentif. Petite anecdote architecturale : Auguste Cadet n'était pas musulman, et il avait fait venir, pour ce chantier, plus de deux cents maâlems de toutes les villes impériales, qu'il logeait sur place avec leurs familles pendant la durée des travaux. Il payait selon les normes traditionnelles, en prenant le temps que demandent les techniques anciennes — un panneau de zellige bien taillé peut demander plusieurs mois pour quelques mètres carrés. Le coût final a été bien supérieur aux prévisions initiales, mais le résultat est là, et la Mahkama est probablement le seul bâtiment marocain du XXe siècle qui rivalise réellement avec les palais saadiens et alaouites des grandes villes impériales. Continuons. La prochaine étape est dans la zone des souks d'artisanat, à environ cent vingt mètres. Repartez vers le nord-est, en gardant la Mahkama à votre droite, et engagez-vous dans la première rue qui s'ouvre à droite.

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    Souk des babouches et tapis

    Vous êtes maintenant dans la zone des souks d'artisanat des Habous. À gauche, à droite, vous voyez des étals de babouches en cuir, alignées par couleurs : jaune safran, bordeaux, vert, noir. Plus loin, des boutiques de tapis, avec des tapis berbères suspendus à la devanture, certains en laine épaisse, d'autres en kilim plus fin. Et entre les deux, des dinanderies, des poteries, des cuirs travaillés, des bois sculptés. Les babouches méritent qu'on s'y arrête une minute. Le mot vient du persan papuch, qui signifie chausse-pied. Au Maroc, on parle plutôt de balgha. La babouche traditionnelle est en cuir tanné, sans talon, sans coutures apparentes, et se distingue par sa pointe légèrement remontée. Les jaunes sont historiquement réservées aux hommes, dans une tradition qui remonte aux dynasties médiévales : c'est la couleur des notables, des oulémas, des juges. Les rouges et bordeaux étaient pour les femmes. Aujourd'hui, ces conventions se sont relâchées, mais les artisans les rappellent souvent quand vous demandez. Le tannage du cuir au Maroc est une tradition millénaire. Les peaux qui finissent en babouches dans les boutiques des Habous viennent généralement des tanneries de Fès, où on les traite encore à l'ancienne, dans des cuves de pierre, avec des décoctions naturelles : fientes de pigeon, eau de chaux, racines, écorces. Chaque couleur correspond à une teinture végétale ou minérale. Le procédé peut prendre plusieurs semaines pour une seule peau. Côté tapis, vous voyez probablement deux grandes familles. Les tapis berbères, à dominante laine épaisse et motifs géométriques abstraits, viennent du Moyen et du Haut Atlas, des tribus Beni Ouarain, Boujad, ou Azilal. Les tapis citadins, plus fins, à motifs floraux ou à arabesques, sont issus des grandes villes impériales, Rabat, Fès, Mediouna. Les prix varient énormément selon la finesse, la qualité de la laine, l'âge et la pièce. Si vous achetez, sachez que la négociation est attendue : démarrez à environ moitié du prix annoncé, et trouvez un compromis. Une petite recommandation : aux Habous, contrairement aux médinas plus touristiques, le rapport vendeur-acheteur est généralement détendu. Les commerçants sont moins agressifs qu'à Marrakech ou Fès, et beaucoup parlent un excellent français. Vous pouvez prendre le temps, refuser une pièce, en regarder dix autres. C'est un bon endroit pour faire ses gammes en matière d'achat artisanal au Maroc. Continuons vers la dernière étape. Sortez du souk en revenant vers la rue principale, puis tournez à droite et continuez environ cent vingt mètres en direction du sud. Vous allez voir s'ouvrir une grande place et, en arrière-plan, la longue façade ocre du palais royal.

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    Place du palais royal et sortie

    Vous êtes sur la grande place qui borde, au sud, le palais royal de Casablanca. Devant vous, une longue façade ocre, scandée de portails monumentaux, de fenêtres en arc outrepassé et de tuiles vertes vernissées. À l'entrée principale, vous voyez probablement la garde royale en uniforme rouge et vert, qui veille en permanence. C'est la résidence casablancaise du souverain, l'une des nombreuses résidences que possède la couronne marocaine à travers le pays. Le palais a été commencé dans les années 1920, en même temps que le quartier des Habous, mais il a été considérablement étendu et transformé au fil des décennies. Il sert pour les séjours du roi à Casablanca, pour les réceptions officielles, et pour les grandes cérémonies religieuses comme la fête du Trône ou l'anniversaire du prophète. Le quartier des Habous lui doit en partie son existence : Lyautey a voulu, dès le départ, que la nouvelle médina soit pensée autour d'une dimension royale et religieuse, pas seulement comme un quartier résidentiel. Architecturalement, la façade reprend tous les codes du palais marocain classique. Vous voyez les portails encadrés de stucs sculptés, les chaînages en pierre claire, les frises de zelliges. Le tout est aligné sur une logique strictement axiale, avec une porte centrale plus haute que les autres, qui marque l'entrée d'apparat. Quand le roi est en résidence à Casablanca, le drapeau marocain est hissé en haut de la façade. Sinon, il est descendu. Quelques règles à respecter ici : vous pouvez photographier la façade depuis la place, c'est admis. Mais ne photographiez pas les gardes individuellement, et ne tentez pas de vous approcher du portail au-delà des limites signalées au sol. La garde est polie mais ferme, et vous risquez d'être éconduit, voire interpellé si vous insistez. Maintenez-vous à distance respectueuse. Vous arrivez au terme de notre visite des Habous. En une heure et un quart et environ sept cents mètres, vous avez parcouru une médina conçue de toutes pièces dans les années 1920 et 1930, avec ses pâtisseries, sa mosquée, sa Mahkama, ses souks et son palais royal. Vous avez vu comment Lyautey, Cadet et Brion ont voulu prolonger une tradition millénaire avec les outils d'une époque coloniale, et comment ce projet hybride, paradoxal, est devenu pourtant l'un des quartiers les plus aimés des Casablancais. À vous, maintenant, de poursuivre. HelloMorocco vous propose d'autres tours, dans la médina ancienne, sur la côte, ou au cœur du Casablanca Art Déco. À très bientôt.

Infos rapides

Durée
1h15
Distance
0.7 km
Difficulté
medium
Langues
FR