Nécropole de Chellah : ruines mérinides et romaines
Étapes du parcours (6)
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La porte mérinide
Vous voilà devant la porte mérinide de Chellah. Levez les yeux. Devant vous se dresse l'une des plus belles portes médiévales du Maroc : un grand arc en fer à cheval encadré par deux tours octogonales en pierre ocre rouge, sommé de créneaux pointus, surmonté d'un large mâchicoulis sculpté de palmes et de calligraphies. La porte est si finement décorée qu'on l'a parfois prise pour celle d'un palais plutôt que d'une nécropole. Et c'est précisément l'effet voulu : entrer ici, c'est franchir le seuil entre le monde des vivants et le monde des morts. Bienvenue dans cette visite Guide Audio HelloMorocco consacrée à Chellah, le site le plus émouvant de Rabat. Pendant une heure et demie, nous allons traverser ensemble 2000 ans d'histoire : un comptoir phénicien, une cité romaine, une nécropole royale, des jardins paisibles habités par les cigognes. Marchez à votre rythme, mes commentaires se déclenchent automatiquement à chaque étape. Si le GPS hésite, ce qui est rare ici car le site est à ciel ouvert, vous pouvez toujours appuyer sur le bouton "Je suis arrivé". Commençons par la porte. Elle a été construite en 1339 par le sultan mérinide Abou al-Hassan, surnommé le Sultan Noir — un surnom qui ne désigne pas sa couleur de peau mais le fait qu'il était fils d'une concubine éthiopienne. Abou al-Hassan est l'un des plus grands sultans mérinides : il a unifié le Maghreb sous sa houlette, conquis Tlemcen, Tunis, et faillit conquérir l'Andalousie avant d'être défait à la bataille du Salado en 1340. C'est aussi un grand bâtisseur : on lui doit cette porte, plusieurs medersas à Fès, et la nécropole royale dans laquelle vous allez entrer. Regardez de près la sculpture. La pierre est calcaire, plus tendre que le grès des grands minarets almohades, ce qui a permis aux artisans de tailler des reliefs très fins. Vous voyez les palmes, les coquilles, les fleurs à six pétales, les inscriptions calligraphiques en arabe coufique fleuri. Tout en haut de l'arc, vous distinguez des médaillons hexagonaux gravés de versets du Coran. Sur les côtés, des frises courent en bandeau le long des tours. Vous êtes face à un manifeste d'art mérinide à son apogée. Petite particularité architecturale : les deux tours octogonales qui encadrent la porte. Cette forme à huit pans est rare au Maroc, on la trouve plutôt en Egypte et en Syrie à la même époque. Cela témoigne des contacts culturels intenses entre les Mérinides et le monde mamelouk d'Orient. Les architectes voyageaient, et les chefs-d'œuvre se répondaient à des milliers de kilomètres. Au-dessus de la porte, vous voyez la chambre de garde avec ses petites fenêtres carrées : il s'agissait de loger les soldats qui contrôlaient l'accès à la nécropole. Car oui, ce site était fortifié, malgré sa fonction funéraire : les remparts ocre rouge qui s'étendent de part et d'autre de la porte font une boucle de plus d'un kilomètre tout autour du site, parfaitement préservés. Franchissons maintenant cette porte. Avancez sous l'arche, et vous allez déboucher sur un sentier en pente douce qui descend vers le cœur du site. Mais avant, arrêtez-vous à 50 mètres pour découvrir les ruines romaines. C'est juste là.
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Les ruines romaines de Sala Colonia
Vous voilà au cœur des ruines romaines de Sala Colonia. Tournez sur vous-même. Vous êtes entouré de vestiges : des colonnes corinthiennes brisées, des dalles taillées formant un sol cohérent, des bases de murs en grand appareil, parfois un chapiteau intact posé au sol. Tout est en pierre calcaire claire, beaucoup plus pâle que les remparts mérinides ocre rouge. Et ces deux couleurs racontent à elles seules l'histoire stratifiée du site : la pierre claire, c'est Rome ; la pierre rouge, c'est l'Islam médiéval. Sala est l'un des plus anciens sites occupés du Maroc. Fondée probablement par les Phéniciens vers le VIIe siècle avant notre ère comme comptoir commercial, elle devient une cité berbère mauritanienne, puis passe sous administration romaine au Ier siècle après Jésus-Christ. Sous le règne de l'empereur Auguste et de ses successeurs, Sala devient Sala Colonia, le poste avancé le plus méridional de la province de Maurétanie Tingitane. Sa population atteint probablement 5000 à 8000 habitants, ce qui en faisait une ville moyenne mais riche, bien intégrée dans le réseau commercial méditerranéen. Regardez le sol. Vous distinguez les grandes dalles du decumanus, c'est-à-dire l'axe est-ouest principal de la ville, qui est aussi la grand-rue commerçante. À votre gauche, ces fondations rectangulaires correspondent au forum, le grand espace civique où l'on tenait les assemblées et le marché. Plus loin, vous distinguez les bases d'un temple, peut-être dédié à Jupiter, peut-être à une divinité locale syncrétisée. À droite, les vestiges plus modestes étaient des thermes — il y avait des bains publics chauffés par hypocauste, comme dans toutes les villes romaines. Particularité de Sala : la ville était l'une des dernières grandes étapes de l'empire avant le désert. Au-delà, vers le sud, il n'y avait quasiment plus de ville romaine. Sala était un poste-frontière, doublé d'un comptoir commercial. On y exportait les produits du Maghreb — huile d'olive, blé, sel, cuir, ivoire africain remonté par les caravanes — vers Rome, et on en importait du vin, des céramiques, du verre. Quelques mosaïques bien préservées ont été retrouvées dans les fouilles, certaines visibles aujourd'hui au Musée d'Histoire et des Civilisations à Rabat. Sala a été abandonnée au IIIe ou IVe siècle, dans le contexte du repli de l'empire romain en Afrique du Nord. Pendant huit siècles, le site est resté en ruines, livré aux herbes et aux pluies de l'Atlantique. Puis, au XIIIe siècle, les Mérinides ont compris la valeur du lieu et ont décidé d'y bâtir leur nécropole royale. Ils ne l'ont pas dégagé : ils ont superposé leur architecture aux ruines romaines existantes, créant cette stratigraphie unique que vous lisez sous vos pieds. Petit détail amusant : le nom de la ville. Sala en latin a donné Salé en français, qui désigne aujourd'hui la ville sœur de Rabat située de l'autre côté du Bouregreg. Donc le nom Salé, qu'on entend tous les jours à Rabat, est en réalité le nom d'une ville romaine disparue il y a 1700 ans. La toponymie a une mémoire plus longue que les hommes. Continuons. Avancez sur le sentier qui descend encore sur 60 mètres en direction d'un grand minaret habité par des cigognes, que vous voyez se dresser au cœur du site. C'est notre prochaine étape.
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Mosquée mérinide en ruines et minaret aux cigognes
Vous voilà au pied du minaret mérinide. Levez les yeux. Vous avez devant vous une tour carrée en pierre ocre rouge, qui s'élève à environ 25 mètres de hauteur. Elle est décorée des mêmes motifs sebka — ces réseaux de losanges entrelacés — que la Tour Hassan ou la Koutoubia, mais à plus petite échelle, et avec une finesse mérinide caractéristique : des frises de céramique vert et turquoise, des inscriptions calligraphiques bien lisibles, des arcs polylobés. Et tout en haut, regardez bien : un grand nid de cigognes posé en plein milieu, occupé pendant la saison de nidification. Il y en a souvent deux, parfois trois, sur le minaret seul. Tournez-vous maintenant vers le sol. Devant vous s'étend ce qui reste de la mosquée mérinide, contemporaine du minaret, c'est-à-dire des années 1330. Vous voyez les bases des murs, les rangées de colonnes brisées qui marquent l'emplacement de la salle de prière, et tout au fond, dans le mur sud-est, un creux semi-circulaire, finement décoré : c'est le mihrab, la niche qui indique la direction de La Mecque. Un mihrab est l'élément le plus sacré d'une mosquée, et celui-ci a beau être en ruines, il garde toute sa solennité. Cette mosquée funéraire faisait partie d'un complexe plus vaste comprenant aussi une medersa — une école coranique — dont vous devinez les vestiges plus à droite, autour d'une cour à bassin central. À l'origine, ce complexe abritait quelques dizaines d'étudiants en théologie, qui priaient et étudiaient sous la garde des sépultures royales mérinides. C'est-à-dire qu'on ne se contentait pas d'enterrer les sultans : on leur installait un personnel spirituel permanent, qui priait pour leur âme. Maintenant, parlons des cigognes, qui sont le grand spectacle visuel de Chellah. Levez encore les yeux. Vous remarquerez des nids un peu partout, sur le minaret bien sûr, mais aussi sur les remparts, sur les murs en ruines, sur les arcs. Pendant la saison de nidification, qui s'étend de mars à juin, il peut y avoir entre 50 et 100 cigognes installées sur le site simultanément. C'est une concentration exceptionnelle au Maroc. Pourquoi ici, et pas ailleurs ? D'abord, parce que le site est protégé et calme, sans circulation. Ensuite, parce que les vieilles pierres en hauteur offrent des assises idéales pour les nids. Enfin, parce que la cigogne est, dans la culture marocaine traditionnelle, un oiseau sacré qu'on ne dérange jamais. On dit qu'elle porte chance, qu'elle est l'âme d'un saint homme métamorphosé, et il existe même un code de droit coutumier punissant celui qui tue une cigogne. Le résultat, après des siècles de protection populaire, est cette colonie spectaculaire que vous voyez. Si vous avez de la chance, vous assisterez peut-être au claquement de bec entre deux cigognes adultes : c'est ainsi qu'elles communiquent — elles ne chantent pas, elles claquent. Le bruit ressemble à des castagnettes lointaines, ou à un chapelet qu'on égraine. C'est l'un des sons emblématiques de Chellah. Détail technique pour les amateurs d'oiseaux : ce sont des cigognes blanches, Ciconia ciconia, l'espèce la plus commune en Europe. Beaucoup migrent l'hiver vers l'Afrique subsaharienne en passant par le détroit de Gibraltar, mais une partie reste à l'année au Maroc, profitant du climat doux. Si vous venez en hiver, vous en verrez moins, mais quelques résidentes seront probablement là. Continuons. Avancez sur la gauche en direction d'un alignement de tombes basses, à environ 30 mètres. C'est notre prochaine étape : les tombeaux royaux mérinides.
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Les tombeaux royaux mérinides
Vous voilà devant les tombeaux royaux mérinides. Approchez-vous des sarcophages. Vous voyez deux grandes pierres tombales horizontales, finement sculptées, alignées côte à côte sur une plate-forme légèrement surélevée. La plus imposante, celle qui se trouve à votre droite, porte une longue inscription calligraphique courant tout autour : c'est le tombeau du sultan Abou al-Hassan, le Sultan Noir, mort en 1351. Celle qui est à côté, légèrement plus petite mais d'une finesse égale, est celui de son épouse préférée, Chams ed-Douna — son nom signifie "Soleil de l'Aube". L'histoire de ces deux tombes est l'une des plus belles du Maroc médiéval. Abou al-Hassan, comme je vous le disais à la première étape, fut l'un des sultans mérinides les plus puissants. Il rêvait d'unifier le Maghreb sous sa houlette et a presque réussi : il a conquis Tlemcen en 1337, Tunis en 1347. Mais il a aussi connu la grande défaite de Tarifa en 1340, qui a mis fin à toute ambition d'expansion en Andalousie. Sa fin a été tragique : trahi par son propre fils, Abou Inan, qui s'est emparé du trône en 1351, il est mort en exil dans les montagnes du Haut Atlas, après avoir tenté de reconquérir son pouvoir. Il a demandé à être enterré ici, à Chellah, à côté de Chams ed-Douna, qui était morte avant lui. Vous voyez : il avait fait construire la nécropole de Chellah à l'origine pour sa femme. Le complexe royal, avec sa porte monumentale, son minaret, sa mosquée et sa medersa, est en réalité un mausolée d'amour. Toute cette architecture, c'est une tombe agrandie, augmentée, sublimée, pour que la sultane bien-aimée repose dans la magnificence. Approchez-vous encore et regardez les inscriptions sur le sarcophage du sultan. Calligraphie cursive thuluthi, gravée en relief, citant des versets du Coran et des poèmes funéraires. À l'origine, ces inscriptions étaient peintes en bleu et or, comme l'attestent quelques traces encore visibles avec un œil expert. Il y avait aussi un dais de pierre et une coupole au-dessus, écroulés au fil des siècles. Sur la tombe de Chams ed-Douna, les motifs sont différents : des arabesques florales, des palmes, des étoiles à six branches. La sultane était d'origine européenne, parfois identifiée comme une princesse castillane chrétienne convertie à l'Islam — mais cette identification est contestée par les historiens modernes. Ce qu'on sait, c'est qu'Abou al-Hassan en était passionnément amoureux, ce qui était assez rare pour les sultans de l'époque, qui avaient tous des dizaines d'épouses et de concubines. D'autres tombes mérinides parsèment le site, plus modestes, sans inscription identifiable pour la plupart. On y trouvait probablement des princes, des hauts fonctionnaires, des religieux proches de la cour. La nécropole de Chellah a fonctionné comme cimetière royal de 1339 jusqu'au déclin mérinide à la fin du XVe siècle, soit environ 150 ans de fastes funéraires. Après quoi, elle a été abandonnée, comme l'avait été Sala Colonia 1200 ans plus tôt — la même histoire d'oubli répétée. Aujourd'hui, ces sarcophages sont protégés par une simple barrière, mais leur émotion est intacte. Beaucoup de visiteurs marocains viennent s'y recueillir : ce ne sont pas que des pierres antiques, ce sont des sépultures de souverains, traitées comme telles dans la culture locale. Continuons. Le bassin aux anguilles sacrées se trouve à environ 60 mètres en contrebas, vers le fond du site. Suivez le sentier qui descend vers la cuvette.
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Le bassin aux anguilles sacrées
Vous voilà devant le bassin aux anguilles sacrées. Approchez-vous du bord et regardez. Devant vous, un bassin rectangulaire d'une dizaine de mètres de long, taillé dans la pierre, alimenté par une source qui coule en permanence. L'eau est verdâtre, partiellement recouverte de mousse et de feuilles tombées, mais légèrement transparente près de la surface. Et si vous regardez attentivement, vous verrez peut-être glisser, lentes et silencieuses, des anguilles longues parfois de plus d'un mètre. Elles sont là, au fond, à l'ombre des roseaux et des palmiers qui poussent autour du bassin. Ce lieu est l'un des plus chargés en mystère de tout le site. Les anguilles vivent ici depuis la nuit des temps, alimentées par la source d'eau douce, sans qu'on sache exactement comment elles sont arrivées dans un bassin si éloigné de tout cours d'eau. Certaines hypothèses suggèrent qu'elles seraient des descendantes d'anguilles jadis introduites par les Romains pour leur consommation, et qui se seraient maintenues sans interruption pendant 2000 ans. D'autres pensent à un peuplement plus tardif, peut-être mérinide. Les zoologues sont prudents, les historiens hésitent, et le mystère demeure entier. Ce qui est sûr, c'est qu'au moins depuis le XVIe siècle, les anguilles de Chellah sont considérées comme sacrées par la population locale. La légende veut qu'elles soient les descendantes d'un saint homme transformé, ou qu'elles soient placées là par les djinns comme gardiennes du lieu. Et autour de cette croyance s'est développée une pratique très particulière : les femmes qui souhaitent un enfant viennent ici, prient au bord du bassin, et lancent un œuf dur dans l'eau, espérant que les anguilles le mangent — signe que leur prière de fertilité a été entendue. Vous verrez peut-être aujourd'hui des coquilles d'œufs flotter à la surface, ou des fidèles en train de jeter discrètement leur offrande. C'est une pratique populaire qui mêle Islam, fertilité et magie animiste — un syncrétisme typiquement marocain. Le site n'est officiellement pas un lieu de culte musulman, mais sa charge spirituelle est réelle. Beaucoup de visiteurs, même touristes, s'y arrêtent un long moment, fascinés. Au-delà des anguilles, le bassin lui-même est intéressant. Il est probablement contemporain de la mosquée mérinide, donc des années 1330, et il a été aménagé pour exploiter une source naturelle qui jaillit du sol depuis l'Antiquité. Cette eau alimentait les ablutions de la mosquée, mais aussi le complexe religieux dans son ensemble. Les Romains, eux aussi, exploitaient probablement déjà cette source pour leurs thermes — une autre couche de l'histoire stratifiée du site. L'atmosphère ici est singulière. Le fond du site, en cuvette, concentre l'humidité et la chaleur, ce qui explique la végétation luxuriante : palmiers, figuiers, lauriers-roses, roseaux, bougainvillées. C'est presque une oasis miniature au cœur des ruines. À la fin du jour, quand le soleil rasant filtre à travers les feuillages et que les cigognes commencent à rentrer dans leurs nids, l'endroit prend une lumière qu'aucun mot ne rend. Les Marocains appellent ce moment l'asr, c'est-à-dire l'heure de la prière de l'après-midi tardif. Si vous le pouvez, ne quittez pas Chellah avant. Continuons. Remontons vers la sortie en passant par les jardins en terrasses. Empruntez le sentier qui remonte, à environ 80 mètres de marche.
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Jardins en terrasses et conclusion
Vous voilà au point haut des jardins en terrasses, et probablement le plus beau panorama du site. Tournez sur vous-même. À vos pieds, descendant vers le fond de la cuvette, des terrasses successives plantées de citronniers, oliviers, figuiers, lauriers-roses et bougainvillées. Au centre, le minaret aux cigognes se dresse dans la lumière. À droite, les ruines romaines de Sala Colonia. À gauche, les sarcophages mérinides. Et au-delà, les remparts ocre rouge dessinent un grand quadrilatère qui enserre tout l'ensemble. C'est le Chellah dans toute sa stratigraphie : 2000 ans d'histoire en un seul regard. Avant de conclure ce tour, je voudrais vous parler de l'actualité du site, qui a longtemps été menacée. Chellah a été partiellement fermé au public à plusieurs reprises au XXIe siècle, à cause de problèmes structurels, d'effondrements de pierres, de besoins de fouilles archéologiques. La restauration la plus récente, lancée en 2019, a été menée pendant cinq ans par le ministère marocain de la Culture, avec l'appui de l'UNESCO. Le site a rouvert au public en 2024, dans une version consolidée, sécurisée, mais toujours fidèle à son atmosphère sauvage et stratifiée. Ce que vous avez vu aujourd'hui est donc à la fois le Chellah d'hier et le Chellah préservé pour demain. Et puis, il y a le festival. Chaque année, généralement en septembre, Chellah accueille le Festival Jazz au Chellah, créé en 1996 sous le patronage de l'Union européenne et du ministère de la Culture marocain. C'est l'un des festivals de musique les plus singuliers d'Afrique du Nord : pendant cinq soirées, des musiciens de jazz européens jouent en duo avec des musiciens traditionnels marocains, sur une scène dressée au cœur des ruines, avec le minaret aux cigognes en arrière-plan. Le public, assis sur des chaises pliantes parmi les pierres millénaires, vit une expérience que peu d'autres lieux au monde peuvent offrir. Si votre voyage à Rabat tombe en septembre, ne ratez pas cela. Quelques mots sur la philosophie du site, pour conclure. Chellah n'est pas un musée à proprement parler. Ce n'est pas un parc archéologique aseptisé. C'est un lieu vivant, où la nature a repris ses droits sur les pierres, où les cigognes nichent, où les anguilles glissent, où les visiteurs marchent en silence parmi les vestiges. Il y a quelque chose ici qu'aucun musée ne peut donner : le sentiment du temps qui passe, qui détruit, qui transforme, et qui finit par embellir. Le poète marocain Abdellatif Laâbi a écrit des pages magnifiques sur Chellah, sur cette beauté de l'inachèvement. Si vous avez l'occasion de lire son œuvre en rentrant, vous comprendrez encore mieux ce que vous avez vu. Vous arrivez au terme de notre visite. En une heure et demie et 500 mètres, vous avez traversé Sala Colonia, la nécropole d'Abou al-Hassan, les nids des cigognes, les anguilles sacrées, et les jardins. Vous avez vu un Maroc qui s'écrit à plusieurs couches : phénicien, romain, mérinide, contemporain. Et vous avez peut-être senti, à un moment, ce qui rend ce site si singulier : la sensation que l'histoire ici n'est pas figée, mais qu'elle continue de respirer. HelloMorocco vous propose d'autres tours de Rabat : la Tour Hassan et le Mausolée Mohammed V, la Kasbah des Oudayas, ou la médina populaire. Et pour replacer tout cela dans une histoire continue, n'hésitez pas à écouter notre tour "L'histoire de Rabat", un récit de fauteuil sans déplacement. À très bientôt.