CultureCasablanca

Casablanca Art Déco : centre-ville d'une métropole moderne

·1h30·1 km
Casablanca est, sans exagération, l'une des trois capitales mondiales de l'Art Déco, aux côtés de Miami et de Mumbai. Pendant le protectorat français, entre 1920 et 1940, la ville s'est couverte d'immeubles, de cinémas, de cafés et de bâtiments officiels qui composent encore aujourd'hui le plus bel ensemble Art Déco d'Afrique. Ce parcours d'un kilomètre en sept étapes vous emmène du cœur monumental de la place Mohammed V à la Bank Al-Maghrib, à la Wilaya, à la Cathédrale du Sacré-Cœur, au marché central, jusqu'au cinéma Rialto. Au passage, vous croiserez les grandes signatures architecturales du XXe siècle marocain : Marius Boyer, Paul Tournon, Joseph Marrast, et la lente patine d'une ville qui se redécouvre. Idéal en début de matinée, pour la lumière douce sur les façades.

Étapes du parcours (7)

  1. 1

    Place Mohammed V

    Vous voilà sur la place Mohammed V, le cœur monumental du Casablanca du XXe siècle. Devant vous, une grande place rectangulaire, structurée par une fontaine centrale, des palmiers, et bordée par quatre monuments majeurs : le palais de justice, la préfecture qu'on appelle aussi la Wilaya, l'ancien consulat de France, et la Bank Al-Maghrib. C'est l'ensemble urbain le plus cohérent du Casablanca colonial, et l'un des plus impressionnants du Maroc moderne. Bienvenue dans cette visite Guide Audio HelloMorocco. Pendant l'heure et demie qui vient, nous allons traverser ensemble le centre-ville Art Déco de Casablanca, l'un des trois grands ensembles Art Déco mondiaux avec Miami et Mumbai. Marchez à votre rythme, mes commentaires se déclenchent automatiquement à chaque étape, et le bouton 'Je suis arrivé' est là si le GPS faiblit. Commençons par cette place, qui a porté plusieurs noms. À sa création dans les années 1920, on l'appelle place Lyautey, du nom du résident général qui en a voulu la conception. À l'indépendance de 1956, elle est rebaptisée place des Nations Unies pendant un temps, puis place Mohammed V en hommage au sultan devenu roi. Aujourd'hui, attention : il existe deux places à Casablanca avec ces noms successifs. La place Mohammed V actuelle est ici. La place des Nations Unies actuelle est plus au nord, près de la médina ancienne, c'est elle dont nous parlons dans nos autres tours. L'urbanisme de la place est emblématique de la doctrine de Lyautey. Souvenez-vous : Lyautey, premier résident général du protectorat à partir de 1912, voulait construire la ville européenne séparée de la médina, sans toucher au tissu marocain ancien. Il s'entoure d'urbanistes et d'architectes français de premier plan, et c'est Henri Prost qui dessine en 1917 le plan d'aménagement de Casablanca. Prost est un disciple de Tony Garnier, l'architecte de la Cité industrielle, et un ami d'Alphonse Juin. Il pense la ville en grandes percées rectilignes, avec des places monumentales, des avenues plantées, des parcs. La place Lyautey, l'actuelle place Mohammed V, est le premier morceau de cette vision. Levez la tête. Vous voyez les quatre bâtiments qui encadrent la place, tous construits entre 1920 et 1937. Ils ne sont pas tous Art Déco au sens strict : on parle plutôt d'un mélange entre le style néo-classique français, les codes monumentaux des palais coloniaux, et les ornements Art Déco des années 1930. C'est ce mélange qu'on appelle, à Casablanca, le style néo-mauresque ou Art Déco mauresque. Vous reconnaissez les façades blanches, les frises géométriques, les arcs en plein cintre ou outrepassés, les détails en zelliges polychromes intégrés dans la pierre. La fontaine centrale est plus récente, datant des années 1980. Elle est devenue le grand point de rendez-vous de la jeunesse casablancaise : chaque soir, des familles, des étudiants, des touristes y viennent profiter des jeux d'eau. C'est là, plus que dans les boulevards alentour, que la place vit aujourd'hui. Avançons maintenant vers la Bank Al-Maghrib, l'un des bâtiments les plus emblématiques. Marchez environ cent vingt mètres en direction du sud-est, sur le côté est de la place. La façade colonnée est inratable.

  2. 2

    Bank Al-Maghrib

    Vous voilà devant la Bank Al-Maghrib, la banque centrale du royaume. Sa façade, longue, blanche, scandée par une imposante colonnade ionique, dégage une autorité tranquille. C'est l'une des constructions les plus solennelles de la place, et son histoire est intimement liée à l'essor de Casablanca comme capitale économique du Maroc. Le bâtiment a été construit en 1937, à la fin de la grande période d'urbanisation lyautéenne. L'architecte est Edmond Brion, le même qui a co-conçu, vingt ans plus tôt, le quartier des Habous. C'est un homme à double facette : capable de dessiner une médina néo-traditionnelle aux Habous, et un palais bancaire néo-classique ici. Cette plasticité, ce refus de s'enfermer dans un style, est très caractéristique des architectes du protectorat français au Maroc. L'institution elle-même, la Banque d'État du Maroc à l'origine, devenue Bank Al-Maghrib en 1959 après l'indépendance, est plus ancienne. Créée en 1907 par les puissances européennes pour gérer la dette extérieure du sultanat marocain, elle a été l'un des leviers de la pénétration économique européenne, qui a abouti au protectorat en 1912. Le bâtiment de la place Mohammed V est son siège historique, même si la banque centrale a aujourd'hui son siège opérationnel à Rabat. Regardez la façade en détail. Les colonnes, en marbre clair, supportent un fronton triangulaire orné en bas-relief de motifs allégoriques : le travail, le commerce, l'agriculture, la justice. Au sommet, des statues symboliques. Les portes monumentales sont en bronze, finement ciselées. C'est un classicisme français, presque parisien, avec des touches Art Déco visibles dans les motifs géométriques des grilles et des balustrades. L'intérieur du bâtiment ne se visite pas, c'est une institution active. Mais à certaines occasions exceptionnelles, comme les Journées du Patrimoine européennes, des visites guidées sont organisées par la banque. Vous y verrez alors les grands halls, les coffres anciens, les bureaux Art Déco intacts, et la salle des conseils où, à plusieurs reprises, l'histoire monétaire du Maroc s'est jouée. Avant qu'on n'avance, prenez le temps d'observer le contraste. Devant vous, la Bank Al-Maghrib, façade européenne, néo-classique. À votre gauche, sur l'autre côté de la place, des bâtiments où le style mauresque est plus présent. Ce contraste est volontaire. Lyautey et Prost voulaient une ville où les deux registres dialoguent : la modernité européenne pour les institutions, le décor marocain pour souligner que tout cela se passe au Maroc, pas en métropole. Idéologie coloniale ambivalente, dont les fruits architecturaux sont, eux, indéniables. Avançons maintenant vers la Wilaya, le bâtiment voisin sur votre gauche. C'est environ quatre-vingts mètres : marchez le long de la façade jusqu'au prochain grand portail.

  3. 3

    Wilaya / Préfecture

    Vous êtes devant la Wilaya, qu'on appelle aussi Préfecture. C'est le siège du gouverneur de la région, qu'on appelle wali. Le bâtiment est facilement reconnaissable à sa haute tour de l'horloge, qui rappelle les beffrois flamands transposés au climat marocain. La Wilaya a été construite en 1928 par l'architecte Marius Boyer, l'un des plus grands noms de l'architecture casablancaise du XXe siècle. Boyer, né en 1885 à Aix-en-Provence, arrive au Maroc en 1919 et y travaille pendant trente ans. On lui doit une grande partie du Casablanca Art Déco : cinémas, hôtels, immeubles d'habitation, bâtiments publics. Il est probablement, avec Edmond Brion et Auguste Cadet, l'un des trois architectes structurants de la ville moderne. La Wilaya est emblématique de son style. Façade longue et symétrique, ouverte par un porche monumental, balcons à balustrade, toiture surmontée d'une frise crénelée qui rappelle les remparts marocains, et la fameuse tour de l'horloge à droite, qui domine tout l'ensemble. Cette tour, par sa hauteur, sert de repère visuel pour la place et pour le quartier. C'est un peu le campanile de Casablanca. Mais Boyer ne se contente pas d'un monumentalisme français. Regardez les détails : les motifs en relief autour des fenêtres reprennent la grammaire des zelliges marocains, dépouillée et abstraite. Les arcs au-dessus des portes sont en plein cintre, simples, mais évoquent les fondouks de Fès ou de Marrakech. Le portail principal est encadré de deux pilastres décorés en stuc à motifs floraux. C'est exactement ce qu'on appelle l'Art Déco mauresque : une modernité française qui intègre la tradition marocaine sans l'imiter servilement. L'intérieur du bâtiment, comme la Bank Al-Maghrib, n'est pas accessible au public sans autorisation. Mais on peut imaginer, depuis l'extérieur, les grands escaliers, les salles d'honneur, les cours intérieures pavées. Quand un wali prend ses fonctions à Casablanca, c'est dans la salle d'apparat de la Wilaya qu'il prête serment. Quand des cérémonies officielles ont lieu, la place Mohammed V devant le bâtiment est mise en scène : tapis rouge, garde républicaine, drapeaux. Le bâtiment continue d'être l'un des centres politiques de la métropole, presque cent ans après sa construction. Petite curiosité : pendant la Seconde Guerre mondiale, la Wilaya a abrité en 1942-1943 le quartier général du général américain Patton, après le débarquement allié de novembre 1942. Patton et ses officiers logeaient à l'hôtel Anfa et tenaient leurs réunions ici. La conférence d'Anfa de janvier 1943, entre Roosevelt et Churchill, a vu certains préparatifs se dérouler dans ce bâtiment. Continuons. Nous allons maintenant rejoindre la Cathédrale du Sacré-Cœur, à environ deux cents mètres au sud-ouest. Sortez de la place, traversez le boulevard et engagez-vous dans la rue qui mène au parc de la Ligue Arabe.

  4. 4

    Cathédrale du Sacré-Cœur

    Vous voilà devant la Cathédrale du Sacré-Cœur, sans doute le bâtiment le plus singulier du Casablanca du XXe siècle, et l'un des plus poignants. Deux grandes flèches blanches s'élèvent vers le ciel, encadrant un portail vertical étiré, et toute la silhouette se découpe dans l'air comme une apparition. Ce n'est plus de l'Art Déco au sens strict, c'est déjà du Bauhaus à l'occidentale, c'est du néo-gothique transposé en béton. L'architecte est Paul Tournon, parisien, né en 1881, mort en 1964. C'est un homme qui a beaucoup pratiqué l'architecture religieuse moderne en France, notamment Sainte-Jeanne d'Arc à Nice, et qui a importé à Casablanca une démarche radicale : utiliser le béton brut, sans habillage, comme matériau d'expression. La cathédrale est commencée en 1930 et inaugurée en 1953, soit vingt-trois ans plus tard, à cause de la guerre et des aléas du chantier. Et puis, paradoxalement, à peine inaugurée, elle perd sa fonction. Le Maroc accède à l'indépendance en 1956. La majorité des catholiques français quittent le pays dans les années qui suivent, et l'Église catholique au Maroc se rétracte. La cathédrale est désaffectée du culte en 1956, dès l'indépendance, après seulement trois ans d'exploitation comme cathédrale active. Elle est ensuite passée par plusieurs usages : entrepôt, salle culturelle, lieu d'expositions ponctuelles. Aujourd'hui, elle est classée patrimoine national mais reste sous-exploitée. Plusieurs projets de rénovation ont été annoncés, certains démarrés, sans qu'un usage durable n'ait encore été trouvé. Architecturalement, c'est un chef-d'œuvre. Tournon utilise le béton non comme matériau utilitaire mais comme matériau plastique. Les façades sont rythmées par des piliers verticaux qui filent jusqu'au sommet, sans ornement ajouté. Les vitraux, vous les voyez depuis l'extérieur, sont en verre coloré géométrique, conçus par Gabriel Loire, l'un des grands maîtres-verriers français du XXe siècle. À l'intérieur, si vous pouvez y accéder, la lumière qui filtre par ces vitraux compose une géographie lumineuse qui change toutes les heures. C'est une expérience qui mérite à elle seule la visite. Parenthèse historique : le Maroc compte aujourd'hui environ vingt-cinq mille catholiques pratiquants, principalement des Subsahariens et des étrangers en mission diplomatique ou commerciale. La cathédrale active de Casablanca est désormais Notre-Dame de Lourdes, plus modeste, plus à l'ouest dans le centre. Le Sacré-Cœur reste, lui, un monument symbolique, vestige d'une époque où Casablanca avait une population européenne nombreuse et une vie religieuse catholique active. Faites le tour du bâtiment si possible. Vous découvrez derrière des volumes plus complexes, des arcs-boutants en béton, une volumétrie sculpturale qu'on ne soupçonne pas en façade. Continuons. La prochaine étape est le marché central, plus ancien, plus vivant. Reprenez vers le nord, traversez à nouveau pour rejoindre le boulevard Mohammed V, et marchez environ deux cents mètres en direction du nord-est.

  5. 5

    Marché central

    Vous voilà devant le marché central de Casablanca. Sa façade légèrement arrondie, les arches d'entrée et la grande inscription au-dessus, signalent l'un des plus anciens bâtiments publics encore en activité du centre-ville. C'est un marché couvert qui sert depuis plus d'un siècle les besoins quotidiens des habitants. Le marché a été construit en 1917, au tout début de la grande période d'urbanisation lyautéenne. C'est en fait l'un des premiers grands équipements publics de la ville moderne : plus ancien que la place Mohammed V, plus ancien que la plupart des édifices Art Déco que nous avons vus. Son architecte est Joseph Marrast, autre signature majeure du Casablanca du XXe siècle, qui a aussi conçu le palais de justice plus tardivement. Architecturalement, le bâtiment marque une transition. On y voit encore les codes des halles parisiennes et marseillaises de la fin du XIXe siècle : structure métallique apparente, verrière zénithale, plan organisé autour d'allées centrales. Mais les ornements en façade, les motifs sculptés, les arcs outrepassés, annoncent déjà ce que sera l'Art Déco mauresque des années 1920 et 1930. Marrast a fait l'effort de marocaniser un type de bâtiment qui aurait pu être plaqué tel quel depuis la métropole. Et l'intérieur a gardé son âme. Vous y trouvez des étals de poissons frais — la pêche atlantique alimente directement Casablanca chaque matin —, des étals de viandes, de fruits et légumes, mais aussi un département entier dédié aux fleurs, qui fait la réputation du lieu. Les Casablancais y achètent leurs roses, leurs orchidées, leurs bouquets pour les mariages et les anniversaires. C'est l'une des rares fleuristes de quartier dans une grande ville arabe, et une tradition qui s'est maintenue malgré la concurrence des supermarchés. Le marché central est aussi connu pour ses petits restaurants de poissons. Plusieurs gargotes installées dans les coins du marché préparent les poissons que vous achetez en direct, à la grillade, pour quelques dizaines de dirhams. C'est l'un des meilleurs plans déjeuner du centre-ville, fréquenté autant par les ouvriers du quartier que par des visiteurs avertis. Une parenthèse pour préciser : ce marché ne doit pas être confondu avec le marché des Habous, dans le quartier que nous traitons dans une autre visite. Ici, c'est un marché plus européen dans sa conception, plus alimentaire, plus quotidien. Les Habous, c'est l'artisanat. Le Marché central, c'est la nourriture. Avançons maintenant. Nous allons remonter vers la rue Allal Ben Abdallah et l'avenue Mohammed V, où s'alignent les arcades commerçantes des années 1930. Continuez environ cent cinquante mètres en direction du nord-est.

  6. 6

    Rue Allal Ben Abdallah, arcades

    Vous voilà sous les arcades de la rue Allal Ben Abdallah, qui est l'une des grandes artères commerçantes du centre-ville Art Déco. Levez les yeux : les façades qui vous entourent ont presque toutes été construites entre 1925 et 1940, dans le grand boom architectural du protectorat. Vous voyez les balcons à balustrades en fer forgé géométrique, les motifs en relief, les frises Art Déco au sommet des immeubles, et parfois des inscriptions en arabe et en français qui rappellent les noms d'origine des commerces. Cette rue, et celles qui l'entourent — boulevard Mohammed V principalement —, formaient le cœur commerçant du Casablanca colonial. C'est ici qu'on trouvait les grandes pâtisseries, les cafés mythiques, les cinémas, les cabarets, les boutiques de luxe européennes. Plusieurs cafés historiques existent encore. Si vous voyez sur votre route un café à terrasse sous arcade, avec des chaises en métal, des fauteuils en cuir, et une clientèle qui semble tenir le décor depuis cinquante ans, vous êtes peut-être devant un témoin direct des années 1930. Le café Roi de la Bière, le café de France, le café Riche : autant d'institutions qui ont fait l'âme du centre-ville et qui, pour certaines, traversent encore les décennies. Une particularité de cette zone est sa densité d'immeubles d'habitation Art Déco. À la différence des grandes places monumentales, ce sont ici des bâtiments de quatre à six étages, mêlant logements et commerces au rez-de-chaussée. Marius Boyer, déjà rencontré, en a signé plusieurs. Edmond Brion aussi. Et beaucoup d'autres architectes moins connus, qui ont travaillé dans la même grammaire stylistique. Le grand drame de ce patrimoine, c'est sa dégradation. Beaucoup de ces immeubles, à partir des années 1980, n'ont pas été entretenus. Certains sont en état préoccupant. Les façades se délabrent, les balcons tombent. Plusieurs associations, dont Casamémoire fondée en 1995, militent pour la préservation et la restauration. Quelques succès récents : la rue Allal Ben Abdallah a été partiellement restaurée dans les années 2010, et plusieurs immeubles ont été ravalés. Continuons vers la dernière étape, qui est l'une des perles de ce parcours : le cinéma Rialto et l'hôtel Lincoln, dans la même zone. Avancez environ cent vingt mètres vers le nord-est, vous allez croiser une façade arrondie en angle de rue, c'est le Rialto.

  7. 7

    Cinéma Rialto, hôtel Lincoln, conclusion

    Vous voilà devant le cinéma Rialto, l'une des plus belles façades Art Déco de Casablanca, et l'une des plus marquantes émotionnellement. La façade en angle, arrondie, surmontée d'une grande inscription verticale qui dit Rialto en lettres majestueuses, est emblématique du Casablanca des années 1930. Le cinéma a été construit en 1929 et 1930 sur les plans de l'architecte Pierre Jabin. Il a ouvert ses portes au public au tout début des années 1930, et c'était alors la salle de cinéma la plus moderne de Casablanca, équipée du son, climatisée, dotée d'une décoration intérieure qui ressemblait à un palais oriental réinventé. Plus de mille places assises. Pendant cinquante ans, c'était le lieu où les Casablancais — Européens et Marocains — venaient voir les grands films, les premières en grande pompe, les opérettes filmées, les comédies musicales, et plus tard les blockbusters américains. Édith Piaf y a chanté, Joséphine Baker y a dansé, plusieurs grandes premières s'y sont tenues. Le cinéma a fermé dans les années 2000, comme presque toutes les salles uniques face à la concurrence des multiplexes en banlieue. Il a été ensuite rouvert, repris, reconfiguré plusieurs fois, sans qu'un modèle économique stable ne se trouve. Aujourd'hui, son sort dépend des cycles de l'urbanisme casablancais. Plusieurs projets de rénovation et de reconversion en salle culturelle ont été annoncés. À surveiller. Tout près du Rialto se trouve, ou se trouvait, l'hôtel Lincoln. Cherchez-le sur votre droite : c'est une façade Art Déco qui a, hélas, perdu beaucoup de son lustre. Construit dans les années 1930, l'hôtel Lincoln a longtemps été l'un des plus beaux établissements du centre-ville. Il a fermé dans les années 1980, et son bâtiment s'est progressivement dégradé. Une partie de la façade s'est effondrée en 2020 lors d'un orage, ce qui a relancé un débat sur la sauvegarde du patrimoine Art Déco. Les travaux de stabilisation et de reconstruction sont en cours. Vous arrivez au terme de notre visite. En une heure et demie et environ un kilomètre, vous avez parcouru le cœur d'un patrimoine architectural unique au monde : la place Mohammed V, la Bank Al-Maghrib, la Wilaya, la Cathédrale du Sacré-Cœur, le marché central, les arcades de la rue Allal Ben Abdallah, et le cinéma Rialto. Vous avez croisé les grands noms de l'architecture marocaine du XXe siècle : Henri Prost, Marius Boyer, Edmond Brion, Auguste Cadet, Joseph Marrast, Paul Tournon, Pierre Jabin. Et vous avez aperçu, derrière les façades parfois fatiguées, un Casablanca cosmopolite, ambitieux, contradictoire, dont l'art de vivre des années 1920 à 1950 reste, sous beaucoup d'aspects, le socle de la métropole d'aujourd'hui. HelloMorocco vous propose d'autres tours sur Casablanca, de la mosquée Hassan II à la médina ancienne en passant par les Habous et le street art. À très bientôt.

Infos rapides

Durée
1h30
Distance
1 km
Difficulté
medium
Langues
FR